Nous publions ci-dessous l’histoire de ce Mémorial, raconté par Luc Damiba qui en est le secrétaire général depuis son lancement en octobre 2016. Pour ma part j’en connais les différentes phases développement pour avoir été sollicité pour en intégrer l’équipe, ce que j’ai toujours refusé pour différentes raisons. La première étant que je souhaitais éviter la récupération politique par les hommes politiques ou dirigeants du pays, ce que Ibrahim Traoré s’est empressé de faire.

Cela dit cette interview est intéressante donnant un certain nombre d’informations peu ou pas connues. Je note que Luc Damiba reconnait qu’un accord avec les familles, et celle de Sankara en particulier, était possible mais que c’est la précipitation d’Ibrahim Traoré qui a voulu que le lieu des inhumations soit décidée en 15 jours, ce qui a tout précipité. Allant même jusqu’à refuser de recevoir Mariam Sankara si s’opposait à ce que son mari soit enterré en lieu. Contrairement à ce qui est dit d’autres familles ne sont pas unanimement d’accord avec ce choix.

Aujourd’hui le Mémorial existe bel et bien et reconnaissons une certaine persévérance à ceux qui se sont battus pour cela. Mais certains de ses initiateurs sont aujourd’hui disparus après avoir été enlevés, l’interview n’évoque pas cette question ni celle du coup du projet passé de 6 milliards à 177 milliards en 2025 !

Que deviendra le coup du projet lors du départ d’Ibrahim Traoré ? Difficile à prévoir. Ce qui est sur c’est qu’il existait bel et bien désormais et qu’il va falloir trouver des fonds pour le financer, l’entretenir et l’animer. Maintenant que l’entrée du site est payant, sans doute faudra-t-il songer aussi à payer aussi les guides qui se sont petit à petit professionnalisés.

Ces remarques ne sont pas celles de l’équipe du site et ce texte n’engage que son auteur.

Bruno Jaffré


[Entretien] « Sous Damiba, on voulait effacer Sankara » : Luc D.

Huit ans après le lancement du projet, le Mémorial Thomas Sankara a vu sortir de terre un mausolée dédié au père de la Révolution burkinabè et à ses compagnons. Dans cet entretien exclusif à Libreinfo.net, Luc Damiba, Secrétaire général du Comité international du Mémorial Thomas Sankara (CIMTS), revient sur les combats menés dans l’ombre, les blocages politiques, les soutiens inattendus et l’ambition panafricaine d’un site devenu symbole de résistance, de mémoire et d’espoir pour l’Afrique.

 Propos recueillis par Hakim Hien

Libreinfo.net : Le 17 mai 2025, il y a eu l’inauguration du Mausolée Thomas Sankara et de ses douze compagnons. Dites-nous brièvement comment on en est arrivé à cette inauguration.

Luc Damiba : C’est un long parcours de combattant. Lorsque le Projet Mémorial Thomas Sankara a été officiellement lancé le 2 octobre 2016, beaucoup ne croyaient pas qu’il verrait réellement le jour. Certaines mauvaises langues disaient même que nous étions des rêveurs, vu le contexte politique et les enjeux géopolitiques du moment.

Heureusement, le projet a d’abord été porté à la fois par l’État et par la société civile, regroupée au sein du Comité International du Mémorial Thomas Sankara (CIMTS), une association reconnue par la suite d’utilité publique grâce au gouvernement du capitaine Ibrahim Traoré.

À un moment donné, l’État s’est quelque peu désengagé. Mais le CIMTS a maintenu la flamme allumée. Le projet a alors vivoté pendant un bon moment. Nous sommes même devenus, d’un point de vue moral, triplement orphelins. D’abord, le ministre Tahirou Barry, fervent défenseur du projet au sein du gouvernement de Roch Kaboré, a démissionné. Ensuite, notre président d’honneur, l’ancien président ghanéen Flt Lt Jerry John Rawlings, est décédé. Enfin, notre président, le colonel Pierre Ouédraogo, est lui aussi décédé.

Libreinfo.net : On était alors sous le président Roch Kaboré !

Luc Damiba : Oui, nous étions sous le président Roch Kaboré. Mais le blocage n’était peut-être pas de son fait. Le président Kaboré croyait sans doute au projet. Ce sont plutôt ses ministres successifs, après Tahirou Barry, qui ont été mal conseillés ou qui avaient leurs propres agendas, différents de celui d’honorer la mémoire de Thomas Sankara.

Par exemple, il y a eu à un moment donné un débat malsain visant à opposer le projet du Mémorial Thomas Sankara à celui du Panthéon proposé par Me Titinga Pacéré, sur le modèle français. Le Panthéon devait réunir tous ceux qui ont servi le pays. Nous n’étions pas contre cette idée, mais nous estimions que l’histoire de Sankara et de la Révolution Démocratique et Populaire méritait un traitement particulier, notamment à travers un mémorial dédié, pour permettre aux jeunes générations d’apprendre. Pas dans un Panthéon fourre-tout. Voilà les deux approches qui s’opposaient.

Le président Roch Kaboré nous a permis de démarrer le projet, d’ériger la statue, de marquer symboliquement le site, d’obtenir un plan architectural, de mobiliser l’opinion autour du projet et, surtout, d’instaurer la commémoration officielle du 15 octobre, en sa présence.

Le moment le plus difficile a été sous le président Paul-Henri Sandaogo Damiba. Il a déclaré clairement aux familles des victimes du 15 octobre que le site du mémorial, là où se trouve actuellement la statue, n’appartenait pas au Burkina Faso, mais au Conseil de l’Entente, une entité régionale. Ce qui était totalement faux. Avec le temps, nous avons compris pourquoi, pendant les huit mois de la présidence Damiba, nous n’avons jamais eu d’audience, ni avec le ministre en charge de la Culture, ni avec le président Damiba lui-même, malgré nos multiples demandes.

Libreinfo.net : Vous voulez parler du CIMTS (Comité international Mémorial Thomas Sankara) ?

Luc Damiba : Oui, puisque c’est le CIMTS qui a continué à se battre pour que le projet ne meure pas. Sinon, pour l’État, sous le président Damiba, le projet était mort-né. C’était fini. Par exemple, depuis l’époque de Roch, l’État prenait en charge une bonne partie des dépenses liées aux commémorations du 15-Octobre, en plus des cotisations des membres et sympathisants. Mais sous Damiba, ce sont exclusivement les membres du CIMTS qui ont cotisé pour préparer la commémoration du 15-Octobre 2022.

Nous savions que nous devions désormais commémorer sans l’État, car le gouvernement de Damiba n’a jamais répondu à aucune de nos lettres relatives aux préparatifs du 15-Octobre 2022. Nous nous demandions même si le gouvernement allait nous autoriser à mener les activités commémoratives du 15-Octobre.

Mais quand il y a eu le deuxième coup d’État, avec l’arrivée du capitaine Ibrahim Traoré le 30 septembre 2022, un espoir est né pour le CIMTS. Nous avons vu en lui un jeune militaire au discours révolutionnaire. Nous nous sommes dit : « Peut-être que notre sauveur est arrivé. »

Nous lui avons alors adressé, en toute discrétion, un courrier pour l’inviter à venir au Mémorial pour le cérémonial de dépôt de gerbe, sous l’égide de notre président, le colonel feu Pierre Ouédraogo.

En plus, nous lui avons proposé de venir prendre le flambeau de la Révolution, car nous espérions, cette fois, une véritable renaissance de Sankara. Il n’a pas hésité. Investi le 14 octobre 2022, il s’est rendu dès le lendemain, le 15 octobre, au Mémorial Thomas Sankara. Il y a déposé une gerbe et a pris symboliquement le flambeau de la Révolution. C’est à ce moment que tout a redémarré de plus belle.

Nous avons commencé à respirer. Les étoiles se sont alignées pour le projet : un ministre de la Culture pro-mémorial, un Premier ministre pro-mémorial, un président pro-mémorial. Et tout a redémarré à grande vitesse.

Il faut rappeler qu’il existait déjà une loi, adoptée sous le président Damiba mais initiée sous le président Kaboré. Damiba a fait quelque chose de positif, il faut le reconnaître. Au départ, nous avions plaidé auprès de Roch Marc Christian Kaboré pour une loi sur les héros de la Nation. Cela n’avait pas abouti à temps. Finalement, c’est sous Damiba que la loi a été adoptée.

Il y a eu également la loi sur les pupilles de la Nation, la loi sur les martyrs. Donc, trois lois ont été prises ensemble pour honorer ceux qui se sont sacrifiés pour le pays. C’était un pas important. Le capitaine Ibrahim Traoré a ensuite mis en application cette loi en déclarant Thomas Sankara héros de la Nation, en instituant le 15-Octobre comme journée d’hommage à Sankara, et en lançant le projet de construction des infrastructures du mémorial (PCIM-INTS).

Voilà comment nous sommes arrivés aujourd’hui au Mausolée, qui était déjà prévu dans le plan architectural sous le président Kaboré.

Pour concrétiser la construction du Mausolée, nous avons dû surmonter un obstacle majeur. Cela remonte à avant le procès Thomas Sankara. Après le verdict du procès en avril 2021, les familles ont pris une décision consensuelle : ne pas réenterrer les restes de Sankara et de ses compagnons à Dagnoen (quartier populaire de Ouagadougou, où ils avaient été enterrés à la sauvette), ni au Conseil de l’Entente (lieu du crime), où se trouvait déjà la statue.

Nous n’étions pas opposés à ce choix des familles. Nous avons alors pensé à un plan B, consistant à ériger des tombeaux symboliques, vides, dans le Mausolée. Techniquement et architecturalement, c’était possible. L’obstacle a persisté jusqu’à ce que le président Ibrahim Traoré soit informé. Il a estimé qu’on ne pouvait pas continuer à tergiverser pendant que l’État travaillait sur un projet structurant et global, en hommage à Thomas Sankara.

Il a donc instruit les services techniques — la mairie de Ouagadougou, l’officier de garnison, la branche de l’armée en charge des corps militaires — de trouver le meilleur endroit pour inhumer les restes. Des études et visites de terrain ont été menées. Elles ont conclu que le meilleur endroit était le site du Mémorial Thomas Sankara, c’est-à-dire l’ex-Conseil de l’Entente. Le rapport a été transmis au président du Faso.

Il a alors donné instruction d’inhumer, le 23 février 2023, les restes de Sankara et de ses compagnons sur le site du Mémorial Thomas Sankara. Cela a marqué le début des travaux du Mausolée.

Libreinfo.net : Et cela, contre le gré de la famille Sankara ?

Luc Damiba : Non, ce n’est pas exactement ainsi. Toutes les autres familles avaient changé d’avis entre-temps et étaient désormais d’accord pour le site du Mémorial Thomas Sankara. Lorsque la décision a été prise par le Président Ibrahim Traoré d’inhumer les restes des corps à l’ex-Conseil de l’Entente, elles ont adhéré. Ainsi, à l’inhumation, une partie de la famille Sankara était présente, tandis que l’autre partie, qui était contre, n’y était pas.

Libreinfo.net : Mais à l’inauguration du Mausolée, on a constaté l’absence toujours d’une partie de la famille Sankara, comme la veuve Mariam Sankara, la sœur Blandine Sankara, et probablement d’autres. Y a-t-il eu des explications ?

Luc Damiba : Non, je crois que c’est le même scénario que lors de l’inhumation qui s’est reproduit à l’inauguration du Mausolée. Je n’ai pas d’autre explication que le fait que les familles sont restées sur leur position initiale depuis le 23 février 2023, date des inhumations.

Libreinfo.net : Revenons sur le régime de Paul Henri Sandaogo Damiba. Avez-vous compris pourquoi il n’y avait pas cette volonté politique ?

Luc Damiba : Oui, nous avons compris que c’était d’abord lié au retour de Blaise Compaoré. On l’a vu venir furtivement. Il y avait aussi une volonté de restaurer certaines choses qui laissaient entendre que la Révolution de Sankara n’était pas celle propice pour le Burkina. On a entendu cela officieusement. Jamais il n’a été dit officiellement que le site allait être rasé, mais nous le savions. Nous étions prêts à nous opposer par tous les moyens pour que cela ne se produise pas.

Ce qui est faux, c’est que Thomas Sankara, en faisant du Conseil de l’Entente le siège du Conseil National de la Révolution après le coup d’État du 4 août 1983, a officiellement écrit au Conseil de l’Entente pour leur signifier que le Burkina annulait l’accord de siège et faisait de ce lieu le siège du CNR. Si aujourd’hui on nous dit qu’il n’y a jamais eu ce document, nous avons la preuve du contraire. C’est pourquoi, quand Blaise Compaoré est venu au pouvoir en 1987, il en a fait une partie le siège du RSP (Ndlr : Régiment de sécurité présidentielle). Les bureaux du Général Gilbert Diendéré s’y trouvaient également.

À la date de l’occupation du site en 2016, en vue d’y installer les infrastructures du Mémorial Thomas Sankara, ce site appartenait à notre Armée, donc c’est un camp militaire.

Libreinfo.net : L’argument selon lequel le Conseil de l’Entente est une enclave diplomatique est donc faux ? Cela signifie que ce que le Président Damiba avançait ne tenait pas la route ?

Luc Damiba : Cela a effrayé les familles qui se sont dit que leur combat reposait sur un faux, parce que le site lui-même n’appartenait pas au Burkina. C’était là la supercherie.

Revenant à l’inauguration du Mausolée, je vais vous raconter une anecdote relative à la décision d’inhumer les restes des corps.

L’architecte Francis Kéré était à Dakar. Nous avions demandé de refaire le plan avec d’autres architectes. Nous l’avons sollicité en lui disant qu’il fallait inhumer les restes de Thomas Sankara et de ses compagnons dans 10 jours, donc il nous fallait un plan architectural pour un mausolée comme première infrastructure. Dans le plan initial, le mausolée était prévu complètement à un endroit qui ne serait pas prêt à temps en termes d’espace à aménager. C’est en venant à Ouagadougou, dans l’avion, qu’il a dessiné le plan du mausolée, qui a ensuite été amélioré et validé par les autorités et le Comité international du Mémorial Thomas Sankara.

Pour réaliser cette infrastructure, l’État a créé un Projet de construction des infrastructures du Mémorial Isidore Noël Thomas Sankara (PCIM-INTS) et lui a ainsi alloué des ressources humaines et financières pour démarrer les travaux. Cela a permis de construire ce mausolée que vous voyez aujourd’hui, sorti de terre en 8 à 9 mois. Je dois féliciter l’équipe de Kéré (architecte ndlr) , ainsi que l’entreprise PMS qui a obtenu le marché. Pour la première fois au Burkina, les équipes ont travaillé 24h/24. Les ouvriers se relayaient, le chantier était permanent, sans interruption. Il y avait un suivi régulier. Le Premier ministre venait régulièrement voir le chantier, le ministre de la Culture faisait de même. Nous, du Comité international, étions presque tous les jours sur place. Dès la moindre défaillance, nous la signalions, car nous avions dit que ce serait le site le plus photographié et visité, et que la moindre erreur serait amplifiée, comme nous l’avons vécu avec la statue du Président Thomas Sankara en 2019.

Libreinfo.net : Aujourd’hui, où en êtes-vous avec la mobilisation populaire pour le financement ?
Luc Damiba : Il faut d’abord faire un rappel. En 2017, une campagne internationale de souscription populaire pour la construction du mémorial avait été lancée. À ce moment-là, selon les premières estimations, le budget était de 35 milliards de francs CFA pour une superficie de 3,8 hectares. Mais, comme je l’ai dit, le projet ainsi que le CIMTS ont connu une traversée du désert. À un moment donné, l’État n’a pas mis en place les instruments nécessaires pour cette campagne de mobilisation. Nous avons demandé sa suspension, ce qui a entraîné l’absence de communication par la suite.

Nous avons donc suspendu la mobilisation des ressources pour nous consacrer à la gestion du quotidien, notamment nettoyer régulièrement la statue et veiller à la propreté du site. À l’époque, il n’y avait que deux éléments qui attiraient : la statue de Thomas Sankara et les bustes de ses douze compagnons, ainsi que le bureau où Thomas Sankara est tombé. Le site a fonctionné ainsi pendant près de dix ans. Malgré tout, les visiteurs venaient, même si le site n’avait pas grand-chose à offrir.

Ensuite, nous avons demandé de reprendre le travail et les plans architecturaux. Nous sommes passés de 3,8 hectares à 14 hectares aujourd’hui. Ce qui fait que le nombre d’infrastructures a augmenté : de cinq infrastructures initialement, nous en avons maintenant quinze.

Dans ce grand projet, le mausolée n’est qu’une infime partie des infrastructures prévues sur le site. Nous souhaitons que ce site attire la diaspora, les révolutionnaires du monde entier, les leaders politiques, les jeunesses africaines qui aspirent à un mieux-être sur le continent, et qui veulent s’inspirer des idéaux de Thomas Sankara pour construire leur pays dans un esprit de souveraineté et de dignité.

Nous voudrions que des présidents aient envie de faire un pèlerinage au Mémorial Thomas Sankara. Ce n’est pas seulement un site de souvenirs, ni un site pour les morts. C’est un site de vie. Il faut que ce site soit un endroit où les gens viennent innover et inventer un nouvel avenir pour l’Afrique, et pour le monde aussi, car Sankara n’inspire plus seulement les Africains.

Libreinfo.net : Le Mémorial est devenu un site qui accueille des milliers de visiteurs. Que représente-t-il pour vous, en matière de culture et de tourisme ?

Luc Damiba : C’est un signe de persévérance. On peut tuer physiquement un homme, mais on ne tue pas ses idées. Sankara l’a lui-même dit. Pour nous, c’est la renaissance de Sankara, et ses idées sont diffusées sur le site du Mémorial. Ceux qui viennent y faire un tour apprennent beaucoup de choses. Il y a des livres, des films, des souvenirs, tout cela est présent. Mais surtout, c’est la nourriture spirituelle que l’on gagne en venant sur ce site. Pour nous, c’est déjà le premier gain : nourrir l’âme. Nous avons planté l’esprit de Sankara dans ce lieu, où toute personne qui visite trouvera un réconfort, mais aussi de l’émotion. Venir ici, voir la tombe de Sankara, voir l’endroit où il est tombé physiquement, c’est quelque chose d’important. C’est pour cela que ce site est devenu un lieu de pèlerinage pour beaucoup. Nous souhaitons qu’il soit un lieu d’inspiration, de recueillement, de mémoire, mais surtout un défi lancé à ceux qui l’ont tué, pour leur dire : vous avez tué un homme, mais des milliers portent Sankara dans leur cœur. Sankara vivra de façon éternelle.

Libreinfo.net : Il y a eu les baptêmes de rues, avec une avenue dédiée à l’ancien président ghanéen et aux compagnons de Thomas Sankara. Pourquoi avoir choisi ces baptêmes ?

Luc Damiba : Cela fait partie du plaidoyer global que nous avons mené pour la reconnaissance de toutes les victimes du coup d’État du 15 octobre 1987. Elles sont au nombre de 29, à la date de la clôture du procès concernant Thomas Sankara et ses compagnons. Nous avons commencé par honorer les 13 personnes tombées sur le lieu du drame. Dans ce plaidoyer, nous avons bénéficié d’une oreille attentive auprès du Premier ministre, du ministre de la Culture, et de la délégation spéciale de la commune de Ouagadougou, qui ont décidé d’attribuer des rues, avenues et boulevards aux 12 compagnons de Thomas Sankara ainsi qu’au Président Jerry John Rawlings.

Pour nous, devant la mort, nous sommes tous égaux. Sankara a été Président. On peut dire que c’est à cause de lui que les autres sont morts. Si l’on honore Sankara, il faut honorer aussi les autres. C’est un devoir de mémoire pour tous ceux qui sont morts avec lui. Pour rappel, parmi les 29 victimes, il y en a une qui est morte à Kamboinsin : Michel Kouama. C’était un partisan de Thomas Sankara, capable de riposter en cas d’attentat contre sa vie. Il fallait le tuer pour réussir le coup d’État. Tous ces hommes doivent être honorés et ne seront pas oubliés dans le grand projet.

Jerry Rawlings nous a toujours dit ceci : « Je n’ai pas pu sauver le corps de Sankara, mais c’est mon devoir de sauver sa mémoire ». Il s’est engagé corps et âme ; il venait régulièrement au Burkina Faso. Quand on parlait du Mémorial, il n’hésitait pas à sauter dans son avion pour venir contribuer. Il avait construit le Mémorial Kwamé Nkrumah, il avait donc une expérience à partager avec le Burkina. Pour toutes ces raisons, nous avons proposé que l’État puisse l’honorer en lui dédiant une rue. Il est prévu, dans le cadre du grand projet, une statue à son effigie.

source : https://libreinfo.net/interview-sous-damiba-on-voulait-effacer-sankara-luc-d/

LAISSER UN COMMENTAIRE

Saisissez votre commentaire svp!
SVP saisissez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.