Rebondissements dans l’affaire Thomas Sankara : en Justice le 26 avril 2012 !


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Hervé d’Afrik

Y aura-t-il un jour justice dans l’affaire Thomas Sankara ? Le dossier ne cesse de faire des vagues et de troubler fortement le sommeil de certaines personnalités.

Et voilà l’affaire qui refait surface au tribunal ! L’enjeu est de taille : les avocats de la partie civile entendent « casser », arguments à l’appui, un arrêt rendu en juin 2003 par la Chambre d’accusation de la Cour d’appel de Ouagadougou et qui entravait, jusque-là, l’ouverture d’une enquête judiciaire. En octobre 2002, en effet, Mariam Sankara et ses enfants avaient déposé une plainte contre X pour séquestration sur la personne de l’ex-président du Faso, Thomas Sankara. Mais il y a eu, par la suite, des micmacs dans le traitement de cette affaire. La Chambre criminelle de la Cour de cassation doit passer au crible ce dossier brûlant le 26 avril.

La plainte, écrite le 30 septembre 2002, signée par Me Dieudonné Nkounkou, et adressée au Doyen des juges d’instruction du Tribunal de grande instance de Ouagadougou, commence par des phrases lourdes de sens : « Monsieur le Doyen, Madame Mariam Sankara née Sermé, Monsieur Philippe Relwendé Sankara et Monsieur Auguste Wendyam Sankara dont je suis le Conseil habituel, me chargent de déposer entre vos mains, une plainte contre X avec constitution de partie civile pour séquestration sur la personne de Thomas Isidore Noël Sankara. Depuis le 15 octobre 1987, alors qu’il était présent à Ouagadougou, où il exerçait ses fonctions de Chef de l’Etat du Burkina Faso, Thomas Sankara n’a plus réapparu (…) ». Et voici une question tout aussi lourde de sens qui surgit, à la recherche d’une réponse : Sankara a-t-il été assassiné ? La première plainte déposée par la partie civile, le 29 septembre 1997, contre X « pour assassinat et faux en écriture administrative », aurait dû permettre d’élucider cette question dérangeante. Mais la Justice burkinabè a préféré botter en touche, déclarant, du même coup, « les juridictions de droit commun incompétentes ».

Même lorsque Mariam Sankara et ses enfants ont voulu, par la suite, saisir la Justice militaire, c’était la croix et la bannière. Il fallait l’ordre de poursuite du ministre de la Défense, mais cet ordre n’est jamais venu. On a ainsi bloqué le dossier et tenté de l’étouffer. Pourtant, pour justifier son « incompétence », les juridictions de droit commun avaient, entre autres, brandi l’article 34, alinéa 1er, du Code de Justice militaire. Voici ce que dit cet article : « Les juridictions militaires sont compétentes pour instruire et juger les infractions de droit commun commises par les militaires ou assimilés dans le service ou dans les établissements militaires ou chez l’hôte ainsi que les infractions militaires prévues par le présent Code conformément aux règles de procédure applicables devant elle ».


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Mais ça, c’est le texte ! La réalité a été tout autre. On a préféré tordre le cou à la loi. L’article en question n’a jamais été appliqué, malgré l’insistance de la partie civile. « Monsieur Blaise Compaoré ayant une Justice aux ordres, a étouffé toutes les voies de recours que j’explorais. Interdisant même à son ministre de la Défense d’ordonner l’ordre de poursuite devant les tribunaux militaires », avait déclaré Mariam Sankara, à titre de protestation, dans une correspondance adressée, en 2008, au Président français, Nicolas Sarkosy, lors d’une visite de Blaise Compaoré en France. Cette « prise en otage » du traitement du dossier avait ainsi mis les plaignants face à une réalité révoltante : un certificat de décès, établi le 17 janvier 1988 et qui porte une marque indélébile : « Sankara Thomas Isidore Noël, né le 21 décembre 1949 à Yako (Passoré), est décédé le 15 octobre 1987, à 16h 30 (Ouagadougou) de mort naturelle ».

Mais est-il vraiment mort de mort naturelle ? Le médecin-commandant Alidou Diébré a-t-il signé ce certificat de décès sous la contrainte ? A ces questions et à bien d’autres, la Justice burkinabè n’a jamais apporté d’éclairage. Et comme les juridictions de droit commun se sont déclarées « incompétentes » et que du côté de la Justice militaire, il n’y a eu aucune suite, la partie civile a déposé une plainte contre X pour « séquestration ». En clair, comme la Justice n’a pas, jusqu’à présent, ouvert une information afin d’établir si Sankara a été assassiné ou pas, la partie civile a donc décidé de déposer une nouvelle plainte. Surtout que Mariam et ses enfants n’ont jamais retrouvé le cadavre de l’ex-président du Faso. Cette plainte contre X pour séquestration » est donc différente de celle déposée en 1997 contre X pour « assassinat et faux en écriture administrative », et ses fondements juridiques différents « tant dans la prévention, la sanction que dans le régime de la prescription ».

Dans sa plainte déposée en 2002, la partie civile rappelle que « la séquestration est une infraction continue », donc imprescriptible. L’ouverture d’une information judiciaire devrait donc permettre d’apporter les éléments de preuve nécessaires à la manifestation de la vérité. Mais il y a un couac. Dans son arrêt rendu le 25 juin 2003, la Chambre d’accusation de la Cour d’appel de Ouagadougou avait donné un coup de massue à la procédure judiciaire. Elle avait, entre-temps, affirmé ceci : étant donné que Mariam Sankara et ses enfants avaient déposé, au préalable, une plainte contre X pour « assassinat et faux en écriture administrative », ils savaient, par conséquent, que Sankara avait été assassiné. Et qu’il était, de ce fait, mal indiqué de parler, par la suite, de séquestration. Mais cette façon de voir ne résiste pas à la critique. Et c’est, entre autres, ce qu’entendent démontrer les avocats de la partie civile le 26 avril prochain.

Selon des sources dignes de foi, plusieurs arguments pourraient peser dans la balance : d’abord, les deux plaintes déposées par la partie civile (pour « assassinat » et pour « séquestration »), respectivement en 1997 et 2002, ont été dirigées contre X. Il y a donc une incertitude, X n’étant pas déterminé. Il fallait l’ouverture d’une enquête judiciaire pour établir les faits.

Mais les juridictions de droit commun ont préféré jeter l’éponge, accentuant ainsi le flou autour de cette affaire. Ensuite, dans la plainte faisant l’objet de procédure pour « assassinat », figure l’acte de décès établi par le médecin commandant Alidou Diébré. Selon ce document introduit dans la plainte afin de favoriser l’ouverture d’une information judiciaire, Sankara serait mort de « mort naturelle ».

Où est donc la vérité ? Thom Sank est-il mort assassiné ou de mort naturelle ? Peut-on le considérer comme mort sans qu’on ait vu son cadavre ? Et comme il n’y a pas eu d’enquête judiciaire visant à établir les faits, cela a accentué les zones d’ombre autour de la disparition de l’exprésident du Faso. Et même si l’on considère le certificat de décès qui tend à dire que Sankara est mort de « mort naturelle », peut-il avoir de décès sans cadavre, surtout s’il s’agit de mort naturelle ?

Où se trouve alors son corps ? Mystère et boule de gomme. Dans la tombe indiquée au cimetière de Dagnoën par le gouvernement burkinabè comme étant celle de Sankara ? Pas si sûr. Mariam Sankara et ses enfants affirment n’avoir jamais vu le corps de Thomas Sankara et ne sauraient, par conséquent, faire leur deuil. Ils ont même demandé une expertise par la méthode des empreintes, donc un test ADN, pour s’assurer que le corps qui serait dans la tombe indiquée par le gouvernement est bien celui de Thomas Sankara. Mais là aussi, leur requête, introduite en Justice, n’a connu, jusque là, de suite favorable. Où est donc le corps de Thomas Sankara ? Comment les membres de la famille peuvent faire leur deuil tant qu’ils n’ont pas l’assurance que le corps qui se trouverait dans la tombe est bien celui de Thomas Sankara ? La plainte pour séquestration vise donc à faire la lumière sur la disparition du leader de la Révolution d’Août. Mais jusque-là, il y a des blocages. L’audience du 26 avril est donc très décisive. Les premières lueurs de justice dans l’affaire Sankara pourraient venir de là. Mais le politique permettra-t-il cette fois à la Justice de dire le droit, rien que le droit ? Affaire à suivre.

Hervé D’AFRICK

Source : Courrier Confidentiel N°3 du 10 février 2012 http://www.courrierconfidentiel.net/



 


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