Nous continuons la publication des articles de Mohamed Maïga, journaliste d’Afrique Asie, proche de Thomas Sankara qui a publié de nombreux articles de décembre 1982 à décembre 1983, la période de préparation de la Révolution et les premiers mois de la Présidence de Thomas Sankara. L’article ci-dessous relate un voyage qualifié de “l’offensive diplomatique” de la Haute Volta sous la forme d’un voyage de Blaise Compaoré en Afrique Centrale. Cet article a été retranscrit par Ikakian Romuald Somé, membre de l’équipe du site. Vous trouverez l’ensemble des articles de Mohamed Maïga à https://www.thomassankara.net/?s=Mohamed+Ma%C3%AFga

La rédaction


Par Mohamed Maïga

Même si la « ceinture de sécurité » est élimée, il est nécessaire de consolider l’ouverture qu’a effectuée la révolution du 4 août.

Après l’Afrique occidentale, celle du Centre, l’offensive diplomatique de la Haute-Volta issue du 4 août se poursuit sans relâche. Mieux, avec une intensité soutenue, sinon accrue. Le 26 novembre, c’est l’un des principaux acteurs-dirigeants de la révolution voltaïque qui a pris son bâton de pèlerin: le capitaine Blaise Compaoré.

Ministre d’État délégué à la présidence de la République, le commandant de la région militaire de Pô s’est successivement rendu, du 26 novembre au 2 décembre, en République populaire du Congo, en Angola, au Cameroun et au Gabon, où chacune des étapes de son périple a enregistré un succès total. La mission du numéro deux du régime voltaïque intervient trois mois après qu’à la mi-août (deux semaines après le fulgurant retour des capitaines au pouvoir), plusieurs membres du gouvernement de Thomas Sankara eurent sillonné la sous-région ouest-africaine. Celle de Blaise Compaoré n’est autre chose que la suite logique de cette première phase d’ouverture.

Charge d’émotion

L’objectif reste le même: éviter l’isolement, briser la « ceinture de sécurité » que d’aucuns voudraient tisser autour de la jeune révolution voltaïque Et, surtout, expliquer celle-ci : ses causes, ses objectifs Résultats : la ceinture de sécurité n’est plus qu’un filin élimé (1), même si aucun doute et cela ne fait des manœuvres hostiles se trament ici et là contre Ouagadougou et si la recherche de fonds destinés à la déstabilisation ne connait pas de répit…

Première étape de la tournée du numéro deux voltaïque : Brazzaville. Une étape que le capitaine Blaise qualifie de « chargée d’émotion et empreinte d’une totale compréhension mutuelle » On sait que le président congolais, le colonel Denis Sassou Nguesso, a personnellement suivi avec un grand intérêt les différents épisodes de la lutte du peuple voltaïque depuisle7 novembre 1982. C’est-à-dire depuis que le Conseil du salut du peuple (C.S.P.) « première version » a renversé le colonel Saye Zerbo. Le président congolais était particulièrement attentif aux luttes tendances au sein ce pouvoir, notamment à la traversée du désert du capitaine Sankara et de ses amis, entre le 17 mai et le 4 aout 1983. Son appui, multiforme, n’a pas fait défaut aux jeunes capitaines et à l’ensemble des forces progressistes voltaïques.

Dès son arrivée dans la capitale congolaise, Blaise Compaoré a été reçu pendant plus de deux heures, par Sassou Nguesso. Le lendemain, l’émissaire de Ouagadougou rencontrait, «  dans une atmosphère de solidarité totale avec la révolution voltaïque et le Conseil national de la Révolution », le bureau politique du Parti congolais du travail (P.C.T.), puis les représentants des organisations de masses congolaises. Si les échanges de vues politiques ont été au centre des discussions avec les responsables congolais, les deux délégations ont également prévu une intensification de la coopération économique entre les deux Etats. Ainsi, le gouvernement et le Parti congolais ont décidé d’aider financièrement le partenaire voltaïque. Une réunion du bureau politique P.C.T. a été spécialement consacrée à ce chapitre. Une délégation sera envoyée très prochainement à Ouagadougou,

Une chaleur égale a entouré le séjour du responsable voltaïque en Angola. A Luanda, on considère que « les événements du 4 août 1983 représentent non seulement la victoire du peuple voltaïque sur ses ennemis et pour le progrès, mais aussi celle de toute l’Afrique ».

Quand à la partie voltaïque, elle a réaffirmé que la lutte menée par l’Angola était « celle de tous les Africains qui sont tenus de se sentir concernés par la sécurité de l’État et du peuple angolais ». Le 28 novembre, trois heures durant, le président José Eduardo dos Santos s’est entretenu avec son hôte. Ouagadougou et Luanda sont convenus d’accroitre leurs échanges économiques. C’est ainsi, par exemple, que la République populaire d’Angola fournira du ciment à son partenaire ouest-africain. Le lendemain, Blaise Compaoré, remarquable orateur, a donné une importante conférence publique à l’École des cadres du Parti (le M.P.L.A.-Parti du travail) ; il a participé à une séance de travail avec les responsables politiques du pays avant de rencontrer les chefs de l’armée et les dirigeants de la jeunesse angolaise. En l’absence de Sam Nujoma, Blaise Compaoré a eu d’importantes discussions avec le vice-président de la S.W.A.P.O., le mouvement de libération namibien. Bien plus : Voltaïques et Angolais ont décidé de procéder à un « échange d’expériences », visites réciproques entre organisations de masses (travailleurs, femmes, jeunes), en vue de renforcer la solidarité entre les deux États.

Un cachet d’authenticité

A Yaoundé (30 novembre-1″décembre), le président Paul Biya a exprimé sa « totale sympathie à la lutte que mène le peuple voltaïque pour le progrès, la justice, et la liberté ». La rencontre Biya-Compaoré a été d’autant plus remarquée que le séjour camerounais du ministre d’État voltaïque est intervenu à un moment ou, faisant face à une délicate période transitoire, les responsables nationaux ont un emploi du temps particulièrement chargé. S’il a retrouvé à Yaoundé d’anciens condisciples et camarades de promotion, Blaise Compaoré a aussi joui d’un accueil particulièrement chaleureux de la presse nationale (dont la sympathie pour la cause voltaïque a été constante) et des milieux de la jeunesse camerounaise. Quant au président gabonais Omar Bongo, il a comme à l’accoutumée, selon un membre de la délégation voltaïque, « tenu à donner un cachet d’authenticité » à l’accueil réservé à ses hôtes. Le 30 novembre, ce fut une véritable «  fête villageoise »  aux allures de «  rencontre d’un aîné avec son jeune frère ». Il n’empêche : le Gabon, c’est de notoriété publique, a été plus que sollicité par les pêcheurs eau trouble, qui veulent nuire au régime du Conseil national de la Révolution (C.N.R.) voltaïque. Et ils y avaient trouvé des oreilles plus que complaisantes. Toutefois, ce 30 novembre, El-Hadj Omar Bongo a donné l’assurance que son pays ne servirait pas de base ni de plaque tournante pour les ennemis du régime de Ouagadougou. Dont acte.

Mohamed Maïga

Source : Afrique Asie N°311 du 19 décembre 1983

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