Paco Koné est décédé le 1er janvier 2025, des suites d’un accident de moto. Nous l’avons bien connu, partagé des émotions. Cette page est créé pour lui rendre un hommage bien mérité. C’est une grande perte, perte d’un ami, perte d’un grand musicien. Nous publions ci-dessous deux textes pour lui rendre hommage, le premier de Caroline Samandoulougou, manager et amie de Paco Koné et un autre dont je suis l’auteur, accompagnés de photos et vidéos.
Bruno Jaffré
La vie en musique – Griot Expérience
L’héritage des voix ancestrale
Dans les veines de Tiémoko Koné, dit Paco Koné, coule la mémoire vivante des griots. Fils de Bakary Koné du Burkina Faso, petit-fils de Wamian Koné du Mali, arrière petit-fils de Tiémoko Koné, griot bobo balafoniste, percussionniste et conteur, il porte en lui le souffle de générations qui ont chanté l’Afrique, ses joies et ses blessures.
Musicien depuis la nuit des temps à travers ses ancêtres, il incarne cette parole universelle qui traverse les époques, transformant l’héritage en une musique résolument actuelle, vibrante, indomptée.
Une enfance bercée par les tambours de la révolution
Tout petit, le destin lui tend la main sous les traits de Thomas Sankara, Président visionnaire du Burkina Faso. Repéré pour son talent précoce, Paco intègre l’orchestre des petits chanteurs et s’envole à travers le monde, batterie et guitare en bandoulière. Chine, Cuba, Libye, Corée, Côte d’Ivoire, Niger, Togo, Bénin, Ghana… autant de terres qui façonnent son oreille et son cœur.
Déjà, ses mains dansent sur le djembé, le balafon, le dumdum, le tama. Déjà, il devient batteur et percussionniste dans l’orchestre, apprenant que la musique est un langage sans frontières.
De cette période lumineuse, il garde une leçon gravée dans l’âme : “J’ai compris la révolution avec Sankara : pour moi, c’était être fier de ce qu’on fait, de ce qu’on est.”

Puis viennent les bouleversements politiques, les ruptures, les chemins qui bifurquent. À 15 ans à peine, Paco ne compte plus que sur sa musique. Elle devient sa boussole, son refuge, sa liberté. Il forme une troupe de jeunes musiciens et danseurs, Surutu Kunu, et reprend la route, loin de chez lui, porté par l’urgence de créer.
Paco Koné a pris son temps. Il a savouré chaque rencontre, amassé des sons avec son amour de l’instant. Entre l’Europe et l’Afrique, pendant une trentaine d’années, il voyage avec sa connaissance profonde des instruments traditionnels et de leur répertoire, tissant patiemment la trame de son univers musical.
La vie en musique : un groove mandingue électrique
Installé en France, Paco Koné vit toutes ses expériences intensément. Sur scène, il les livre à cœur ouvert, sans filtre, avec une générosité brute qui saisit les âmes. Sa musique est toujours à portée de main — instruments ou machines — elle se charge de toutes ses rencontres d’électron libre : rencontres de bars, rencontres de scènes, rencontres du quotidien. À Paris, à Ouaga ou ailleurs, présent au monde, il communique la vie.
Il offre aujourd’hui une pop africaine à la fois roots et électro, matinée de reggae, d’afro beat aux accents rock : une musique curieuse, voyageuse, universelle et terriblement enracinée. Sa musique est faite pour le live, entre création sophistiquée et improvisation vertigineuse, là où l’âme griot rencontre les machines, où la tradition épouse l’audace.
Sur scène, sa formation réunit cinq musiciens complices : guitare, basse, batterie, clavier se marient avec le balafon, le tama, le djembé, pour ne parler que d’une seule voix — en dioula, en moré, en bobo et en français.
Une voix qui déchire le silence
Une sensibilité à fleur de peau. Une voix indomptée, douce et déchirante à la fois, portée par des rythmes maîtrisés qui balayent la planète musicale dans les grandes largeurs. À écouter avec attention, au-delà de votre envie de bouger… mais bougez ! Bougez sans modération !
Griot Expérience. Quand même !
Caroline Samandoulougou, manager et amie de Paco Koné
Site officiel : pacokone.com
Hommage à Paco Koné le griot devenu petit chanteurs au poings levés, puis créateur de groove mandingue
La nouvelle m’est apparue sur le fil de ma page facebook, au milieu de publications souvent sans importance. C’est il y a quelques jours le 21 février 2026. Un vieux post apparu en retard datant du 3 janvier que je n’avais pas vu…
Il est décédé le 1er janvier, le lendemain d’un accident de moto. Il ne s’est pas remis de ses blessures. Enterré rapidement, sans qu’un hommage légitime puisse lui être rendu. Mais cet hommage va venir. Son amie et manager Caroline, a besoin de temps pour se remettre de cette tragédie, mais elle va organiser cet hommage, lorsque la force lui sera revenue.
Une fin horrible, une grande perte, un ami s’en est allé, remportant avec lui tant de musiques qu’il avait composées, ou qui mûrissaient dans sa tête. Une amitié un peu spéciale, il est vrai. Il m’appelait « tonton », « Tonton Bruno » ou même « Monsieur Bruno », des expressions affectueuses qui m’ont toujours touché. Un musicien qui ne s’exprime guère en dehors de la musique qu’il compose, avec quelqu’un qui, certes a joué un temps de la musique mais qui a fait de l’écriture son mode d’expression.
Comment ai-je fait sa connaissance ? Je suis allé à un concert, à la dame du Canton, une péniche sur la Seine, alors que sa carrière était ascendante. En pleine promotion de son disque Ko Tesse, dans lequel, entre autre, il clame « plus jamais de coup d’Etat en Afrique », tout en rendant hommage à Thomas Sankara. C’est ami Cédric qui m’avait incité à venir. Un magnifique concert. Et lorsque j’ai appris qu’il avait fait partie des Petits chanteurs au poing levé, un groupe musical que Thomas Sankara avait créé pour l’accompagner à l’étranger, j’ai bien sût cherché à la rencontrer. Le courant est vite passé entre nous, Thomas Sankara était le fil.
Un souvenir vivace me revient, de la même époque. Je me suis retrouvé un jour avec lui, Caroline, et Gauz, alors inconnu, dans un studio. Gauz a depuis fait une grande carrière d’écrivain, très les studios de télévision, parcourant le France pour présenter ses différents romans. A l’époque, sans le sous alors qu’il était ingénieur, mais passionné, sensible, il voulait vivre de sa passion, le cinéma. Zoul, un ami de SURVIE, me l’avait présenté alors que je cherchais comment projeter des films sur Sankara dans les foyers immigrés. Il amenait et installait son matériel, puis restait au fond de la salle silencieux. Mais un jour, nous avions aussi été invités à Sciences Po par une association étudiante. Là il avait parlé longuement. Je n’ai jamais entendu ,depuis, quelqu’un parler de Thomas Sankara aussi bien qu’il l’a fait ce jour là.. Saisissant et mettant les mors adéquats pour parler de l’importance qu’il avait pour le continent. Nous nous sommes perdus de vue depuis, notoriété oblige. Il a depuis un peu disparu des médias.
Dans ce studio, je découvrais, totalement ingénu, la façon dont se construisait un morceau de musique. Pas à pas, piste par piste, ajout par ajout. Il enregistrait. Il jouait la plupart des instruments qui accompagnaient ses chansons. Il attendait cependant un bassiste qui devait poser sa partition. Paco a en tête tous les accompagnements. Il les superpose un par un. Une grande découverte pour moi. Un moment magique.
Depuis son décès, j’ai beaucoup écouté les morceaux de Ko Tesse. Attentivement. J’ai toujours aimé sa musique sans trop savoir pourquoi. Cette fois, je pense avoir enfin compris. Si on écoute attentivement, tous les accompagnements sont eux-mêmes d’une grande richesse, tout naturellement harmonieux, donnant une musique riche, facile à écouter, alternativement douce, mélodieuse entrecoupée d’accélérations, de plages rythmiques laissant une large place aux percussions. Surtout en concert, qui laisse toujours une large place à l’improvisation.
Thomas Sankara, commençait à être connu, et suscitait une grande curiosité en France. Beaucoup de gens en avaient vaguement entendu parler et cherchaient à en apprendre un peu plus. J’ai parcouru la France, alors, invité soit par des comités locaux de SURVIE, l’association en pointe de lutte contre la Françafrique, ou d’autres associations très diverses. Je me rappelle, avoir voulu l’emmener avec moi, pour parler d’un aspect de Thomas Sankara que je ne connaissais pas. Le révolutionnaire burkinabè les a profondément bien sûr laissé une marque indélébile à Paco, comme aux autres jeunes des petits chanteurs aux poings levés. Il leur a légué des valeurs morales puissantes, intégrité, travail, générosité. Il suivait leur évolution, les encadrait. Paco a été intégré à ce groupe parce que Sankara connaissait son père, griot renommé. Paco est né et a grandi dans la musique, issu d’une longue lignée de griot. Où on apprend à jouer, comme on apprend à marcher ou à parler. Caroline dans le texte précédent en parle si bien.
Mais Paco Koné ne parlait pas facilement en public. Alors il nous jouait un ou deux morceaux pour rendre hommage à Sankara. C’était pour lui bien plus fort, pour nous aussi, que de vouloir faire des phrases, ce qui n’est pas sa spécialité.
Nous nous rencontrions régulièrement de temps en temps. Comme beaucoup de musiciens africains à Paris, ça n’était pas facile. Ils sont très nombreux, la concurrence est vive. Dans la galère Caroline était toujours là, bravant les difficultés. Sans doute, était-ce elle qui le comprenait le mieux. Il avait dû se résoudre à prendre des petits boulots. Mais il travaillait parfois aussi en studio avec d’autre musiciens.

Le 1 juillet 2011 j’ai organisé à Paris, un meeting dans une salle parisienne, grâce à Patrick Farbiaz, alors attaché parlementaire de Noël Mamère député écologiste, et avec le soutien de quelques militants de SURVIE. A cette époque, Patrick Farbiaz, m’accompagnait et me conseillait de façon très pertinente, alors que je cherchais à obtenir que l’assemblée nationale accepte une enquête parlementaire sur l’assassinat de Thomas Sankara. Des représentants de plusieurs organisation et partis avaient prononcé des interventions. Mais j’avais tenu à ce que des musiciens burkinabè marquent cette soirée de leur présence. Tous ont accepté chaleureusement avec enthousiasme. Se sont ainsi retrouvés, Paco au Djembé, et aux guitares Abdoulaye Traoré qui depuis fait et une grande carrière internationale, Carlos Ouedraogo, conteur qui avait créé un spectacle en hommage à Sankara et Désiré Sankara qui s’est lancé avec sa femme dans la réhabilitation d’une tuilerie pour en faire un lieu de tous les spectacles.
Paco Koné se rendait régulièrement au Burkina pour se ressourcer. Il jouait beaucoup, composait, au milieu des siens, mais n’avait malheureusement que trop peu de propositions pour des concerts. Je l’ai croisé une fois à Ouagadougou. La vie y était rude, mais la solidarité présente, parfois aussi la jalousie comme partout. Une vie difficile. Ponctuée de joie, de rencontres, de déception, de trahison et d’amitié, avec la musique comme refuge.
Un moment, il avait été retenu par une importante production pour une comédie musicale. Promesse d’un contrat sur le long terme. Une reconnaissance enfin, tant attendue et surtout une stabilité pour quelques temps. Malheureusement, le rêve n’a pas duré. Le projet a été abandonné faute de financement.

En septembre 2018, j’ai organisé une grande fête à Villejuif dans une salle que me louait un ami pour pas trop cher. Je lui demandai s’il acceptait de venir jouer gratuitement. Il a dit Caroline m’expliquait qu’il avait un grand besoin de jouer. Malheureusement la salle avait une sonorisation vraiment défectueuse. Lui est ses amis se sont décarcassés pour imiter les dégâts. Les nombreux invités ne s’en sont pas rendu compte. La soirée fut belle, militante, je donnais la parole à plusieurs d’entre eux ou elles qui ont venus raconter leurs engagements. Puis place à la nourriture, abondante et la musique. Des musiciens, malgré tout impatients et heureux de jouer. Malheureusement la fermeture du métro y mis fin rapidement, la seule chose que je n’avais pas prévue. Dommage. Paco et ses amis semblaient prêts à jouer bien plus longtemps. Une honte m’a alors assailli et j’ai fini par lui donner de l’argent !
Des périodes de concert, succédaient aux périodes difficiles. De longues périodes à la Bellevilloise, avec son frère et ses amis, Mamadou Koné, Adama Bilorou Dembelé, Fagogoma Keïta et Souleymane Dembelé pour montrer qu’il pouvait remplir les salles. Dans une période où murissait un autre disque, qui mettait du temps, faute de moyen, car lui et Caroline ont toujours été ambitieux.

Enfin dernier concert auquel j’ai assisté c’est au cabaret sauvage, en 2023, un spectacle de Méziane Azaïche et Géraldine Bénichou, avec comme maitre de cérémonie, Soro Solo qui a longtemps animé une émission consacrée à la musique africaine à France Inter. Soro Solo y raconte l’Afrique, le spectacle laisse de large place à la musique. Paco Koné y est batteur. Un spectacle ambitieux et de grande qualité qui n’a malheureusement pas beaucoup tourné. Lorsque Paco m’a remarqué à la fin, il me réserva un bel accueil, chaleureux. Cela faisait un moment que je ne l’avais pas vu.
Nos derniers échanges datent de décembre 2025. Je venais de m’abonner à une plateforme de musique et je lui racontais que j’étais content de pouvoir l’écouter confortablement Je lui ai demandé si je ne pouvais pas avoir les nombreux morceaux que je ne connaissais pas qu’il avait composés et qui n’étaient pas dans la plateforme. Il m’avait écrit : « Monsieur Bruno j’ai besoin de votre aide », on devait s’appeler mais il n’a plus donné signe. Sans doute encore en galère. En fait il ne m’a jamais vraiment demandé de l’aide. Juste à Ouagadougou, une fois, pour payer de l’essence. Pas grand-chose.
Un disque était en préparation. Il devrait sortir bientôt. On peut compter sur Caroline pour mener ce projet jusqu’au bout. Paco continuera à nous accompagner avec sa musique. Il peut être écouté sur toutes les plateformes musicales.
Bruno Jaffré


















