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"Une Révolution trahie et bafouée" de SERGE-NICOLAS NZI

vendredi 14 octobre 2005 par Gandaogo

Une Révolution trahie et bafouée 

SERGE-NICOLAS NZI

Au fur et à mesure qu’elle se défigure, elle se débarrasse de ceux qui ont été ses initiateurs. Quelques transfuges tard venus, se l’approprient et entreprennent de réécrire son histoire. La révolution Burkinabé tant admirée, qui suscita une lueur d’espoir au sein des masses africaines, n’a pas échappé elle non plus au sort commun à toutes les révolutions. Elle est aujourd’hui devenue, une révolution défigurée, une révolution détournée, une révolution trahie. On a souvent reproché à Thomas Sankara sa jeunesse, en effet la plupart des acteurs de la révolution Burkinabé avaient à peine dépassée le cap de la trentaine.

La France et le monde ont célébré, il y a quelques années le bicentenaire de la révolution française : qu’on se souvienne de l’âge de ces jeunes gens qui bouleversèrent le monde, par leurs actions, et qui léguèrent à l’humanité, au prix de leur vie, les valeurs universelles et immortelles des droits de l’homme C’est hommes avaient en 1789 : Robespierre 31 ans, Danton 30 ans, Camille Desmoulins 29 ans, Marat Jean-Paul 46 ans, Saint-Juste 22 ans.

Mesdames et messieurs l’argument de la jeunesse de Sankara, ne tient pas la route et ne résiste pas à l’analyse dialectique des causes de sa mort et surtout de son assassinat. Car si on observe l’histoire humaine, ce ne sont pas les vieillards grabataires qui fécondent les grandes mutations révolutionnaires, ce sont les jeunes, qui portent l’élan libertaire. Nous les avons vus à Bucarest, à Berlin, à Prague à Budapest, à Tiblissi à Varsovie à Soweto, à Bamako, à Abidjan etc. Selon nous, Thomas Sankara avait commis une erreur, une seule, celle d’avoir pensé que Blaise Compaoré et lui partageaient la même foi en la révolution. Il c’était trompé. Ils ont été entraînés par le même élan vers la révolution, mais son compagnon ne souhaitais pas la révolution, il voulait seulement jouir et bénéficier des signes extérieurs du pouvoir. Il en est de même pour la plupart de ses compagnons militaires. Sankara avait compris cette vérité trop tardivement. Avant lui un autre révolutionnaire intransigeant avait déclaré : << je suis fait pour combattre le crime, non pour le gouverner. Le temps n’est point arrivé où les hommes de bien peuvent servir impunément la patrie ; les défenseurs de la liberté ne seront que des proscrits tant que la horde des fripons dominera. >> cet autre révolutionnaire, c’était Maximilien Robespierre.

Le Jugement de l’histoire Cher frère Thomas Sankara, l’histoire, ce grand juge qui doit venger l’humanité trahie et les peuples opprimés voilà le refuge de ton martyr. En nous adressant à ta mémoire depuis l’outre tombe, nous avons le devoir de te donner des nouvelles de ce bas monde, que tu as quitté par assassinat. Nous t’apprenons que le Président Seyni Kountché s’est éteint quelques semaines après ton assassinat le 10 novembre 1987, dans un hôpital parisien des suites d’une tumeur celébrale. Nous t’apprenons que Nelson Mandela est sorti de prison, des élections libres ont permis d’enterrer l’apartheid ainsi que le régime raciste, honteux et criminel instauré par les blancs en Afrique du sud. Tu avais bien connu Samuel Doé, ce Sergent d’opérette qui avait fait fusiller les dignitaires du régime du président William Tolbert sur la plage de Monrovia, figure-toi cher frère que l’histoire nous a donné l’occasion de le voir assis par terre en petite tenue, les mains liées dans le dos, pleurant à chaudes larmes et implorant son allié d’hier, Prince Johnson de lui laissé la vie sauve. Il a été dépecé comme un sanglier. Nous t’informons aussi cher frère que Moussa Traoré, ce général de pacotille qui dirigeait le Mali voisin, il a été chassé du pouvoir par la révolte conjuguée du peuple malien et de son Armée. Que Félix Houphouet-Boigny, le Président de la Côte d’Ivoire a quitté lui aussi le monde des vivants des suites d’un cancer généralisé de la prostate, il a laissé à son pays une guerre interminable de succession. Sache aussi que l’ancien sergent de la force publique congolaise, Mobutu Sésséko, le traite qui livra le père du mouvement national congolais, notre frère, Patrice Emery Lumumba aux Sécessionnistes Katangais. Il est mort lui aussi d’un cancer généralisé de la prostate, curieuse prostate elle a eu raison de l’homme qui portait une toque de léopard en prétendant incarner l’authenticité africaine. Il est mort en exil à Rabat au Maroc, maréchal sans armée, c’est dans l’amertume et après avoir connu lui aussi la trahison de ses officiers, dont le général Nzimbi le commandant de la division spéciale présidentielle, son propre neveu qui fut le premier à traverser le fleuve Congo pour se mettre à l’abri à Brazzaville. Ne parlons même pas du commandant de la garde nationale zaïroise, son oncle le général Baramoto un déserteur patenté. Toi qui était militaire, figure toi que son chef d’état major interarmes, le Général Donatien Mahélé Lieko, avait collaboré avec l’ennemi en livrant les positions de ses propres troupes, pour soit disant éviter un bain de sang à Kinshasa.

L’ironie de l’histoire est que le Zaïre n’existe plus. Tu te souviens qu’il était, le pays, le fleuve et la monnaie. L’histoire se moque souvent de ceux qui la considère comme un terrain vague où il peuvent aller se soulager impunément. Tu n’y crois pas mais c’est vrai, tous les vivants te confirmeront que le Zaïre est classé désormais dans les oripeaux de l’histoire douloureuse de notre continent. Cela nous confirme que tout ce qui est superficiel n’est qu’éphémère et ne résiste pas à l’usure du temps, tes assassins le savent certainement. Mobutu a donc payé au prix fort toutes les trahisons dont-il s’était rendu coupable vis-à-vis de la cause africaine, sache que tes assassins auront le même sort.

Sache aussi que ton frère et ami le capitaine d’aviation, John Jerry Rawlings a quitté dignement le pouvoir pour une retraite bien mérité, il a fait du Ghana que tu connaissais un pays qui compte sur la scène africaine. Au Sénégal, le président Abdou Diouf, a quitté le pouvoir suite à une défaite électorale, il a été battu à la régulière par son opposant de toujours l’avocat sénégalais, Abdoulaye Wade. Qu’à Madagascar l’amiral rouge Didier Ratsiraka a été chassé du pouvoir, par une insurrection populaire, battu à la régulière dans un scrutin sans bavure, l’amiral rouge voulait se maintenir au pouvoir, avec le soutien criminel de la France. C’était mal connaître la détermination du peuple malgache. Dans cette crise les USA ont rendu un grand service au monde entier en reconnaissant de facto le président élut Marc Ravalomanana faisant du coup de l’Amiral rouge un tricheur, un tripatouilleur, voir un combinard de bas étage, qui n’avait d’autre solution que de trouvé refuge en France pour sauver sa sale peau. D’autre part, l’ancien sergent Eyadéma devenu le général président à vie du Togo voisin est mort d’une insuffisance cardiaque. Son fils Faure Eyadéma est aujourd’hui le président du Togo, devenu aujourd’hui la propriété du clan Kabié des Eyadéma. Même dans tes cauchemars les plus horribles tu n’avais pas imaginé une telle folie.

Mais le meilleur est que tes assassins alliés à la France néo-coloniale ont soutenu une rébellion en Côte d’Ivoire en oubliant que le Burkina Faso dépend à 90 % de la Côte d’Ivoire pour ses importations et ses exportations. Toi qui était un apôtre de la solidarité interafricaine, toi qui n’a participé à aucune conspiration contre un pays frère, voici aujourd’hui ton peuple embarqué dans une forfaiture et un incendie sous-régional qui ne le laissera pas indemne. Car l’avenir des relations entre le Burkina et la Côte d’Ivoire ne sera plus la même après cette guerre. L’immaturité politique de tes assassins Cher frère, ton meurtre démontre hélas ! Qu’en Afrique dans certains pays ayant connu une évolution comparable, l’accession à la démocratie demeure une affaire de meurtre, c’est la preuve de l’immaturité politique de tes assassins qui se sont converti sciemment en instrument de l’ingérence occidentale, permettant la reconquête néo-coloniale du Burkina- Faso.

Ne t’en fait pas, ils payeront tous au prix fort la méchanceté et la mort qu’ils sèment aujourd’hui à tout vent. Mon cher Thomas, tu étais un révolutionnaire, mais aussi le dirigeant d’un mouvement nationaliste embryonnaire, qui en cas de victoire sur l’occident, aurait pu influencer durablement et positivement le cours de l’histoire africaine. Voilà pourquoi aujourd’hui, tu demeures une source d’inspiration pour tous ceux qui aspirent à une vrais libération des peuples africains. Finalement, le drame de ta mort signifie bien plus qu’une vieille histoire morte et oubliée. C’est un exemple ahurissant de ce que les classes dominantes occidentales et leurs alliés corrompus d’Afrique sont capables de faire dès qu’elles se sentent touchées dans leurs intérêts fondamentaux. Un assassinat devient alors un moyens pratique, une solution possible. Le meurtre de Lumumba, de Sylvanus Olympio, de Ruben Um Nyobé, de Félix Mounié, de Tom Boya, d’Amilcar Cabral, de Samora Machel tout comme les massacres de Sharpville, de Sétif, de Soweto, de Lomé et d’Abidjan, sont des expressions d’un système qui font de l’homme un loup pour les autres hommes.

L’héritage de Thomas sankara Nous retenons de ton bref passage parmi nous, deux grandes leçons : la première est qu’il est bon que, dans un pays où les gens ont une claire conscience de leurs intérêts et de leur dignité, on puisse accepter de mourir pour un idéal. Il est bon aussi qu’il existe dans nos pays africains, des hommes de parole qui ne changent pas de bord sur commande ou par intérêt personnel. Un pays qui manque d’hommes et de femmes dont le comportement tient lieu de référence aux autres, et dont chacun peut prévoir la réaction devant n’importe quelle difficulté de la vie, surtout si cette difficulté se rapporte à l’intérêt général, ne pourra jamais devenir un pays qui compte. La seconde leçon que tu nous as laissée en héritage, est que : Lorsque dans un pays la richesse nationale au demeurant insuffisante, est accaparée par une poignée de politicards et une bourgeoisie affairiste, qui dans la réalité représentent la classe parasitaire, qui s’octroie 75 pour cent de la richesse nationale, qu’ils injectent dans des dépenses de prestige et de biens de consommation importés des pays dit << développés. >> Ce faisant, Ils appauvrissent leur pays au profit des pays industrialisés. Nous avons appris avec toi que lorsqu’un pays vit au-dessus de ses moyens, qu’il consomme d’avantage qu’il ne produit, il est économiquement dépendant de l’extérieur. Il existe en effet une injustice intolérable dans nos pays africains : les dirigeants politiques et les bourgeoisies affairistes qui constituent la minorité de la population nationale, utilisent l’appareille d’Etat comme une machine à produire rapidement la plus-value qui renflouera leurs comptes bancaires à l’étranger pendant que la majorité de la population se dénude chaque jour d’avantage. Il y a alors une iniquité monstrueuse à corriger, quand la minorité s’accapare des biens produits par la majorité. Tel fut le sens de ton combat pour que la majorité de tes compatriotes burkinabé puisse boire à leur soif et manger simplement à leur faim, tu nous as appris ainsi qu’ont pouvait exercer le pouvoir politique sans s’enrichir et sans avoir des comptes en banques à l’étranger.

Voilà pourquoi des voix s’élèvent aujourd’hui en 2005, 18 ans après ta mort, au Sénégal, au Cameroun, au Gabon, en Côte d’Ivoire au Togo et ailleurs en Afrique pour brandir l’héritage de dignité que tu nous as laissé. En ce jour anniversaire ou tous les patriotes africains célèbrent dans le recueillement et la prière les 18 ans de ton départ, nous voulons ici offrire à toi qui aimait cet instrument de musique qu’est la guitare, nous voulons t’offrire disons-nous, cette belle chanson de Victor Bazié : << Là bas, sous cette terre, Thomas ne dort pas. Il nous regarde. De son cœur, le printemps jaillira Et de sa graine, une autre plante poussera et naîtra La fleure du jour nouveau Thomas nous te demandons une seule chose Que tu vives au fond de chacun d’entre nous ! Que tu vives ? Afin que nous puissions porter haut la flamme De la liberté et de la libération africaine. La flamme que tu nous as confiés dans la soirée tragique Du jeudi 15 octobre 1987, au cours de laquelle La duplicité et la trahison, ont gagné du terrain Sur la raison et l’intérêt supérieur de l’Afrique Thomas, nous te disons Merci pour hier et merci pour demain. 

Fait à Lugano le 15 octobre 2005 Dr SERGE-NICOLAS NZI Chercheur en communication
Directeur du Centre Africain d’Etudes Stratégiques.
CP. 66 VEZIA-LUGANO CH-6943 SUISSE
Phone. 004179-246.53.53


En réponse à :

> Une Révolution trahie et bafouée

17 octobre 200512:23

Tous mes encouragements. Le texte est profond. Bravo !


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