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Commémoration 4 Août : Que peut penser Thom sank de la jeunesse ?

vendredi 24 août 2007 par Bruno Jaffré

Commémoration 4 Août : Que peut penser Thom sank de la jeunesse ?

 

Kassim Kongo

 

 

Cet article a été publié dans le numéro de l’hebdomadaire Bendré daté du 6 aôut 2007

 

S’il n’y avait pas eu ce que tout le monde sait- le 15 octobre 1987- la Révolution du CNR aurait eu cette année 24 ans. Un âge mûr, celui de beaucoup de jeunes Burkinabé et d’Afrique qui l’ont vu naître et qui y ont crû.

La révolution du 4 août 83 était considérée par la jeunesse comme la porte ouverte sur le développement participatif, l’Afrique qui pense par elle-même pour elle-même, bien entendu, dans le respect strict des autres peuples. Peut-être qu’avec le discours de la Baule, les chefs historiques de la Révolution allaient se muer en démocrates de processus pluraliste. Peut-être que cela allait leur réussir ; peut-être aussi que non.

Si J.J. Rawling a pu traverser les deux eaux, on peut penser que son ami Thom Sank pouvait faire de même en troquant sa vareuse avec le costume trois pièces quelquefois et beaucoup d’autres fois dans de belles coupes de Faso dan Fani ; bien sûr, le pistolet à cross d’ivoire soigneusement rangé dans un tiroir. Feu Yasser Arafat l’a fait, le leader Maximo Fidel Castro de même. Et si…

Et si comme le dit la chanson des Yelen. Avec des « Si » dit-on, on peut tout faire ; c’est le rêve permis.

Pendant la Révolution, la jeunesse était considérée comme le fer de lance. C’était à elle de porter haut le flambeau car considérée comme l’avenir de la Nation. C’est pourquoi beaucoup de choses ont été entreprises pour elle et par elle.

Il fallait façonner une jeunesse consciente apte à diriger et agir pour le développement du pays. Le maître-mot, l’amour de la patrie. Toute chose qui rime avec intérêt général et non égoïste étriqué, porte ouverte aux abus et autres actes répréhensibles contre le peuple.

La Révolution est partie visiblement avec ses nobles idées. Aujourd’hui que peut penser Thom Sank de la jeunesse qu’il chérissait tant ? S’il pouvait envoyer une lettre d’outre- tombe, on y verrait les pages mouillées par ses larmes. L’homme ne se reconnaîtrait plus en ses jeunes, avenir de la Nation.

Le constat est accablant. Ce qui lui fait très mal, c’est cette propension à la fraude : des jeunes cadres de demain s’adonnent au vol pour avoir des diplômes. Que ne feront-ils pas pour s’en mettre plein les poches quand ils seront à des postes de responsabilité, surtout que notre système reste celui où prime le diplôme ?

On ne tient pas compte de l’avertissement de feu Ki-Zerbo, qui assure que le diplôme ne vaut que ce que vaut son détenteur. Comme le font certains sportifs- les cyclistes sont les plus visés-, on use de subterfuges pour être là où on ne le mérite pas dans les normes. On se dope pour les sportifs. Pour nos jeunes scolaires et étudiants, on fraude. On fait « la défense en ligne », on a « des notes sexuellement transmises ».

Sous la Révolution, combien de cas de fraudes aux examens a-t-on vus ? S’il y en a eu, cela peut se compter au bout des doigts d’une seule main. Aujourd’hui, faire des examens et concours sans fraudes va étonner même l’administration. On essaie seulement de réduire l’ampleur.

Thom Sank ne se retourne plus dans sa tombe. Il a dû se lever, s’asseoir et prendre la tête dans ses mains pour pleurer et implorer le Tout-puissant afin qu’il aide son peuple qui va à vau-l’eau.

Avec cette manie de la fraude, l’adjacent est la ruée vers les postes. Pour cela, comme qui a bu boira, les jeunes ont opté pour les postes de responsabilité hic et nunc. La voie royale est la politique, celle du ventre. Ainsi, on se met sous le couvert des « Mogo-Puissant » pour être des punching balls. Autrement dit, on se fait utiliser dans des querelles de positionnement entre grands.

Regarder autour de vous, vous les verrez « ces jeunes par procurations » s’agiter pour défendre telle ou telle chapelle moyennant quelques subsides. Certains arrivent même à avoir des places dans l’administration publique ou dans le secteur privé. Là-bas, ils sont payés pour être la mouche du coche, des fayots aux oreilles grandes ouvertes.

L’expression favorite pour introduire le sujet chez le « Boss » est : « untel a dit que… » « Il parait que… », « C’est bizarre dè… ». De vraies gangrènes, semeurs de troubles. Mais ne leur dites pas qu’ils travaillent par procuration. Cela les met hors d’eux-mêmes ; alors les grands mots sortent pour se défendre de ne travailler pour personne, seul l’intérêt général comptant. Quelle misère !!!

D’autres ont trouvé un moyen plus efficace de se faire valoir. Il s’agit de la création d’associations prétendument apolitiques. Alors qu’il n’y a rien de plus politisés que ces regroupements qui ont leur printemps la veille des élections. Ça pousse comme des champignons et vise à mettre les bâtons dans les roues des propres camarades de partis. Une autre idée, celle plus juteuse est de se déclarer « l’Ami du Grand sachem ». On travaille pour son ami en permettant à ce parapluie de mieux se positionner.

De tout cela, Thom Sank en souffre, lui qui a toujours lutté contre le culte de la personnalité.

 

Kassim Kongo

 

La honte

 

4 Août 1983- 4 août 2007. Il y a donc 24 ans. Des patriotes progressistes faisaient sortir leur pays de l’anonymat en déclanchant une révolution. Durant quatre ans, les populations voltaïques, devenues Burkinabé vont s’engager dans un processus de transformation progressif et progressiste de tous les circuits de la vie sociale. A terme et comme dans toutes les révolutions qui ont bouleversé et décrit le destin du monde telles celles françaises, américaines ou russes, la révolution visait une prise en main du destin du peuple, par le peuple et pour le peuple.

Cet élan sera brisé, un soir d’un certain octobre 1987 quand entre 16h et 16h30, un commando abattait le leader charismatique du mouvement qu’était Thomas Sankara. A 16h30, ce jour là, la révolution a été enterrée.

4 août 2007 : L’événement rappelle à la fois l’espoir et l’amertume, la joie et la tristesse. Espoir et joie car le 4 août 83 ouvrait un chemin vers une destinée commune faite de sacrifices et de combats, « ceux qui vivent sont ceux qui luttent ».

Amertume et tristesse, car cette parenthèse d’espoir ouverte se referme de façon cruelle et inhumaine 4 ans après. Désormais, cette amertume et cette tristesse se présentent comme un signe de reddition imprimé dans les valeurs d’un peuple et d’un pays : le Burkina Faso et les Burkinabé.

Cet état d’esprit se prolonge dans toute l’Afrique. Edem Kodjo, l’avait écrit : « Thomas Sankara mort, l’Afrique plonge plus que jamais dans une douloureuse perplexité. Elle, dont l’image n’est pas des plus glorieuses, elle qui se traîne dans le concert des Nations la sébile à la main, elle que l’on se représente comme une perpétuelle mineure, incapable de prendre en main son propre destin, de mettre au clair sa créativité et sa positivité, elle se voit déconsidérée un peu plus. Et ses fils, choqués, n’éprouvent qu’un sentiment : la honte ».

Après avoir assisté, impuissant à la déportation de leurs bras valides pendant l’esclavage, les peuples d’Afrique ont enterré des braves enfants : Sankara, Marien N’Gouabi, ils sont partis. Les peuples ont accepté que certains de leurs enfants mus par un égoïsme notoire leur enlèvent leurs cerveaux. Lumumba assassiné, N’Krumah. Ils sont partis. Mais le temps leur donne raison. Ainsi vont les choses chez les Africains.

Comme s’inquiétait un étudiant rwandais après le 15 octobre : « A dieu Sankara, tu n’es plus là comme les autres. Ton départ me donne à penser. Les Africains sont-ils conscients de ce qu’ils font ? »…

 

Source http://www.journalbendre.net/spip.php?article1829

 


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