"Notre maison blanche se trouve dans notre Harlem noir" (1) Discours à Harlem le 2 Octobre 1984


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Affirmer notre identité.

"Faisons en sorte, chers frères et camarades que les générations à venir ne nous accusent pas d’avoir bradé, d’avoir étouffé l’homme noir."

Venu à New York pour s’adresser à l’Assemblée générale des Nations unies, Sankara profite de ce séjour pour se rendre le 2 octobre 1984 à Harlem. Le texte ci-dessous est la retranscription d’un enregistrement du discours que Sankara a fait l’occasion de l’inauguration d’une exposition d’art burkinabé au Centre de commerce du Tiers Monde de Harlem.


Haute Volta ou Burkina Faso

... Notre Maison blanche se trouve dans le Harlem noir...

Un centre de recherche pour l’homme noir

Faisons en sorte, chers frères et camarades que les générations à venir ne nous accusent pas d’avoir bradé, d’avoir étouffé l’homme noir.


Haute Volta ou Burkina Faso ?

Chers amis, je vous dis merci. Je vous dis merci parce que vous nous avez donné l’occasion de présenter le Burkina Faso. Comme vient de le dire si brillamment notre frère, nous avons décidé de changer de nom. Cela correspond à un moment où nous sommes en train de renaître. Nous avons voulu tuer la Haute-Volta pour faire renaître le Burkina Faso. Pour nous, le nom de Haute-Volta, symbolise la colonisation. Et nous estimons que pas plus que nous n’avons d’intérêt pour la Haute-Volta nous n’en avons pour la Basse Volta, l’Ouest Volta, l’Est Volta. Cette exposition nous permet ici de donner à la face du monde entier le véritable nom que nous avons choisi : Burkina Faso. Cela est une très grande opportunité pour nous.

... Notre Maison blanche se trouve dans le Harlem noir...

On peut se poser la question de savoir pourquoi nous avons préféré commencer notre exposition par Harlem. Parce que nous estimons que le combat que nous menons en Afrique et principalement au Burkina Faso est le même combat que vous menez à Harlem. Nous estimons que nous en Afrique, nous devons apporter à nos frères de Harlem tout le soutien nécessaire pour que leur combat soit connu également. Quand à travers le monde entier l’on saura que Harlem est devenu un coeur vivant qui bat au rythme de l’Afrique, alors tout le monde respectera Harlem. Tout chef d’État africain qui vient à New York devrait d’abord passer par Harlem : parce que nous considérons que notre Maison blanche se trouve dans le Harlem noir.
Cette exposition que vous êtes venus voir ce soir, a pour nous une grande signification. Elle traduit tout notre passé, elle traduit également notre présent. En même temps, cette exposition ouvre la porte sur notre avenir. Elle constitue un lien vivant entre nous et nos ancêtres, nous et nos enfants. Chaque objet que vous verrez ici exprime la douleur de l’Africain. Chaque objet exprime également la lutte que nous menons contre les fléaux naturels mais aussi contre les ennemis qui sont venus nous dominer.
Chaque objet ici exprime les sources d’énergie auxquelles nous faisons confiance pour le combat que nous menons. Que ce soit d’une façon ancestrale ou d’une façon moderne, nous pensons que notre avenir se dessine aussi, s’inscrit dans ces objets d’art.

Un Centre de recherche pour l’homme noir

La magie qui se cache dans ces objets, dans ces masques, est peut-être cette même magie qui a permis à d’autres d’avoir confiance en l’avenir, d’explorer le ciel et d’envoyer des fusées sur la lune. Nous voulons qu’on nous laisse libre de donner toute sa signification à notre culture et à notre magie. C’est quand même un phénomène magique que d’appuyer simplement sur un bouton et de voir la lumière surgir. Si l’on avait voulu barrer la route à Jules Vernes certainement qu’il n’y aurait pas eu aujourd’hui tout ce développement astronomique.
Nos ancêtres en Afrique avaient engagé une certaine forme de développement. Nous ne voulons pas qu’on assassine ces grands savants africains. C’est pourquoi au Burkina Faso nous avons décidé de créer un centre de recherche pour l’homme noir. Dans ce centre nous étudions les origines de l’homme noir. Nous étudions également l’évolution de sa culture, la musique africaine à travers le monde entier, l’art vestimentaire à travers le monde entier, l’art culinaire africain à travers le monde entier, les langues africaines à travers le monde entier. Bref, tout ce qui nous permet d’affirmer notre identité sera étudié dans ce centre.
Ce centre ne sera pas un centre fermé. Nous appelons tous les Africains à venir étudier dans ce centre. Nous appelons les Africains d’Afrique, nous appelons les Africains hors d’Afrique, nous appelons les Africains de Harlem : que chacun vienne participer à son niveau pour le développement et l’épanouissement de l’homme africain. Nous souhaitons que cette exposition constitue une espèce de prélude à ce gigantesque travail qui nous attend.

Faisons en sorte, chers frères et camarades que les générations à venir ne nous accusent pas d’avoir bradé, d’avoir étouffé l’homme noir.

Faisons en sorte, chers frères et camarades que les générations à venir ne nous accusent pas d’avoir bradé, d’avoir étouffé l’homme noir.
Je ne voudrais pas être plus long que cela. D’autres objets d’art sont attendus pour compléter cette exposition notamment, je crois, des objets en bronze et j’espère aussi que j’aurai l’occasion, peut-être demain, ou après-demain de repasser par ici, à Harlem et de discuter avec vous de cette exposition.
Tout en vous remerciant d’avoir permis à un pays d’Afrique, le Burkina Faso, de se manifester, je voudrais au nom du peuple du Burkina Faso, et au nom de nos frères qui sont ici à Harlem je voudrais déclarer cette exposition ouverte.
Je vous remercie.

Source : Sidwaya


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Affirmer notre identité.

6 septembre 2005
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