Assassinat de Thomas Sankara : Prince Johnson se rappelle au bon souvenir de Blaise Compaoré


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Assassinat de Thomas Sankara : Prince Johnson se rappelle au bon souvenir de Blaise Compaoré

 

Prince Johnson aime décidément les grands coups médiatiques. Après un passage spectaculaire devant la commission Vérité et réconciliation le 29 août au Liberia, Prince Johnson, l’ancien chef rebelle libérien, vient de livrer sa part de vérité dans la tragédie du 15 octobre 1987 qui aura causé la mort brutale du président Thomas Sankara. Une déclaration dont on mesure toute la gravité dans la mesure où l’homme qui s’exprime n’était pas n’importe qui à l’époque des faits.

Le bourreau de Samuel Doe s’est mis à revisiter un passé douloureux fait de tumultes et de ténèbres tels que le cas Thomas Sankara. Prince Johnson vient de donner des détails sur son rôle dans la mort du président révolutionnaire burkinabè. Dans le contexte de vérité et de réconciliation nationale, a-t-il voulu décharger sa conscience d’un lourd fardeau, et faire la paix avec lui-même ? Si oui, quel crédit accorder aux propos de l’ancien seigneur de guerre qui était venu parfaire ses talents de tortionnaire au pays des hommes intègres ?

Et comment croire un ancien seigneur de guerre à la moralité d’un mercenaire ? Quelles sont les motivations réelles de cet ancien guérillero à la réputation sulfureuse, qui réapparaît comme pour attirer sur lui, l’attention d’un monde qui avait plus ou moins fini par le reléguer à l’arrière-plan de la scène militaro-politique libérienne ? Il n’est pas exclu que Prince Johnson ait simplement voulu se donner l’illusion qu’il a toujours de l’importance, et qu’il soit nostalgique de ce passé où il était de ceux-là qui faisaient la pluie et le beau temps au Liberia. Une autre interrogation qui ne manque pas d’intérêt est celle de savoir pourquoi l’ancien allié de Charles Taylor devenu son ennemi juré, a attendu ce moment précis pour sortir du bois. On sait en tout cas que cette dernière sortie intervient après qu’un verdict eut été rendu par l’ONU dans l’affaire Thomas Sankara, qui classe l’affaire.

Rien ne dit que Prince Johnson ait accepté un tel verdict et que cela ne lui soit pas resté en travers de la gorge au point qu’il se décide à livrer sa part de vérité, à apporter des éléments qu’il juge nouveaux dans l’espoir que l’affaire connaîtra un nouveau rebondissement. En tenant de tels propos, l’ancien chef rebelle est convaincu que c’est une bûche qu’il met dans le feu. La récente déclaration de Prince Johnson ne vise pas autre personne que le président burkinabè Blaise Compaoré. La mort de Sankara aurait-elle été décidée par l’actuel président du Faso, comme le soutient l’ancien rebelle libérien ? Sans doute l’histoire livrera-t-elle tôt ou tard les dessous de cette nébuleuse. En attendant, on peut déjà faire remarquer que les propos de Prince Johnson surviennent à un moment où se tient, à La Haye, le procès de l’ancien président libérien Charles Taylor.

En tout état de cause, on peut être sûr que l’ancien mercenaire libérien éprouve une admiration certaine à l’égard du président Thomas Sankara à qui il n’a, du reste, pas manqué de rendre hommage. En chargeant de la sorte le bras droit et successeur de Thomas Sankara dans ce contexte où se tient le procès de Taylor, peut-on dire que Prince Johnson trouve là l’occasion de voler dans les plumes de Blaise Compaoré, et à quelles fins ? En tout cas, le contexte paraît bien choisi pour lui. Prince Johnson qui ne voit apparemment pas d’un bon œil le leadership grandissant au plan international du dirigeant burkinabè qui a, à présent, son passé sulfureux derrière lui, sera-t-il pris au sérieux ? Dans tous les cas, l’axe Ouagadougou-Monrovia se porte apparemment bien, en témoigne le rapprochement entre les deux chefs d’Etat libérien et burkinabè. Mais il y a le facteur interne.

En faisant cette déclaration, Prince Johnson peut en attendre des dividendes politiques. A quel niveau ? Mystère. Toutefois, dans un contexte de paix, un vieux briscard peut se sentir mal à l’aise et se montrer manipulable pour un sou. En tout état de cause, ces déclarations sont à prendre comme elles sont, celles d’un ancien chef de guerre dont la brutalité n’a d’égal que sa capacité à s’adapter aux circonstances politiques de son pays. Au total de cette déclaration à la cantonnade, se dégage une morale qui vaut pour tous les hommes politiques : il faut éviter les connexions obscures transfrontalières, quelles que soient l’époque et les circonstances. Car toute aube nouvelle rejette sur les plages publiques du passé, des scories désagréables.

"Le Pays" 28 octobre 2008

Source : http://www.lefaso.net/spip.php?article29406



 


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