Sankara était assassiné il y a 22 ans. Bendré du 14 octobre 2009


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L’homme est mort mais son programme politique est une référence

15 octobre 1987-15 octobre 2009. Cela fait 22 ans que le Président du Conseil national de la révolution (CNR), le camarade Thomas Sankara tombait sous les balles d’un complot. Le leader de la révolution burkinabé disait dans son discours à la 39e Session de l’Assemblée Générale des Nations Unies le 4 octobre 1984, n’être ni un messie, ni un prophète, ni le détenteur de la vérité. Cependant, son programme politique qu’il n’a pu achever reste d’actualité et est une référence pour des dirigeants politiques.

Le Président vénézuélien, Hugo Chavez a remis au jour le programme de Thomas Sankara au cours d’un discours le 20 septembre 2009. Il avait déclaré que : " La fermeté dans nos relations avec le monde africain est un des éléments constitutifs de notre essence métisse, latinoaméricaine, caraïbe ; un de nos piliers culturels. Nous avons davantage à faire en compagnie de notre continent frère, la Mère Afrique, après avoir fixé nos yeux sur l’univers occidental et capitaliste. Caracas doit devenir un pont de toutes sortes de coopération culturelle, économique entre l´Afrique et l´Amérique Latine. ".

Après avoir rappelé la pleine solidarité du Venezuela avec des peuples opprimés comme les peuples Saharoui et Palestinien et l´importance de figures du socialisme africain comme Gamal Nasser et Patrice Lumumba, le président vénézuélien a évoqué Thomas Sankara , populairement connu comme le Che Guevara Noir, qui " nous appelle à réveiller notre objectif dans ce monde : la multipolarité ".

Chavez a rappelé le programme politique détaillé par le Président du CNR le 4 octobre 1984 à la tribune de l’Organisation des Nations Unies. " Nous préférons chercher des formes d’organisation meilleure, plus adaptées à notre civilisation, en rejetant de manière claire et définitive toute forme d’impositions externes, pour créer des conditions dignes, à la hauteur de nos ambitions. En finir avec la survie, nous libérer des pressions, libérer notre campagne de l’immobilisme médiéval, démocratiser notre société, éveiller les esprits à un univers de responsabilité collective, pour oser inventer le futur. Reconstruire l’administration en changeant l’image du fonctionnaire, immerger notre armée dans le peuple et lui rappeler sans cesse que sans formation patriotique, un militaire n´est qu´un criminel en puissance. Tel est notre programme politique ".

Au sommet de l’ASA

Les 26 et 27 septembre 2009, il s’est tenu Le 2ème Sommet Amérique du Sud-Afrique (ASA), au Venezuela. Les participants se sont engagés à consolider la coopération Sud-Sud ; la promotion d’une croissance économique soutenue, de l’égalité et du respect réciproque. Ils ont également exprimé leur soutien à une réforme du Conseil de sécurité de l’Onu, à même de rendre l’organe décisionnel des Nations Unies plus représentatif des pays en voie de développement. Ce que le révolutionnaire burkinabé a soutenu devant cet organisme en 1984 : " Nous proposons également que les structures des Nations Unies soient repensées et que soit mis fin à ce scandale que constitue le droit de veto. Bien sûr, les effets pervers de son usage abusif sont atténués par la vigilance de certains de ses détenteurs. Cependant, rien ne justifie ce droit : ni la taille des pays qui le détiennent ni les richesses de ces derniers.

Si l’argument développé pour justifier une telle iniquité est le prix payé au cours de la guerre mondiale, que ces nations, qui se sont arrogé ces droits, sachent que nous aussi nous avons chacun un oncle ou un père qui, à l’instar de milliers d’autres innocents arrachés au Tiers Monde pour défendre les droits bafoués par les hordes hitlériennes, porte lui aussi dans sa chair les meurtrissures des balles nazies. Que cesse donc l’arrogance des grands qui ne perdent aucune occasion pour remettre en cause le droit des peuples. L’absence de l’Afrique du Club de ceux qui détiennent le droit de veto est une injustice qui doit cesser… "

L’Argentine, a pour sa part souligné la nécessité pour les deux blocs régionaux de développer un nouveau modèle de commerce. Thomas Sankara prônait un Nouvel Ordre Economique Mondial qui ne peut se réaliser que :
"
- si nous parvenons à ruiner l’ancien ordre qui nous ignore,

  • si nous imposons la place qui nous revient dans l’organisation politique du monde,
  • si, prenant conscience de notre importance dans le monde, nous obtenons un droit de regard et de décision sur les mécanismes qui régissent le commerce, l’économie et la monnaie à l’échelle planétaire ". Au cours du sommet, il a également été question de production et de consommation locale pour l’Afrique afin de ne plus dépendre de la charité des missions internationales. Le “consommons burkinabé” et en général le “consommons africain” reste la seule voie de recours car : "Il est normal que celui qui vous donne à manger vous dicte ses volontés." "Quand vous mangez les grains de mil, de maïs et de riz importés, c’est ça l’impérialisme, n’allez pas plus loin".

Solidarité nationale

Les inondations du 1er septembre dernier ont réveillé chez les autorités politiques la notion de solidarité pour faire face au sinistre. Chaque citoyen est appelé à contribuer d’une manière ou d’une autre pour aider les populations en détresse. Les bailleurs de fonds sont sollicités. Sous la révolution, la solidarité nationale aurait permis de limiter les interventions des bailleurs de fonds qui imposent des conditionnalités souvent inacceptables. On se rappelle de l’interview du géographe français, Félix Damette dans L’Observateur Paalga du 25 août 2009. Il est l’un des consultants chargés de l’étude sur le Schéma national d’aménagement du territoire de Burkina. M.Damette disait que la façon dont les autorités nationales s’articulent avec les bailleurs de fonds, est inefficace. Ces derniers font des projets sans tenir compte des propositions nationales.

"Nous avons créé une caisse de solidarité révolutionnaire à laquelle des milliers de Burkinabè contribuent. "Où trouver l’argent [pour une route] ? Ca n’intéresse pas les bailleurs de fonds et si c’était le cas ils nous imposeraient des conditions qu’un pays aussi pauvre que le nôtre ne pourrait pas supporter. Alors, imaginons une solution : chaque Burkinabè verserait 800fcfa et en un an, le peuple burkinabè lui-même financerait la construction de cette route’’.

22 ans après donc sa mort, le programme politique du leader de la révolution burkinabé constitue une référence pour les dirigeants d’Afrique et d’ailleurs qui veulent se mettre véritablement au service des intérêts de leur peuple. Car les maux que ce programme dénonce et veut combattre, telle une gangrène ne sont pas encore extirpés de la société et des relations entre les différents pays.. Corruption, détournement, exploitation des ressources des pays, ingérences politiques des grandes puissances dans les affaires d’autres pays. Si certains maux ont changé de nature, les effets pernicieux restent les mêmes.

Ainsi, sous le couvert d’accord commerciaux, les richesses des pays dont les sous-sols sont riches sont pillées pendant que les populations vivent dans la pauvreté. Sous le couvert de l’aide internationale ou coopération, les ’’ généreux donateurs’’ imposent des orientations politiques aux antipode des besoins des populations locales.

Pour lutter contre cette gangrène, il faut des dirigeants téméraires car un système basé sur la soumission des peuples, leur exploitation et qui s’est enraciné pendant des décennies ne se combat pas dans un ballet diplomatique et entre deux murs. C’est au prix du sacrifice que les leaders amèneront leur peuple à l’émancipation. Ils n’auront pas l’occasion de faire fortune, d’habiter dans de somptueuses villas encore moins de remplir leur compte en banque. La victoire ne peut que se gagner au prix de la vie et c’est ce que Thomas Sankara incarne. La voie véritable pour la libération des peuples !


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Encadré :

Quelques points sur le programme politique sous la révolution

Quelques points sur le programme politique sous la révolution avec Alfred Sawadogo Ancien Directeur du Bureau de Suivi des ONG (1984-1988).

La Politique de coopération avec les ONG : cette politique consistait à encourager les ONG à s’investir d’avantage dans la construction de retenues d’eau, l’aménagement des avals de ces retenues et des bas-fonds, afin de promouvoir la production maraîchère. Et comme la plupart des producteurs ne visaient que la vente de leurs produits pour ne consommer que les mévendus, le Président m’avait instruit de solliciter la collaboration des Agents de l’Essor Familial pour organiser des démonstrations itinérantes de confection de plats locaux à partir des légumes existants, à même dans les jardins, pour que les nombreuses femmes maraîchères adoptent et intègrent dans le menu familial quotidien ces légumes si riches en nutriments. Le Président n’a pas eu le temps de mettre en œuvre ce dernier volet de sa politique car il a été assassiné avant. Par contre, il a eu le temps de voir que les ONG s’étaient vraiment mobilisées dans la construction des retenues d’eau. Certaines ONG disposaient de ressources financières suffisantes mais ne disposaient pas de ressources humaines compétentes pour mener les constructions dans les règles de l’art. Dans ce cas, le Ministère de l’Eau mettait gratuitement à la disposition de l’ONG la compétence nécessaire.

Les plats locaux avaient commencé à avoir droit de cité à la Présidence du Faso lors des cocktails offerts aux hôtes de marque. Ce fut le cas quand le président reçut les Evêques de l’Afrique de l’Ouest conduit par Son Eminence le Cardinal Paul Zoungrana. Tous les plats étaient du terroir, et ce fut ainsi par la suite : le vouandzou et autres beignets de haricot figuraient en bonne place. Fini le caviar, le champagne et autres douceurs importées.
Ennoblis donc à la Présidence du Faso, tous ces plats locaux avaient fini par faire perdre le complexe aux Burkinabé qui hésitaient encore à s’engager dans cette politique futuriste de consommer " Burkinabé ". Et aujourd’hui, il n’y a pas de honte pour le Gouvernement, dans le cadre de la lutte contre la vie chère, de proclamer " consommons Burkinabé ", car ce fut un concept d’abord idéologique qui est devenu aujourd’hui simplement une logique économique.

Le restaurant " Yidigri ", implanté juste à gauche après l’Hôpital, offrait des mets du terroir d’une qualité irréprochable à des prix imbattables.
(...) Autres actes s’inscrivant dans la politique de " consommer Burkinabé "
Les vêtements en cotonnade locale : à la disparition du Président, l’on estimait que la cotonnade locale, entre les mains des ménagères, avait atteint une valeur de six cent millions par an.

Le Président engagea un de ses conseillers à transformer le " soumbala " local sous forme de cubes améliorés pour faciliter sa consommation dans tous les milieux burkinabé. La recherche s’arrêta avec la disparition du Président.
Le Président me dépêcha à Koubri en compagnie d’un prêtre qui était à l’époque le Directeur du BEL (devenu aujourd’hui OCADES). Il s’agissait d’aller conférer avec les moniales pour approfondir les recherches sur la conservation de longue durée de la bière locale de sorgho et de sa mise en bouteille, pour une consommation à la fois de masse et des milieux aisés.

Je fus dépêché en Juillet 1987 à Douala au Cameroun, pour convaincre un grand industriel de la place, qui avait maîtrisé la technologie du froid et qui fabriquait des climatiseurs de bureau, des congélateurs et frigidaires, de venir exposer au SIAO. Car il n’y a pas de raison que le Burkina achète tous ces équipements en Europe ou en Amérique alors que ces mêmes équipements sont fabriqués ici en Afrique par un africain. L’opérateur a accepté l’offre avec enthousiasme, mais l’affaire n’eut pas de suite avec la disparition du Président.

Source : Il s’agit d’extrait de l’intervention de Alfred Sawadogo prononcée le 22 mai 2008 lors d’une conférence organisée à Ouagadougou par le comité d’organisation du 20eme anniversaire de la mort de Sankara à l’occasion de la commémoration des jeunes pour demander la libération de Sankara en mai 1983. http://thomassankara.net/spip.php?article585

Par Jean Paul Bamogo

Source : http://www.journalbendre.net/spip.php?article3025


La vie éternelle dans les œuvres

Les grands hommes marquent toujours leur temps. Ceux qui rentrent surtout dans l’histoire dans toute la splendeur humaine le sont plus. Nelson Madiba Mandéla, Patrice Lumumba, Che Guevara… Thomas Sankara. Malgré tout le dénigrement dont ils sont victimes de la part de leurs détracteurs, aussi puissants et téméraires, sont-ils, leur vie voyage à travers le temps.

Lui. Il s’appelle BB citoyen burkinabé et friand des œuvres sur le président Thomas Sankara. Depuis un certain nombre d’années, il collectionne livres, posters, photos, images sur l’homme de la révolution. Pour cette fois, il est à la recherche de deux tomes de recueil de discours, des documents qu’il a vus chez un collègue. Où les trouver ? Son collègue lui communique un numéro de téléphone. La personne contactée lui indique les endroits probables où il peut trouver ce qu’il cherche. En route et voilà, notre ami à la boutique de la station Petrofa de la Patte d’oie. Aussitôt arrivé, aussitôt fait. Notre ami a tout le sourire. " Je les ai enfin ". Pourquoi chercher tant de tels documents ? " Sankara n’est pas n’importe qui. C’est l’un des hommes qui ont marqué l’histoire. C’est l’un des hommes qui inspirent la jeunesse. L’homme dont le discours et le comportement donnent un sens à la vie d’un jeune combattant pour la liberté et contre l’oppression ". Voilà sa réponse.

A l’instar de BB beaucoup de personnes s’intéressent à l’information sur Thomas Sankara. Information disponibles sur plusieurs supports : livres, CD, sites web, presse…Les différentes sources étant plus ou moins accessibles les unes par rapports aux autres.

Dans les discothèques

Un tour de quelques discothèques de Ouagadougou. A tout hasard au bord d’une route, au secteur 28, le mardi 06 octobre 2009 aux environs de 10h. Un bruit, du moins, un son, nous interpelle. Faisant demi tour, nous rejoignons quatre jeunes regroupés autour d’un ordinateur, visionnant un film :
" Nous estimons que la dette s’analyse d’abord de par son origine. Les origines de la dette remontent aux origines du colonialisme. Ceux qui se sont transformés en "assistants techniques. En fait, nous devrions dire en assassins techniques. Et ce sont eux qui nous ont proposé des sources de financement, des "bailleurs de fonds. Un terme que l’on emploie chaque jour comme s’il y avait des hommes dont le "bâillement" suffirait à créer le développement chez d’autres. Ces bailleurs de fonds nous ont été conseillés, recommandés. On nous a présenté des dossiers et des montages financiers alléchants. Nous nous sommes endettés pour cinquante ans, soixante ans et même plus. C’est-à-dire que l’on nous a amenés à compromettre nos peuples pendant cinquante ans et plus ".

En écoutant cette partie sans regarder les images, nous comprenons que c’était Sankara, à la tribune de l’OUA en juillet 1987 à Addis-Abeba. Dans les discothèques de Ouagadougou, on retrouve donc des Cassettes DVD sur Sankara. Certains citoyens ont ses discours ou ses images dans leurs téléphones portables, sur leurs ordinateurs…

Autre source, le Net : " A l’occasion du 20e anniversaire de la mort de Thomas, j’ai téléchargé divers éléments sur le Net ". Des propos qui tranchent avec les facilités offertes par les techniques de l’information et de la communication par rapport à l’accès à l’information. Sur le site thomassankara.net par exemple, l’internaute a l’embarras du choix : Biographie, révolution, politique, discours, interviews, album photo, document audio et vidéo, témoignages, livres, articles... ! Ceux qui savent naviguer sur le net, peuvent télécharger, lire, écouter beaucoup d’œuvres venant de toutes parts dans le monde et sur Sankara.

En ce qui concerne les livres : un tour des librairies ! Les œuvres sont presque inexistantes. " Ça n’intéresse pas les gens ", dira un libraire, ou du moins peu de personnes s’y intéressent vraiment. Conséquence, les libraires n’en vendent pas. Certains voient plutôt du côté prix. Par exemple dans une librairie, nous avons pu identifier les œuvres disponibles. Les prix varient entre 8 000 à 20 000 F CFA. Trop cher pour les Burkinabé. Un client rencontré, restait impuissant devant une œuvre qu’il tient : Oser inventer l’avenir !" Je veux réellement le document mais il me coûte cher". En réalité les livres sur Sankara sont beaucoup sollicités mais la cherté des prix reste un obstacle majeur. Lesquels prix sont liés à l’édition des œuvres. La solution de rechange consiste pour certains lecteurs, d’aller dans des bibliothèques et centres de documentations de la capitale.

Pour le cas de l’indisponibilité des livres certains libraires évoquent une censure. A ce propos y a-t-il vraiment une censure ? Non mais, il y a cette peur de se faire étiqueter et de " subir des regards hostiles ". L’exemple nous est donné de vérifier dans certaines grandes librairies " fréquentées par les autorités du pays ". Une fois sur place, c’est le constat jadis décrit.
Les photos et posters. Il en existe en vente. Ils envahissent aussi les domiciles familiaux. Certains estiment détenir des documents précieux sur Sankara dans les placards et valises.

Ainsi, à travers les œuvres, Sankara vit plus que jamais et cela, pour l’éternité. N’ en déplaise à ceux qui veulent le faire disparaître ou oublier par tous les moyens.


Encadré

Bibliographie Quelques ouvrages sur Sankara

" Il s’appelait Sankara, Paris, Jeune Afrique Livres, 1989

" Sankara, le rebelle, Paris, Jeune Afrique Livres, 1987

" Ludo Martens, Sankara, Compaoré et la révolution burkinabé. EPO
(Anvers), 1989

" Bruno Jaffré, Burkina Faso. Les années Sankara, de la révolution à la rectification, L’Harmattan, 1989

" Skinner, Elliot P., The Mossi of Burkina Faso : Chiefs, Politicians and Soldiers, Waveland Press, Inc., 1989.

" Valère D Somé, Thomas Sankara, l’espoir assassiné, L’Harmattan, 1990

" Thomas Sankara, Oser inventer l’avenir, Pathfinder, 1991

" Thomas Sankara, L’émancipation des femmes et la libération de l’Afrique, Pathfinder, 1990, 2001, 2008.

" Basile Guissou, Burkina Faso, un espoir en Afrique. L’Harmattan, 1995

" René Otayek et Al., Le Burkina entre révolution et démocratie, 1983-1993, Karthala, 1996

" Bruno Jaffré, Biographie de Thomas Sankara. La patrie ou la mort,
L’Harmattan, 1997

" Sawadogo, Alfred Yambangba, Le Président Thomas Sankara : chef de la Révolution burkinabé, 1983-1987 : portrait, Paris/Montréal, l’Harmattan, 2001.

" Thomas Sankara parle. La révolution au Burkina Faso (1983-1987), 2e édition, Pathfinder, 2007

" Bruno Jaffré, Biographie de Thomas Sankara. La patrie ou la mort, édition revue et augmentée, L’Harmattan, 2007

Par N.M


Mon rêve d’enfant

En 1987, j’avais 5 ans ! Sankara était mon rêve ! Je suis né dans un pays voisin où mes parents cultivent le cacao comme beaucoup d’autres de mes compatriotes. Et comme tous les enfants, comme tous les adultes, j’ai des souvenirs d’enfant, j’ai eu des rêves d’enfant ! Je me rappelle des vastes champs de mon père, des dizaines d’hectares de cacao, de riz, de manioc… Je me rappelle des serpents, des singes, des buffles, des éléphants et autres bêtes sauvages que je rencontrais à chaque fois que je me promenais avec mes parents ou mes amis !

Je me rappelle des pluies interminables, de la fraîcheur de la douce forêt, des marigots d’eau qui serpentait. Je revois notamment comment les gardes des eaux et forêts menottaient mon père, le frappaient au visage, le faisait asseoir au soleil sous le regard des autres ; comment ils avaient giflé ma maman et bousculaient mes sœurs et moi… !

Je me souviens aussi que j’écoutais mes parents et les autres Burkinabé parler d’un Thomas Sankara, le président du Burkina Faso. Tous, ils disaient beaucoup de bien de lui. Je m’étais mis à l’aimer car je me disais que c’était quelqu’un de formidable et l’envie m’habitait de le rencontrer un jour.
A l’âge de 5 ans, je voulais rencontrer Sankara, mon président. Et lorsque mon papa, rentrait au pays, je lui disais de m’amener voir le Sankara qui faisait tant la fierté des Burkinabé. Je voulais aussi voir le Faso Dan Fanni, regarder les enfants pionniers pourquoi pas en être ; aller à Faso Yaar. Oui tout cela trottait dans ma petite tête ! De Sankara, j’en rêvais ! De son Burkina Faso, j’en rêvais tellement !

Malheureusement et comme si le destin s’acharnait à annihiler mes rêves sur mon pays, mon pays façonné par l’Homme unique et valeureux de la révolution ; j’entendis mon papa crier à l’intérieur des plantations, un jour : " Ils ont tué Sankara " ! Etait-ce le Sankara de mon rêve ? Oui ! C’est la radio nationale qui venait de l’annoncer : Sankara est mort. En même temps, une plage musicale spéciale Burkina couvrait les ondes. Je me demandai si certains se réjouissaient de cette tragédie. Je comprendrai tout après !
En tout cas, ce jour où le PF est mort, fut pénible pour tous les Burkinabé et leurs amis de mon village. Les uns et les autres ont déserté leur plantation et se sont retrouvés dans les familles. Ce jour là, pas de travail. Moi qui jouais avec mes boîtes au milieu de la cour, j’ai tout arrêté. J’étais triste ! Ce jour là, le temps était sec ; les oiseaux ne chantaient pas ; mon chiot Milou que je venais d’acquérir chez mon oncle refusait de jouer. Le soleil ne brillait pas comme à l’accoutumée ; les pilons se sont tus dans le village. Le temps a changé. Quelque chose a changé ! Pour moi ça ressemblait au signe d’un malheur. Mon rêve était enterré à jamais !

En 1987, j’avais 5 ans. Aujourd’hui j’en est 27. Je suis arrivé après la mort de mon rêve. Depuis, j’ai beaucoup appris sur la vision que Sankara avait du Burkina et du monde. Ma conclusion reste constante : la mort de l’homme est un malheur ; un gâchis ; un espoir enterré au cimetière. Je suis révolté au sens de la révolte résultante de constat de cruauté et de l’animosité d’une catégorie de personnes gouvernées par la boulimie du pouvoir ; l’intérêt personnel et familial au détriment de millions de citoyens qui ont droit surtout de jouir de leur vie, des richesses de leur nation. Aujourd’hui, je me rends compte que malgré tout, mon rêve continue. Sankara est inscrit sur la liste du "patrimoine universel" de l’humanité. Son nom, ses œuvres, ses visions, sa philosophie appartiennent à l’histoire universelle. Quelqu’un d’autre ne peut et ne pourra jamais détruire cette édifice.

Aujourd’hui je me suis engagé aux côtés des millions de citoyens d’Afrique et du monde pour l’avènement d’un autre monde ; pour dessiner un futur répondant à des aspirations nobles et communes aux peuples victimes et martyrs de ce monde : trouver des formes d’organisation meilleure, plus adaptées à notre civilisation, en rejetant de manière claire et définitive toute forme d’impositions externes pour créer des conditions dignes pour le bonheur des peuples opprimés ; en finir avec la survie ; nous libérer des pressions ; libérer nos nations de l’immobilisme médiéval, démocratiser notre société, éveiller les esprits à un univers de responsabilité collective et individuelle, pour oser inventer le futur, un autre futur plus prometteur et débarrassé de la corruption, des assassinats, de la pauvreté, de la misère ; bref de ce monde " imbécile " qu’une minorité impose.


Encadré Les enfants et le président Thomas Sankara

Ils ne l’ont pas connu physiquement, mais le portent dans leurs cœurs

Ils ne l’ont pas connu physiquement, car nés plusieurs années après sa disparition ; mais ils connaissent assez parfaitement sa vie et son œuvre, mieux, certains le portent dans le cœur. Lui, c’est Thomas Sankara, eux, des élèves d’un lycée de Ouagadougou. A travers ce micro-trottoir réalisé le 7 octobre 2009, les enfants s’expriment sur ce qu’ils savent de la vie et de l’œuvre de Thomas Sankara, et comment ils le savent. En peu de mot, ils disent des choses extraordinaires : " On s’est rendu compte qu’il n’était pas pour l’argent, à la différence de la plupart des autres présidents qui pensent au bien matériel ", " il a lutté vraiment contre la corruption et il n’était pas là pour s’enrichir, malgré qu’il fût un chef d’Etat ", " On a dit que Thomas Sankara était bien et sage ", " On était très fier de lui malheureusement il est mort ",disent-ils

O.I élève en classe de 5e : " Je connais le président Thomas Sankara à travers les livres. Les gens parlent de son dévouement, on dit qu’il était digne de lui, il respectait ses paroles, il a bati la Haute-Volta. C’est une personne qui se respecte et qui sait ce qu’il fait "

T.A élève en classe de 2nd : " Thomas sankara était une bonne personne, il était gentil, beaucoup de gens l’aimait par son travail, il était un homme courageux. On était très fier de lui malheureusement il est mort, on souhaite que la terre lui soit légère. C’est à travers les médias et ce que les gens disent que j’ai connu l’histoire de Thomas Sankara ".

O.M : " Je n’ai pas connu physiquement Thomas Sankara mais je sais qu’il a fait une bonne œuvre. Il a beaucoup travaillé et la plupart des gens apprécient son travail. On s’est rendu compte qu’il n’était pas pour l’argent, à la différence de la plupart des autres présidents qui pensaient au bien matériel. Il a été vraiment un président et je l’encourage. Dernièrement, j’étais au cimetière de Dagnoën et j’ai prononcé cette phrase : ’’président Thomas Sankara, tu étais fort, et tu le resteras toujours’’. C’est à travers un film que j’ai pu connaître l’œuvre de Thomas Sankara ".

B.L élève en classe de Terminal : " C’est à travers ses œuvres que je connais Thomas Sankara. J’ai lu beaucoup de ses œuvres. Ce qui m’a particulièrement plu chez lui, c’est qu’il a lutté vraiment contre la corruption et il n’était pas là pour s’enrichir, malgré qu’il fût un chef d’Etat ".

D.F élève en classe de 6e : " Ce que je sais de Thomas Sankara, c’est qu’il était le président du Burkina Faso et j’ai appris ça dans notre livre d’Histoire ".
K.F élève en classe de 6e : " On a dit que Thomas Sankara était bien et sage ".

D.A élève en classe de 2nd : " Thomas Sankara était un homme bon. Il était l’ami de Blaise Compaoré. Je sais tout ça à travers les livres et ce que les gens racontent ".

O N, élève en classe de 6e : " c’est mon grand frère qui m’a raconté l’histoire de Thomas Sankara. On a dit qu’il était capitaine, qu’il était le président "
K.A élève en classe de Terminal : " Je connais le Président Sankara à travers les journaux et ses discours. J’ai pu me rendre compte que c’est quelqu’un qui a vraiment œuvré pour l’évolution du pays, et l’Afrique en général, parce qu’il a dit dans un de ses discours que l’Afrique a besoin d’hommes libres pour mener un monde de paix et de respect. Thomas Sankara était vraiment un des hommes qu’il fallait pour le développement de l’Afrique ".

Propos recueillis par A.H Par Michel Nana

Source : Bendré du 14 octobre 2009 http://www.journalbendre.net/spip.php?article3021



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