Nous vous présentons ci-dessous un discours d’Ernest Nongma Ouedraogo, ministre de l’administration territoriale et de la sécurité du CNR, prononcé le 28 juillet 1986. Ce discours provient des archives diplomatiques de France. Il a été envoyé le 29 juillet par l’ambassadeur de France M. Jacques Le Blanc ambassadeur de France à la Direction des affaires africaines et malgaches du ministère des relations extérieures avec la référence N° 248/DAM. Dans un télégramme diplomatique (TD572 daté du 29 juillet) de M. Le Blanc qui précède l’envoie de ce document, dernier écrit : “La coopération française franco-burkinabè a reçu de la part des autorités du pays, hier 28 juillet une consécration publique d’un relief à la mesure des circonstances célébrées, mais assez nouveau dans le traitement affiché de nos relations bilatérales”.
Ce document n’est pas d’une importance particulière. C’est un discours de circonstance comme le veut l’usage de la diplomatie. Le ton des relations entre la France et le Burkina n’ont cessé de changé, au gré des évènements politiques, ou encore au moment de la cohabitation, Mitterrand étant président et Jacques Chirac premier ministre à partir de mars 1986.
Mais c’est après avoir été traité de menteur,pour avoir affirmé que Thomas Sankara n’avait cessé de demander de l’aide à la France, que je me suis résolu à le publier. L’histoire ne s’invente pas selon ce que l’on imagine mais elle se nourrit de beaucoup de travail et de recherche à partir de sources différentes que l’on doit étudier. Dans le même ordre de dérive, commencent à fleurir sur facebook des citations de Thomas Sankara qui n’ont jamais existé, mais dont l’objectif est encore de travestir sa pensée à des fins politiques.
Plutôt que d’inventer, il reste bien plus utile et de réfléchir aux raisons de cette attitude. Le DOP (discours d’orientation politique) affirme clairement : “nous efforcerons d’établir des relations diplomatiques avec les autres pays sans égard à leur système politique et économique sur la base des principes suivants :
– Le respect réciproque pour l’indépendance, l’intégrité territoriale et la souveraineté nationale.
– La non-agression mutuelle.
– La non-intervention dans les affaires intérieures.
– Le commerce avec tous les pays sur un pied d’égalité et sur la base d’avantages réciproques”.
C’est exactement ce que fait Sankara, et l’on peut le constater en étudiant les archives diplomatiques. Il demande de l’aide en permanence, car il cherche désespérément pour son pays, des fonds pour développer son pays, et ne le trouvera suffisamment ni de la part de Cuba, ni de l’URSS ni de la Libye. Mais il se bat pied à pied avec les autorités français pour que cette aide s’intègre dans les choix que fait le Burkina pour se développer. Les rapports entre le Burkina et la France ont été souvent tendus, mais la rupture n’est jamais intervenue. Ce discours, prononcé à une particulière, n’est pas du tout révélateur de la nature des relations entre ces deux pays.
Bruno Jaffré
Monsieur le Chef de la Mission Française de Coopération et d’Action Culturelle,
Camarades militantes et militants de la Révolution Démocratique et Populaire.
C’est avec une joie sincère que je reçois ce matin au nom de mon Peuple et de son Gouvernement, de vos mains Excellence Monsieur l’Ambassadeur et Monsieur le Chef de la Mission Française de Coopération et d’Action Culturelle, cet important lot de matériel de sécurité pour le Bataillon des Sapeurs-Pompiers ainsi que ces véhicules Peugeot bâchés pour la Présidence du Faso.
Cet acte s’inscrit en lettres d’or au crédit de la Coopération dynamique et mutuellement avantageuse qui existe si heureusement entre le Peuple Français et son Gouvernement d’une part, le Peuple Burkinabè et sa Révolution d’autre part.
Le matériel que vous me remettez aujourd’hui, Excellence, n’est pas important pour son coût seulement. Il l’est surtout et davantage pour sa nature et sa destination. Il s’agit en effet de matériels d’équipements du Corps des Sapeurs-Pompiers comprenant : 9 véhicules d’intervention dont 2 ambulances et 7 véhicules d’interventions diverses et de liaison, une station mobile d’éclairage, des appareils de liaison radio et d’extinction, des matériels de désincarcération et de sauvetage, une station de graissage autonome, de même que diverses fournitures de protection et d’habillement nécessaires à l’exercice de la mission des pompiers.
Tout cet équipement logistique est harmonieusement complété par la formation de nos Sapeurs-Pompiers au maniement des matériels fournis grâce au concours de quatre Sapeurs Assistants techniques mis à la disposition du Burkina par le Corps réputé des pompiers de Paris.
Excellence Monsieur l’Ambassadeur, le Corps des Sapeurs-Pompiers est né en 1979 et il a fait ses premiers pas grâce à une subvention de votre pays. Malgré sa jeunesse, ce corps d’élites enregistre des résultats très satisfaisants que nous partageons officiellement avec vous.
A la veille du lancement de notre premier Plan Quinquennal de développement populaire axé sur une grande décentralisation des services publics, ce matériel permettra aux Sapeurs-Pompiers d’étendre leurs interventions au profit des populations des provinces autres que le Kadiogo et le Houet.
A ce titre, nous espérons légitimement que le Peuple Français appuiera de nouveau le Peuple frère et ami du Burkina dans ce domaine précis et dans bien d’autres, et que cet exemple de coopération fructueuse sera suivi par tous les peuples et gouvernements
Amis du Burkina Faso, En ce qui concerne les soixante-quatre (64) véhicules automobiles Peugeot bâchés, point n’est besoin d’épiloguer sur leur opportunité. Je peux vous assurer qu’ils seront utilisés à très bon escient aux fins des intérêts exclusifs de notre Peuple militant.
Excellence, au nom du Camarade Président du Faso, le Capitaine Thomas SANKARA, je vous exprime la gratitude du Peuple Burkinabè, du Conseil National de la Révolution et du Gouvernement Révolutionnaire au Peuple Français et au Président François MITTERRAND dont l’action personnelle a permis de concrétiser avec célérité les engagements pris à l’occasion de la conférence SILVA tenue à Paris en Février dernier.
Vous comprendrez donc, Excellence Monsieur l’Ambassadeur de France et Monsieur le Chef de la Mission de Coopération et d’Action Culturelle, pourquoi j’exprime ma joie et ma satisfaction. Le Peuple Burkinabè et son Gouvernement, très sensibles à tant de prévenance, renouvellent à votre Peuple et à son Président leur militante gratitude.
Vive l’amitié et la solidarité entre le Peuple Français et le Peuple Burkinabè engagés par l’histoire et par les intérêts réciproques dans un dialogue égalitaire franc qui honore les capacités de compréhension et d’adaptation des deux gouvernements.
Vive la Coopération entre la France et le Burkina, dépouillé de tout impérialisme international et de tout néo-colonialisme paternaliste.
La Patrie ou la Mort, Nous Vaincrons !



















