Nous sommes en période du CMRPN (Comité militaire de redressement pour le progrès national), après le coup d’État qui a renversé le général Lamizana. Les militaires progressistes autour de Sankara, n’ont pas voulu intégrer le CMRPN. Ils s’en tenaient à l’obéissance hiérarchique en cours chez les militaires. Mais les militaires du CMRPN, voulaient profiter de la popularité de Thomas Sankara. Ils l’obligent à rejoindre le gouvernement, après des négociations et il devient secrétaire d’État à l’information en septembre 1981. Il se rapproche des journalistes, défend leur liberté d’expression. Il a déjà envoyé sa lettre de démission, sans doute pas encore accepté, lorsqu’il va faire cette intervention au cours d’une conférence du CIDC-CIPROFILM (Consortium interafricain de distribution cinématographique – Centre interafricain de production de films) consacrée à l’avenir du cinéma. Les différentes professions sont représentées et Sayé Zerbo, le Chef du CMRPN, Chef de l’État est aussi présent. Trois semaines après, Thomas Sankara est mis aux arrêts ainsi que Blaise Compaoré et Henri Zongo. Je vous invite pour suivre l’évolution de cette période à consulter la chronologie à https://www.thomassankara.net/chronologie/. Cette vidéo est issue des archives de la télévision su Burkina. Que le service qui en a la charge soit vivement remercié pour le gigantesque travail qu’il a réalisé. Vous trouverez ci-dessous la vidéo et la retranscription de ce que dit Thomas Sankara. On reconnaitre aussi la voix de Serge Théophile Balima qui introduit le reportage.
Bruno Jaffré
Retranscription :
Thomas Sankara : L’artiste, le journaliste et le cinéaste doivent exprimer les préoccupations du plus grand nombre de citoyens. La production de films est une opération qui nous oblige cette fois non plus à regarder nos ennemis extérieurs, mais nos ennemis intérieurs.
Et nous en avons. Nous en avons parce que nous avons très souvent confondu la caméra avec l’ascenseur. Nous avons des ennemis intérieurs parce que nous avons très souvent confondu le cinéaste avec le griot.
Comment peut-on se permettre de démarrer un si profil si ces questions ne sont pas résolues ? On ne commande pas l’inspiration d’un artiste sur la base d’un décret, sur la base d’un arrêté, sur la base d’une ordonnance. L’inspiration de l’artiste est libre. L’inspiration de l’artiste doit traduire la culture et les convictions et les intérêts d’un peuple.
Faute donc de laisser cet artiste s’exprimer, faute donc de prendre en considération ses aspects, ses intérêts, on bâillonne son peuple. Malheur à ceux qui bâillonnent leur peuple.
Serge Théophile Balima : Convaincu que la liberté est le fondement de toute création intellectuelle, il s’en prend au cinéma sous pression et milite pour la libre circulation de l’information, pour la pluralité des opinions.
Thomas Sankara : Seul moyen de restituer au message sa vérité. Il n’y a pas de cinéma sans liberté d’expression. Il n’y a pas de liberté d’expression sans liberté tout court.
Il faudrait donc et je souhaite grandement que le cinéma africain soit l’occasion de dire 24 fois par seconde la vérité, 24 fois par seconde la vérité et rien que la vérité. A ce moment, nous aurons fait un cinéma africain, un cinéma engagé dans la lutte tel que notre camarade le ministre du Bénin le disait, un cinéma utile, un cinéma de libération.


















