Deuil de la famille Sankara : la faim et le pli empoisonnés de Blaise Compaoré


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Deuil de la famille Sankara : la faim et le pli empoisonnés de Blaise Compaoré

 

 Le chef d’état-major particulier à la présidence du Faso, Gilbert Diendéré, le président de l’Assemblée nationale, certainement Arsène Bognessan Yé, ouvrent une nouvelle page de l’après-drame du 15 octobre 1987. Une histoire politique dont les séquences se compose de "faim" et de "pli". "Les morts ne sont pas morts" enseigne l’écrivain. Le vieux Sambo Joseph et son fils Thomas devront se retourner plusieurs dans leur tombe suite au récit de vainqueur du Président Compaoré.

 Plus le Président Blaise Compaoré parle de son frère d’arme et frère de vie, Thomas Sankara, plus le chef de l’Etat burkinabè Blaise Compaoré évoque ces relations avec la famille du tout premier Président de notre pays assassiné, plus il s’enlise dans les contrevérités. Ces confessions sur les événements du 4 août 1983 et du 15 octobre 1987 à Pô montrent les mensonges d’Etat autour de l’assassinat du président du Conseil national de la révolution, Thomas Sankara. Les tentatives d’explication du non-retour de "l’enfant prodigue" dans sa seconde famille à Paspanga vide de tout sens sa demande de pardon du 30 mars 2001.

 Les vérités du "bâtisseur"

Le conte des vainqueurs politiques se suit et se ressemble. Il est parfois grotesque. Et on se demande qui en est l’inspirateur. Le président du Faso Blaise Compaoré n’échappe pas au destin des pouvoirs personnels et des dictatures des temps modernes. De nos jours, les rectificateurs transformés en démocrates puis maintenant en bâtisseurs de la quatrième république mettent à nu la nature des conseillers politiques qui guident les déclarations de Blaise Compaoré. Le conte de Blaise Compaoré et des partisans sur les événements douloureux d’août 83 et d’octobre 87 confirment ces paroles du premier président burkinabè assassiné dans l’exercice de ses fonctions.

Encore vivant, le président du Conseil national de la révolution, Thomas Sankara, tenait ces propos : " Ce sont les tragédies des peuples qui révèlent les grands hommes. Ce sont les minables gens qui provoquent ces tragédies".

Les assassins du 15 octobre 1987 ont accompli leur basse besogne. Mais, à jamais, ils ont inscrit en lettres d’or le père de la Révolution burkinabè dans le registre des immortels de l’humanité. Le voyage des sympathisants et militants pour la réhabilitation de Thomas Sankara lors du 15 octobre 2007 devrait interpeller la conscience de tous les Burkinabè. Cependant, pour courtcircuiter l’histoire, la "renaissance démocratique avec Blaise Compaoré" a fini par convaincre les septiques de la nature réelle du régime de Blaise Compaoré. On peut tout reprocher au président du CNR. Sauf son manque de patriotisme et d’honnêteté. Thomas

Sankara comme tout humain n’a pas été un saint politique. Mais à vouloir le diaboliser devant une jeunesse convoyée en car et entourée de petits soins provoque de l’indignation.

Il suffit d’un petit détour dans la vie politique de notre pays pour ramener à de justes proportions les déclarations des vainqueurs.

Parlons un peu du chef de l’Etat burkinabè. Blaise Compaoré, enfant aimé de papa Sambo Joseph Sankara. Blaise Compaoré, fils attentif du vieux sankara lors de sa marche pour le renversement du médecincommandant Jean-baptiste Ouédraogo. Blaise Compaoré, ministre du Conseil national de la révolution, proche de la famille présidentielle. 15 octobre 1987. Un coup d’Etat sanglant emporte son frère d’arme. Le Président Blaise Compaoré ne connaît ni la route de Paspanga ni la maison de la famille Sankara. Malgré le souhait renouvelé du vieux sage pour le retour de l’enfant prodigue comme nous l’enseigne les Saintes Ecritures, le Président Blaise Compaoré reste sourd. Il a attendu la mort du "vieux sage" de Paspanga pour s’ouvrir au peuple burkinabè.

 "Dis à mon fils que j’ai faim"

"Avec le Père de Sankara, nous avons eu un certain nombre de contacts cordiaux, mais un certain nombre de situations m’ont fait traîner après… Une fois, le papa de Thomas est passé par le président de l’Assemblée nationale pour qu’il me dise : "Dis à mon fils que j’ai faim". J’ai envoyé un pli pour lui. Mais après, on m’a renvoyé le pli. Une seconde fois, il est passé par le colonel Diendéré. J’ai envoyé un pli, mais deux ou trois jours après, les enfants ont renvoyé le pli pour dire qu’il n’avait pas besoin de ça. Je me suis dit alors qu’il ne fallait pas agir contre la volonté des gens…".

On se demande pourquoi le président du Faso, Blaise Compaoré, a jugé opportun de tenir ces propos après la mort du père de Sankara ? Il y a une gêne dans cette déclaration. Le président du Faso, Blaise Compaoré, présente deux tableaux. Le premier est celui de la famille Sankara. Un père affamé dont les enfants le privent la bienfaisance d’un bon samaritain. Le deuxième tableau se compose des hommes du pouvoir, attentifs aux besoins d’un père affamé. On veut tourner le peuple en bourrique. Comment un vieux de la trame de Sambo Joseph Sankara, ancien militaire, peut-il par deux fois formuler une requête alimentaire et se laisser dicter par la volonté de ses fils après l’arrivée des plis ? Sans prétendre connaître le vieux Sankara, il nous est revenu que l’homme n’était pas un abonné aux plaisirs alimentaires d’ici bas.

Ce n’est pas aussi la nourriture qui faisait défaut dans sa famille. On comprend aisément la réponse du berger à la bergère. "Nous n’avons certes pas les moyens des princes qui nous gouvernent, mais jamais au grand jamais, notre père n’a été dans le dénuement pour solliciter l’aumône à celui qu’il a toujours considéré comme son fils et qu’il a toujours attendu qu’il franchisse le seuil de sa cour comme il le faisait du vivant de Thomas…". Les déclarations du président du Faso doivent s’analyser sur le terrain politique et non alimentaire. Supposons que le président du Faso soit de bonne foi dans ses déclarations face à une poignée de jeunes burkinabè convoyés à Pô. Premier élément.

Il s’attribue la paternité du coup d’Etat du 4 août 1983 qui a renversé le commandant-médecin Jean-Baptiste Ouédraogo. Donc il est responsable des crimes perpétrés au lendemain du coup de force.

Quand certaines femmes disent que le président Thomas Sankara a engendré aussi des veuves, elles doivent avoir le courage de demander des comptes à Blaise Compaoré. Malgré l’insistance de Thomas Sankara sur le compromis trouvé avec le Président Ouédraogo, il décide de lancer les commandos aux yeux rouges sur Ouaga. Le Président Blaise Compaoré dédouane, peut-être sans le savoir, les crimes de sang de la période révolutionnaire. Le deuxième élément d’analyse est la qualité et la sincérité des envoyés ou prétendus intermédiaires. Qui est le concepteur de la faim du vieux Sankara ?

 Le respect des morts

L’entourage ou plus précisément les conseillers politiques de Blaise Compaoré sont rompus dans les manipulations politiques. Quand ils arrivent à piéger l’adversaire politique, c’est le chef de l’Etat qui sort très diminué. Selon des sources introduites, les idéologues de Blaise Compaoré sont passés à côté, dans leur tentative de rapprochement entre les familles Compaoré et Sankara. Les intermédiaires de Blaise Compaoré étaient connus du vieux Sankara. Pendant le règne de son fils, ils fréquentaient la famille présidentielle. Après l’assassinat de Thomas Sankara, certains officiers mus en intermédiaires faisaient des escales techniques. Cela leur permettait de se donner bonne conscience.

Ensuite, ils ont mesuré les retombées politiques s’ils parvenaient à établir une connexion avec le père de Thomas Sankara. Alors ils sortent cette histoire : "Dis à mon fils que j’ai faim". Le président du Faso, en rupture de contact avec sa seconde famille est tombé dans un piège. Si effectivement le vieux Sankara avait réellement faim, c’est qu’il est disponible à le recevoir en dépit du drame du 15 octobre 1987. Au lieu de saisir la main supposée, il opte pour le pli. L’argent ne peut pas acheter la mort d’un être cher. Le président Blaise Compaoré aurait pu s’en apercevoir après le premier refus de la famille Sankara. Sur le sujet de la faim et du pli, une conclusion devient évidente. Des hommes connus de la famille Sankara ont pris une initiative de rapprochement des familles Sankara et Compaoré. Cette démarche découle du souhait exprimé de Sambo Joseph Sankara de voir Blaise Compaoré, son fils. En lieu et place du retour de l’enfant prodigue, c’est un pli. Pourquoi cette générosité d’un fils qui fuit la famille ? C’est tout naturellement qu’on renvoie le pli au propriétaire. Imaginons un instant que le don de Blaise Compaoré ait été accepté par la famille Sankara ! Le régime de Blaise Compaoré devrait chanter sur tous les toits son humanisme vis-à-vis de la famille Sankara.

Les confessions du président du Faso laissent entrevoir les limites politiques du pouvoir de Blaise Compaoré. Le chef de l’Etat burkinabè n’avait pas besoin des envoyés du vieux pour se rendre compte de la vie de son vieux après l’assassinat de son témoin de mariage. Aucune disposition de notre loi fondamentale ne lui interdisait d’aller dans sa cour, à Paspanga. Si malgré tout le président du Faso, Blaise Compaoré, n’a pas jugé utile de bouder le vieux et la vieille de leur vivant, s’il n’a pas jugé utile d’aller s’incliner sur leur dépouille, le respect des morts recommande qu’il n’en fasse pas du pain politique après leur rappel à Dieu. Pour des besoins de l’image de son pouvoir, il peut essayer de tromper le peuple sur la nature du régime du CNR. Mais inviter le vieux Sambo Joseph Sankara dans un débat politique tronqué de contrevérités n’est pas acceptable.

Le pouvoir passe. Mais l’histoire rattrape toujours les falsificateurs des faits politiques et historiques. Les pires ennemis du Président Compaoré, ce sont ces conseillers qui le dupent pour avoir une place au soleil. Si les intermédiaires énoncés par le Président Compaoré étaient si proches du vieux Sankara, pourquoi n’ont-ils pas pris la peine de mouiller le maillot dans la conduite vers sa demeure éternelle.

Ce sont des signes que le pouvoir de Blaise Compaoré fonctionne avec des contrevérités incroyables. Ils prennent ceux qui les écoutent comme des gens dépourvus de cervelle. L’histoire de la faim et du pli est un scénario bien monté mais très mal ficelé.

Pascal Ziguebila

 Source : Le libérateur N°43 du 05 au 19 nov. 2007



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