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Juliette Bonkoungou, ambassadeur du Burkina au Canada : "Sankara mérite mieux que d’être un fonds de commerce"

jeudi 31 janvier 2008 par Bruno Jaffré

Juliette Bonkoungou, ambassadeur du Burkina au Canada : "Sankara mérite mieux que d’être un fonds de commerce" et la réponse de Fidel Kientega, proche collaborateur de Thomas Sankara

Nous vous proposons l’entretien que Juliette Bonkoungou, ambassadeur du Burkina au Canada, a accordé à l’occasion du 15-Octobre, à Jean-Marie Vianney de CHUO FM, une radio communautaire de l’université d’Ottawa. Nous publions aussi juste après le réponse de Meng-Néré Fidel Kientega, un des plus proches collaborateurs de Thomas Sankara à la Présidence comme conseiller politique, parfois présenté aussi comme son secrétaire particulier.

Les animateurs du site

 


 

 (20) ans après la mort de Thomas Sankara, que peut-on retenir de l’homme, son œuvre, son idéologie et son héritage ?

• Personnalité charismatique, tribun hors pair, Thomas Sankara a su incarner les valeurs profondes de notre peuple faites de courage, d’intégrité, de simplicité et d’audace, d’ardeur au travail et de dignité.

Son idéologie ?

• Avant de parler de son œuvre, il convient en effet d’évoquer au préalable son idéologie. Cette idéologie est celle des pères fondateurs de la Révolution d’août que sont, outre Thomas Sankara, Blaise Compaoré, actuel chef de l’Etat, Henri Zongo, Jean-Baptiste Boukari Lingani, et exprime une vision clairement définie et consignée dans les textes de la proclamation de la révolution le 04 août 1983 et du Discours d’orientation politique (DOP) du 02 Octobre 1983.

Il en résulte qu’il s’agit d’une révolution démocratique et populaire, consistant à combattre l’impérialisme et le néocolonialisme sous toutes leurs formes en vue de redonner au Burkina Faso et au peuple burkinabè honneur, dignité, indépendance véritable, progrès et justice sociale.

Qu’en est-il de son œuvre ?

• Fort de ce socle idéologique, Thomas Sankara et ses camarades ont entrepris de vastes chantiers de réorganisation institutionnelle et de révolutionnarisation de tous les secteurs de la vie économique et sociale. C’est ainsi que conscients que l’émancipation politique et économique d’un peuple passe par l’accès à l’éducation et à la santé du plus grand nombre, et par l’émancipation de la femme, les leaders de la révolution ont surtout mis l’accent sur les initiatives et les actions dans ces domaines.

Ainsi, des écoles et des dispensaires ont été construits un peu partout, certes parfois sans jamais être pourvus du personnel qualifié mais avec la ferme volonté d’améliorer notablement la couverture sanitaire du pays et porter la scolarisation au maximum. Ainsi, de 1983 à 1985, le taux de scolarisation est passé de 16% à 21% et à 24% en 1986.

De même, des initiatives hardies ont été développées et des opérations de vaccinations gratuites des enfants à grande échelle ont été opérées sur ressources propres de l’Etat et grâce à des contributions volontaires des citoyens burkinabè, ce qui a valu à notre pays de recevoir des félicitations de l’UNICEF.

Au plan économique, la Révolution d’août se proposait d’œuvrer en faveur d’une économie nationale indépendante, autosuffisante et planifiée. Dans l’optique de l’édification d’une telle économie, le gouvernement révolutionnaire a entrepris de grandes réformes dans les secteurs suivants :

* réforme du système agraire et foncier avec notamment la mise en place de grands projets nationaux comme l’aménagement des plaines du Sourou (13 000 ha), de Douna (1200 ha), de la Kompienga (1000 ha), de Bagré (7 300 ha) en même temps qu’étaient lancés les mots d’ordre de ‘’produire et consommer burkinabè’’ censés mettre les paysans au cœur de l’action et doper la production en vue de l’autosuffisance alimentaire ou encore celui dit des 3 luttes à vocation écologique et de protection de l’environnement. Il s’agit de :

- la lutte contre la coupe abusive du bois ;
- la lutte contre la divagation des animaux ;
- la lutte contre les feux de brousse.

* au plan des infrastructures, des lotissements à grande échelle ont été entreprise à travers tout le pays particulièrement dans les quartiers d’habitats spontanés.

Avec le mot d’ordre ‘’une famille, un toit’’, un programme de construction de logements fut également engagé. Ainsi, on vit naître les Cités An I, II, III, IV destinées à rénover le centre ville tandis que celle dite des 1200 logements avait une vocation plus sociale.

Parallèlement, de façon volontariste, on a entrepris le prolongement de la voie ferrée vers le Nord avec l’objectif de désenclaver cette région du pays et rendre du même coup accessible les nombreuses ressources minières dont le manganèse de Tambao.

Au plan institutionnel, on verra en matière d’administration du territoire l’apparition d’une nouvelle structuration avec l’érection de 30 provinces et l’apparition dans les villes des secteurs en lieu et place des quartiers traditionnels tandis que la création des Comités de défense de la révolution (CDR) faisait leur apparition et étaient censés donner au régime dans toutes les strates de la société les relais nécessaires qui lui manquaient pour soutenir efficacement la mise en œuvre de son programme.

En matière de justice, on fera coexister aux côtés de la justice dite classique, d’autres structures avec pour vocation de moraliser la vie publique. Il s’agit au niveau national des Tribunaux populaires de la révolution (TPR), et au niveau local des tribunaux populaires de conciliation (TPC) des secteurs, des villages, départements et les tribunaux populaires d’appel dans chaque province. Bref. Il s’est agi d’une grande œuvre de modernisation de l’État, de moralisation de la vie publique et d’instauration d’une nouvelle gouvernance.

Mais, et c’est là, le grand hic, malgré le volontarisme de Thomas, la noblesse des idéaux et la légitimité des ambitions des pères fondateurs de la révolution d’août, de nombreuses zones grises viendront très vite assombrir ce beau tableau et faire le lit de divergences qui se mueront en contradictions conduisant malheureusement à l’issue tragique du 15-Octobre.

Il serait fastidieux ici de les énumérer toutes, mais on peut affirmer que principalement, l’adhésion des masses populaires à ces idéaux, objectifs et ambitions était requise plutôt de force que de gré ; les libertés d’opinion et d’expression ont progressivement cessé d’exister sauf pour magnifier l’action du régime et par ailleurs à la faveur de la militarisation des CDR, toute forme de contradiction, de résistance active ou passive était systématiquement matée durement.

Dans cette lancée, environ 2000 enseignants furent licenciés suite aux grèves de mars 2004 tandis que des responsables syndicaux étaient emprisonnés, des magistrats voulant faire prévaloir les arguments de droit sur la morale révolutionnaire furent également licenciés. Dans la même logique, un journal ‘’L’Observateur’’, considéré comme réactionnaire fut incendié. Aussi, les syndicats, les partis politiques, les confessions religieuses et coutumières furent tour à tour muselés sinon réduits à leur portion congrue.

A cela, il faut ajouter les dégagements et les mises à la retraite d’office dans l’Armée et l’administration, la réduction de l’âge de la retraite de 55 à 53 ans qui, pour l’année 1985 et dans la seule ville de Ouagadougou, entraîna le départ de 4616 personnes. Quand on connaît la composition de la famille africaine, il est aisé d’imaginer la désolation sociale qu’ont engendrée de telles mesures.

Par ailleurs, une vision manichéenne de la société burkinabè fit son apparition et s’installa. Il n’y eut désormais au pays pour les révolutionnaires que deux camps : d’un côté le peuple, et de l’autre les ennemis du peuple. Cette situation a naturellement exacerbé le climat social et ouvert la voie d’une psychose généralisée que confortaient les diverses exactions des CDR.

En un mot, il faut retenir ceci : plus la révolution sous Sankara avançait dans le temps- et elle avançait très vite -plus la lassitude du peuple se faisait sentir tant les efforts, les sacrifices demandés et les privations de liberté avaient atteint leur point culminant. Au surplus au plan extérieur, la révolution d’août avait réussi le triste exploit de se mettre à dos tous les pays voisins à l’exception du Ghana de John Jerry Rawlings, pour des raisons d’ingérence dans les affaires intérieures de ces pays, de provocation et d’agressivités diverses.

La guerre entre le Burkina et le Mali en Décembre 1985, l’interdiction d’importer des fruits de la Côte d’Ivoire en sont quelques illustrations. C’est dans ce contexte qu’un schisme apparut au niveau des leaders de la révolution : les uns souhaitant une révolution à visage plus humain, les autres voulant la poursuite d’une ligne pure et dure guidée par la lutte des classes !

C’est le dénouement de telles contradictions qui se sont vite muées en crise entre les deux principales tendances de cette révolution incarnées par ses deux principaux leaders à savoir Thomas Sankara et Blaise Compaoré, et pour ma part, du fait surtout des extrémistes de chaque camp qui firent monter les enchères, alimentées par des campagnes d’intoxication et de salissage. Ce véritable cocktail molotov politique sur fond de mécontentement social a culminé et abouti au dénouement tragique et sanglant du 15 octobre 1987.

Qu’a-t-il laissé Sankara comme héritage ?

• Le principal héritage de la révolution d’août est sans conteste l’éveil d’une véritable conscience politique nationale, un sentiment renforcé de justice et d’équité pour tous, et la confiance acquise par les Burkinabè en leur capacité à bâtir par eux-mêmes et pour eux-mêmes leur propre destin. Il s’agit là de valeurs politiques très fortes qui demeurent d’actualité et qui expliquent largement l’intérêt encore suscité pour celui qui, en tant chef de l’Etat, était le porte-drapeau de ces valeurs.

Malheureusement ce tableau idyllique a laissé aussi de douloureux souvenirs, beaucoup de meurtrissures du fait des privations des espaces de libertés individuelles et collectives, la répression et les exactions diverses des CDR au nombre desquelles les suspensions de salaires et licenciements de travailleurs pour ‘’activités contre-révolutionnaires" et autres "obstructions à la marche radieuse de la RDP’’, ce qui rend très mitigé cet héritage : brillant au niveau du message politique et terne au niveau de la pratique et du vécu des Burkinabè.

C’est l’ambivalence de cet héritage qui explique sans doute qu’aujourd’hui l’Assemblée nationale soit revenue sur la date du 4-août comme jour de fête nationale et ait supprimé les dates du 4 août et du 15 octobre de la liste des fêtes légales. Mais laissons certainement à l’histoire plus lointaine le soin de démêler les fils de l’écheveau et d’écrire peut-être avec plus de recul d’autres pages !

Qui a tué Thomas Sankara ?

• Question difficile et facile à la fois. La mort de Thomas Sankara est intervenue dans le cadre du dénouement d’une crise politique qui a atteint son paroxysme entre deux tendances au niveau de la direction de la révolution : les partisans modérés d’un côté, et les radicaux de l’autre. Malheureusement, la réalité de la direction politique de la révolution d’Août, le CNR, étant essentiellement militaire, les armes ont parlé entraînant la fin tragique de Thomas Sankara mais aussi d’autres pertes de vies humaines des deux côtés.

Le président Blaise Compaoré fut le premier à regretter ce dénouement sanglant et à saluer la mémoire de Thomas, son ami, son camarade. C’est pourquoi, l’essentiel pour les Burkinabè aujourd’hui, vingt ans après, est moins de mettre un nom sur la personne qui a appuyé sur la gâchette enlevant la vie à Thomas et aux autres personnes, que de dépasser ce qui s’est tragiquement passé le 15-Octobre pour œuvrer à ce que plus jamais de telles situations ne se reproduisent au Burkina Faso. Cela, les amis du Burkina Faso et de Thomas Sankara doivent l’admettre.

C’est du reste le sens de la ‘’Journée nationale de pardon’’ organisée le 31 mars 2001 au Burkina Faso sur recommandation d’un conseil national de gens de la société civile connu sous le nom de ‘’Collège de sages’’. C’est toujours dans le même esprit que Thomas Sankara a été déclaré héros national et que la décision a été prise de construire un mausolée et un monument aux héros nationaux.

Tous ceux qui aiment le peuple burkinabè et les autres peuples, tous ceux qui veulent honorer dignement la mémoire de Sankara et je ne crois pas me tromper en disant que sa famille, sa femme notamment que je connais personnellement pour avoir passé 7 années de notre vie ensemble au lycée et de belles vacances dans ma bonne ville de Koudougou ; tous ceux qui veulent poursuivre son oeuvre, dis-je, devraient se surpasser et accepter de se résoudre à ne pas se cristalliser, radicaliser, pérenniser les rancœurs, les rancunes, encourager ou entretenir l’esprit de vendetta, mais œuvrer à pérenniser l’idéal de l’illustre disparu qui était avant tout un idéal de paix et de justice.

Tant il est vrai que chaque peuple, chaque démocratie à travers son évolution connaît ses travers et ses revers ; l’essentiel étant de tirer les leçons des erreurs et des imperfections du passé mais aussi du présent, et j’insiste là-dessus, pour permettre d’aller de l’avant. Pour ma part en tant que femme, épouse et mère, la mort violente du plus humble au plus grand des êtres humains est toujours une tragédie et ma conviction est que nul ne saurait perdre sa liberté a fortiori sa vie à cause de ses idées.

C’est pourquoi, je me situe définitivement dans le camp des démocrates et des progressistes, mais j’affirme aussi que la mort d’un homme, aussi illustre et grand fût-il, ne saurait prendre en otage la volonté souveraine de tout un peuple de retrouver ses propres marques et repères à travailler à son bonheur et à son épanouissement.

Thomas n’était pas un saint -et sous son leadership des femmes ont été faites veuves et des enfants orphelins, je pense notamment aux sept conjurés de mai 1984 qui furent passés par les armes - mais il a porté haut l’espérance et le flambeau du Burkina Faso.

A ce titre, il appartient désormais au patrimoine commun de tous les Burkinabè et sa mémoire mérite mieux que de devenir le fonds de commerce politique de quelques factions ou groupuscules en mal de référents mobilisateurs et sans égard pour le devenir du peuple burkinabè.

D’après vous, 20 ans après sa mort, pourquoi il continue à susciter beaucoup d’intérêt ?

• Je vous ai dit tantôt que les valeurs fondatrices de la Révolution d’Août faites d’éveil des consciences politiques, de promotion des valeurs d’équité et de justice pour tous, d’affirmation de la capacité des peuples, pas seulement burkinabè mais aussi africains, à prendre en charge par eux-mêmes et pour eux-mêmes leur propre destin, son panafricanisme affiché et sincère, la justesse des choix politiques prioritaires en faveur de la santé, de l’éducation, de la promotion de la femme et de la protection de l’environnement, la volonté de moralisation de la vie publique, bref, la volonté d’instaurer une nouvelle gouvernance rendent le message terriblement d’actualité.

Ajoutez à cela le charisme personnel de l’homme, ses qualités de grand orateur et vous aurez la réponse ! Par ailleurs, il a su incarner la dignité et l’identité, pas seulement des Burkinabè mais aussi de l’ensemble des masses africaines, particulièrement la jeunesse qui, aujourd’hui encore, a un besoin d’identification et de repère.

Malheureusement, la lucidité commande d’ouvrir les yeux et de constater que l’énergie, la rhétorique ne font pas tout, encore moins le succès des révolutions. Nécessaire mais non suffisant, le volontarisme doit se marier à l’efficacité pour ne pas être infécond et l’efficacité se nourrit du pluralisme et de la contradiction des idées. Bref, de la démocratie.

A ce niveau, on se désole de constater que tandis que les promesses du DOP tardaient à se concrétiser, les CDR bâillonnaient et semaient désolation et terreur. C’est sur ces graves erreurs que la majorité de notre peuple aujourd’hui refuse l’adhésion à ses héritiers politiques qui peinent à trouver leurs marques et brillent par leur faible représentativité à l’Assemblée nationale du fait que nombre d’entre eux sont perçus par la population comme ayant constitué le ferment du passif de la révolution sous Thomas.

A titre de conclusion, je dirai que vingt ans après, la mort de Thomas Sankara me rappelle cruellement les paroles de l’Ecclésiaste chapitre 1, verset 2 de la Bible qui dit si bien que dans ce monde ‘’Tout est vanité’’ et le chanteur populaire d’ajouter à tue- tête que ‘’Tout passe et tout lasse’’. Heureusement les valeurs et les idées justes demeurent !

C’est ainsi que Blaise Compaoré, tirant leçon des erreurs du passé, travaille calmement, patiemment, avec détermination et pragmatisme avec le peuple burkinabè, à approfondir l’œuvre par une renaissance démocratique et une transformation qualitative de la société burkinabè aux plans institutionnel, politique, économique et social.

*Au plan politique et institutionnel, on retiendra l’adoption d’une constitution le 2 juin 1991 qui marque la fin des errements politiques et le début du retour à l’état de droit, toutes choses qui fondent aujourd’hui la stabilité, l’ouverture et l’expression démocratiques au Burkina Faso.

C’est du reste en vertu de ces acquis démocratiques que les sankaristes qui, hier, rejetaient toute forme d’expression démocratique, font des revendications de toutes sortes, des plus légales aux plus illégales, sans être inquiétés et mieux, qu’ils peuvent se constituer en partis politiques, revendiquer le suffrage populaire, ester en justice ou opter pour la désobéissance civile en descendant dans la rue.

S’agissant de la stabilité politique, il y a lieu de retenir que de 1960 à 1987, c’est-à-dire en 27 ans, le Burkina Faso a connu 6 coups d’Etat militaires et trois républiques en expérimentant tour à tour le parti unique, le multipartisme limité et autres...

Au titre des avancées démocratiques, le Burkina dispose d’un organe indépendant chargé de l’organisation des élections, la CENI, et a adopté le mode du bulletin unique en vue de garantir la transparence des élections. Il a aussi institué le statut du chef de l’opposition officielle, mis en place la charte des partis politiques, adopté la loi sur le financement des partis politiques, puis institué le Conseil Supérieur de la Communication (CSC) dont le rôle est d’assurer l’équilibre d’accès aux médias et de veiller au respect de la déontologie dans le travail des médias. Par ailleurs, le gouvernement a entrepris de grandes réformes dans les domaines suivants :
- la Fonction publique ;
- la Justice en vue de rapprocher le justiciable de la justice ;
- la promotion des doits humains : un ministère à part entière, le ministère de la Promotion des droits humains, est exclusivement consacré à ce volet, une première en Afrique ! Un ministère chargé de la promotion de la femme est également mis en place en vue d’accélérer l’émancipation politique, économique et sociale de la femme !
- l’Education : aujourd’hui, le taux de scolarisation brut au Burkina Faso est de 58% (source UNESCO) et le gouvernement burkinabè a décrété la gratuité des fournitures scolaires dans les établissements d’enseignement primaire sur toute l’étendue du territoire à compter de la rentrée scolaire 2007-2008. Encore une première en Afrique !

Enfin, en lieu et place de la diplomatie spectacle et inutilement provocatrice de l’ère de la révolution, le Burkina Faso avec Blaise Compaoré a su bâtir une diplomatie discrète mais crédible. C’est grâce à cette diplomatie que le Président Compaoré est sollicité comme facilitateur dans le règlement de plusieurs conflits en Afrique, notamment au Mali, au Niger, et plus récemment au Togo et en Côte d’Ivoire.

*Au plan économique, le gouvernement burkinabè a entrepris de grandes réformes pour assainir son environnement économique et financier et mieux s’insérer dans l’économie mondiale de marché. Ces réformes ont permis au Burkina Faso d’enregistrer en moyenne un taux de croissance annuel de 6% sur 10 ans et de se classer, selon un rapport d’experts de la Banque mondiale sur la bonne gouvernance dans le monde publié en Juillet dernier, 1er en Afrique de l’Ouest et 7e sur les 52 Etats africains.

C’est encore en reconnaissance de ses efforts importants, efforts en matière de bonne gouvernance économique et politique que le Burkina Faso a été admis en avril 2005 au bénéfice de la coopération préférentielle du Canada sur une liste de 25 pays au total, et à celui du Millenium chalenge corporation en novembre de la même année par les États-Unis d’Amérique.

*Au plan social, le Burkina Faso de Blaise Compaoré a su cultiver le dialogue social avec toutes les composantes de la société civile, leur donnant ainsi un rôle de premier plan dans la participation à la gestion des affaires de la cité. (Cf. la mise en place du "Collège de sages" et du rôle joué par celui-ci en faveur de la paix sociale, des organes de consultation tels le Comité national d’éthique, la Haute autorité de lutte contre la corruption, etc.).

Je suis loin de vous dire qu’au Burkina Faso aujourd’hui, tout est parfait. La démocratisation ne s’est pas faite sans heurts ni difficultés et des questions aussi importantes que la moralisation de la vie publique et la redistribution équitable des richesses demeurent des sujets de préoccupation. Mais il est notable que la démocratie, le développement ne se construisent pas en un seul jour.

Ce sont des œuvres de longue haleine, mais l’objectivité commande de reconnaître qu’il y a une volonté politique très forte du leadership burkinabè actuel, sous la Présidence de SEM Blaise Compaoré, à œuvrer en faveur de la démocratie, de la paix, du développement, de la protection et de la promotion des droits humains de manière à inscrire définitivement notre pays au panthéon des pays de droit et de progrès.

Le Président du Faso, les acteurs actuels du régime peuvent, comme tout être humains, avoir leurs insuffisances d’homme. Mais, les Burkinabè ont compris depuis le 15 octobre 1987 qu’il faut savoir raison garder ! Que le Burkina Faso n’appartient à personne en particulier. Qu’il est le pays de chacun et chacune, de tous et toutes, et qu’à ce titre, ils sont tous comptables devant l’histoire de son devenir.

C’est pourquoi, ils privilégient la recherche du consensus et sont attachés à la préservation de la paix sociale. A cette œuvre titanesque mais exaltante, la contribution active des sankaristes du Burkina comme d’ailleurs, des amis du Burkina Faso et des gens de bonne foi est très attendue. Je vous remercie de m’avoir donné l’opportunité de parler de mon pays à l’occasion de la commémoration de cette date du 15 octobre

Propos recueillis par Jean-Marie Vianney
Producteur/Présentateur Afrique Plus
CHUO FM 89.1
Mail : afriqueplus1@gmail.com

Source : L’Observateur Paalga du vendredi 19 octobre 2007.

 


 

"Juliette Bonkoungou, Vous cachez mal votre intention de nuire "

Meng-Néré Fidèle Kientéga

La lecture de l’interview de Juliette Bonkoungou, ambassadrice du Burkina au Canada parue dans notre édition du 19 octobre 2007 a suscité la réaction de Meng-Néré Fidèle Kientéga, secrétaire national à la Communication de l’UNIR/MS.

Mme Bonkoungou est certainement très intelligente, mais cache mal son intention véritable qui est de saper l’image du Président Thomas Sankara que les jeunesses sans repère et sans perspective d’avenir sont en train de sacraliser 20 ans après son assassinat. Relisez-là bien et vous vous apercevrez que dès sa réponse à la première question et vous le verrez.

Tous les nobles idéaux vaillamment défendus pendant les quatre (04) ans de révolution, tout ce qui a été réalisé de bien et de beau, elle en parle soit de façon impersonnelle, ou elle les impute aux chefs historiques de la révolution. Ne réservant pour Thomas Sankara que l’image de l’homme qui a dévoyé ces nobles idéaux et ceci pour justifier sa mise à mort le 15 octobre 1987.

Si pour Thomas Sankara, nous savons qu’il est ‘‘un renégat, un misogyne, un traître à la révolution, qui voulait lui imprimer une déviation droitière’’, comment Mme explique-t-elle, elle qui apparemment sait tout, ce qui s’est passé deux ans plus tard avec les deux autres chefs historiques (Jean-Baptiste Boukary Lengani et Henri Zongo), qu’on a accusé le Président du CNR de vouloir tuer traîtreusement ce même 15 octobre 1987 à 20 heures. Pourquoi ont-ils été massacrés comme bien d’autres après eux aussi dans l’anonymat et très certainement dans des conditions insoutenables ? De la révolution elle-même dont on a tué le chef charismatique pour la protéger des déviations, qu’en a-t-on fait ?

N’est-ce le virage au-delà de la droite pour nous inféoder à la mafia internationale que tout le monde constate ? Je crois que Mme Bonkoungou aurait certainement fait preuve de plus de rigueur et de courage dans son regard rétrospectif en disant ce que les ‘‘rectificateurs’’ ont fait des valeurs profondes de notre peuple faites de courage, d’intégrité, de simplicité et d’audace, d’ardeur au travail et de dignité.

Les opportunistes et théoriciens de la 25e heure du régime Compaoré

Mme Bonkoungou dit que l’adhésion des masses populaires aux idéaux... était requise plutôt de force que de gré. Elle ne sait peut-être pas qu’un jour, on en dira autant, voire pire du régime dont elle veut faire aujourd’hui l’apologie. Et ils seront nombreux et loquaces comme toujours, ces opportunistes et théoriciens de la 25è heure qui adulent le régime Compaoré et trouvent des superlatifs pour son chef ‘‘bâtisseur etc.’’ Ils feront des déclarations du genre :

‘‘On voyait tous que ça ne va pas, mais il fallait suivre ou être écrasé’’. Et de fait leur régime écrase. Oui il écrase tous ceux qui ne filent pas droit. La gestion républicaine de l’Etat, de ses biens et de ses fils n’existe pas au Faso. C’est à qui détient la bonne carte que vont les avantages jusqu’à l’abus, et cela ne gène personne, surtout pas le premier des burkinabé qui a juré la main sur la Constitution de les protéger et de les défendre tous de la même façon.

Et les exemples sont légion qui l’attestent. Allez interroger cet opérateur économique bien connu de la place qui a ‘‘commis le crime’’ de donner un chèque à Boukary Kaboré dit le Lion pour qu’il l’utilise comme caution lors du dépôt de son dossier de candidature aux élections présidentielles de 2005.

Il a vu et regardé l’arbitraire dans la prunelle des yeux car dès que son ‘‘forfait’’ a été rapporté par ceux-là disséminés dans tous les services pour veiller au grain, la réaction est partie avec la fulgurance de l’éclair. On lui a fermé son hôtel et ses affaires ont été systématiquement gelées ou bousillées même celles qui se trouvaient en dehors du Burkina.

Mesurant le pétrin dans lequel il s’est mis et pour sauver son empire de l’étouffement certain, il lui a fallu montrer patte blanche jusqu’à l’humiliation. Par contre sous la Révolution, je connais des gens qui se sont opposés aux mots d’ordre et à qui rien n’est arrivé. Je vous citerai le cas de cette dame alors Haut commissaire qui s’est illustrée en son temps en contredisant le Président Sankara au moins deux fois dont une fois publiquement à la Maison du Peuple.

En effet lorsqu’à l’An I l’on a décidé de construire 20 mini-villas dans chacun des 30 chefs-lieux de province, elle a contrevenu et elle s’est expliquée, en décidant de construire 2 dans chacun des 8 autres départements composant sa province et de n’en construire que 4 dans le chef-lieu. Cela est vérifiable aujourd’hui. Si un haut commissaire pouvait s’opposer victorieusement au chef de la révolution, ce n’est pas le numéro deux qui peut se plaindre de bâillonnement.

Il fallait simplement avoir le courage de ses arguments sauf si ceux-ci sont aux antipodes des idéaux de la révolution comme la preuve a été faite par quatre plus tard. Quant à l’incendie du journal l’Observateur, à l’embastillement des syndicalistes ou à l’exécution des conjurés de mai 1984, on a la forte impression que Mme Bonkoungou a été instruite pour monter pour la nième fois à l’assaut de la mémoire et de l’image du Président Sankara qui, décidément refuse de se laisser enterrer par ses tueurs.

Sinon le magistrat professionnel qu’elle est devrait se montrer plus soucieuse d’équité et de justice dans son réquisitoire en évitant de condamner sans appel ceux qui ne pourront plus jamais se défendre alors qu’elle a sous les yeux et à portée de main ceux (pour ne pas dire celui) qui ont exécuté toutes ces choses ensemble et de concert avec le supplicié. Pour tout dire, Mme Bonkoungou ferait mieux de se contenter de boire le lait au lieu de se mettre aussi à compter les veaux pour reprendre la célèbre formule d’un élu à l’Assemblée nationale.

La Révolution n’a jamais armé un opposant

Chapeau à Mme Bonkoungou qui a la mémoire des chiffres pour nous rappeler que 4616 personnes ont perdu leur gagne-pain du fait des diverses mesures de licenciement et de mise à la retraite d’office du CNR. Sait-elle aujourd’hui combien de travailleurs les privatisations sauvages à la limite souvent du bradage ou du deal entre cocos ont jetés à la rue ? Sait-elle combien de familles dans sa belle ville de Koudougou ont eu tous horizons et toutes perspectives bouchés du fait de la fermeture de Faso Fani pendant que nous nous targuons d’être le premier producteur africain de coton ?

Tant pis pour l’inévitable et longue cohorte de la famille africaine éplorée. Comme quoi la lionne qui va prendre le petit de la biche pour nourrir ses petits ne sait pas qu’elle endeuille une mère. Mme Bonkoungou parle du triste exploit qu’avait réussi la Révolution de nous mettre à dos tous les pays voisins sauf le Ghana. Je ne rentrerai pas dans des comparaisons entre le CNR et le régime Compaoré en matière de relations avec les voisins et plus.

Les burkinabé, qui sont intelligents au-delà de ce qu’elle croit feront cette comparaison eux-mêmes. Je puis simplement dire, ayant géré une partie des relations du Président Sankara avec les chefs d’Etat étrangers, qu’en dehors du Président Houphouët Boigny qui se voyait doubler dans son leadership et accessoirement d’Eyadema, Thomas Sankara cultivait les meilleures relations avec ses voisins. Vous regardez certainement vers le Mali, mais il vous suffit aujourd’hui de considérer chère Mme le très grand nombre des sankaristes du Mali, qui ont tout compris et vous aurez la réponse.

Sans compter que pour certains, c’est plus leur peur bleue de l’adhésion de leur jeunesse au rayonnement de la Révolution et de son leader qui les faisait sortir les dents ou ourdir les complots que des actes belliqueux perpétrés par le Président Thomas Sankara. Ce qui est sûr, c’est que malgré les complots et calomnies de l’impérialisme, la révolution n’a jamais donné une seule arme ou servi d’intermédiaire pour armer un seul opposant dans un pays voisin ou lointain en dehors bien sûr de la poignée de kalachnikov remise symboliquement à l’ANC.

Mme Bonkoungou n’a certainement pas vu l’arrivée de la caravane ou la marée humaine au cimetière des martyrs le 15 octobre malgré la débauche des moyens de l’autre camp pour rabattre la foule, sinon elle ne rirait pas tant de la faible représentativité des sankaristes à l’Assemblée nationale.

Si elle avait le courage de regarder le vrai visage de sa démocratie ; transport des foules pour opérer des votes multiples, morts ’’réveillés’’ pour donner leur voix, tout l’Etat et toute la République au service d’un seul parti, la mise au pas des opérateurs économiques et leaders d’opinion, l’inféodation de tout l’appareil administratif, l’achat des consciences et autres fraudes, elle devrait plutôt en pleurer.

Une Nation a besoin d’être apaisée et reconciliée avec elle-même

Parlant des sankaristes, Mme Bonkoungou dit ceci « tous ceux qui veulent poursuivre son œuvre, dis-je, devraient se surpasser et accepter de se résoudre à ne pas se cristalliser, radicaliser, pérenniser les rancoeurs, les rancunes, encourager ou entretenir l’esprit de vendetta ». Je lui répondrais que c’est tout simplement ahurissant de la part de quelqu’un de sa trempe, avec l’ouverture qu’elle a sur le monde, de croire qu’on peut faire l’impasse sur de telles forfaitures en laissant agir le temps.

Si l’Affaire Dreyfus fait aujourd’hui des rebondissements 100 ans après en France, si en Afrique du Sud, les affaires des Steve Biko et autres rattrapent les théoriciens et bourreaux de l’Apartheid, si au Maroc l’affaire Ben Barka rattrape la monarchie plus de 40 ans après etc. elle peut être sûre qu’il faudra un jour ou l’autre mais inéluctablement résoudre les affaires Thomas Sankara, Clément Oumarou Ouédraogo, Norbert Zongo Guillaume Sessouma, entre autres seront. Une Nation a besoin d’être apaisée et réconciliée avec elle-même pour se construire comme vous semblez l’appeler de tous vos vœux, mais ce n’est pas une Nation qui laisse couver des marmites bouillonnantes.

C’est une Nation qui s’enrichit en faisant face à son histoire et en l’assumant. C’est de cette Nation que rêvent les sankaristes qui font appel à sa justice (vous êtes magistrat n’est-ce pas ?). Au cas où vous ne le sauriez pas, la vendetta c’est tout autre chose, c’est la justice privée, personnelle ou familiale et qui se rit de la justice d’Etat, souvent quand la justice d’Etat est défaillante. Fasse Dieux et les ancêtres que nous n’en arrivions pas là en emboîtant le pas de ceux qui tuent, qui brûlent et qui voudraient qu’il n y ait rien.

Meng-Néré Fidèle Kientéga

Secrétaire nationale à la Communication de l’UNIR/MS

Source : L’Observateur N° 7001 du 30 octobre 2007 http://www.lobservateur.bf/...


En réponse à :

> Juliette Bonkoungou, ambassadeur du Burkina au Canada : "Sankara mérite mieux que d’être un fonds de commerce"

20 février 200821:20, par Le patient

Juste pour dire à Mme Bonkoungou que chaque chose à une fin et que le mensonge a beau duré la vérité le rattrapera un jour. Il ne faut surtout pas qu’elle soit pressée. Et je l’a conseil surtout de bien profiter de son soleil de Blaise.
Honte aux corrompues


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