Fiche technique
Réalisation : Àlex Verdejo
Production : Issa Amadou Dicko, Marta Hernàndez Huguet i Pepa Roselló Sánchez
Scénario : Nebon Babou Bassono i Àlex Verdejo
Images : Pepa Roselló Sánchez i Àlex Verdejo
Enregistrement de son : Marina Ventura Varona i Júlia Galobart Domènech
Musique originale : Drissa Diarra
Contact : esbec37@gmail.com
Bande annonce
Présentation du film, nos commentaires
ESBEC 37 signifie, École Secondaire Basique dans la Campagne nº37. C’est l’école où ont été envoyés 600 jeunes Burkinabè en 1986. Elle est située sur l’île de la Jeunesse à Cuba. Ce projet faisait partie des accords de coopération signés entre Cuba et le Burkina en décembre 1983.
Nebon Babou Bassono, est l’un de ces 600 jeunes burkinabè. Tous très jeunes, moins de 14 ans, ils avaient été choisis parmi les plus déshérités, orphelins vivant dans des familles défavorisées. Avec un double objectif, leur donner une chance dans la vie et revenir avec des formations, la plupart du temps technique pour se mettre à leur retour au service du développement du Burkina.
Durant ce voyage, chargé d’émotion, le spectateur accompagne Babou et son ami Issa, qui lui réside au Burkina, lors de leur premier retour à Cuba. Tous les deux ont été formés dans cette même école ESBEC 37. Lors de leur pérégrination à Cuba, ils retournent dans différentes lieux pour eux chargés de souvenirs. Dans l’école bien sûr, dont la fameuse école qui les a accueillis dans l’île de la Jeunesse. Mais aussi à la rencontre d’anciens enseignants de cette école, et d’autres personnalités. Un voyage ponctué des commentaires que nous fait Babou nous partageant ses souvenirs et ses réflexions.
Le film commence par un exposé que nous fait Babou sur ce que fut la Révolution burkinabè et quel personnage était Thomas Sankara. Il peut paraitre un peu long, mais combien indispensable, car ce leader charismatique et la Révolution qu’il a dirigée restent encore assez peu connus, notamment par les plus jeunes générations. Babou, omniprésent, passe bien face la caméra, sa diction est fluide, ce qui n’est pas si facile que ça peut paraitre. On regrette un peu de ne pas voir plus d’archives de la Révolution. Sans doute trop chères vu le budget très é du film, collecté par un appel à financement participatif. Par contre, on visionnera avec plaisir certaines archives de Cuba de l’époque, dont des images l’ESBEC37 de l’époque. L’objectif de l’appel de fonds étaient d’atteindre de collecter entre 7600 et 12000 €. Ce sera finalement à ce jour 9355 € atteint. Avec un si budget, il a fallu chercher des logements les moins onéreux possible, chez des habitants de l’île qui les ont beaucoup aidés. Plusieurs scènes ayant aussi été tournés chez eux.
Après cet exposé, fait à Barcelone, quelques séquences suivent dans la même ville à la rencontre de plusieurs anciens élèves de l’ESBEC. Ils partagent ensemble quelques souvenirs de cette période, non sans émotion, mais avec aussi quelques éclats de rire.
Puis on se retrouve à Cuba où se poursuit l’essentiel du film. Une occasion de voir des images, rares il faut le dire de Cuba, en dehors des circuits touristiques. Sous embargo, le pays compte sur le tourisme, en particulier, les hôtels sur la côte pour faire rentrer des devises. L’île parait en général bien entretenue et propre, et d’un certain charme du fait de l’ancienneté des maisons ou bâtiments, peu renouvelés et entretenus un minimum faute de moyen. Ce n’est qu’à la fin du film dans un quartier de la Havane ou habite, un ancien de ESBEC 37, que quelques images furtives nous laissent entrevoir la pauvreté et les saletés d’une rue dans un quartier populaire de Cuba. Alex, le réalisateur nous a confirmé qu’en règle générale Cuba est bien entretenue et propre, particulièrement l’ile de la jeunesse a-t-il ajouté, mais qu’effectivement quelques quartiers de la Havane, Santiago et Santa Claradans ne le sont pas partout. Mais le plus grand problème c’est celui de la réhabilitation des immeubles, faute de moyens.
La force du film, outre les souvenirs des anciens élèves qui nous valent des récits d’anecdotes truculentes, c’est la vision par les Cubains de cette expérience. Et l’engagement de ces personnes dans la solidarité internationale, fortement empreint d’humanisme. Cette génération reste nostalgique d’un idéal, longtemps maintenu qui a encore de beaux restes dans la tête des anciens. Cuba n’a cessé d’être combattu sans répit depuis la prise du pouvoir par Fidel Castro, Che Guevara et leurs compagnons, notamment par les États-Unis. Ce pays a tenté de multiples tentatives d’assassinats de Fidel Castro, un débarquement de mercenaires, et cet embargo permanent destructeur. Cuba a tenu, par la mobilisation sans faille de sa population, mais aussi grâce à l’aide de l’Union soviétique. Son démantèlement n’a pas été fatal mais a obligé le pays à réduire considérablement ses ambitions et ses possibilités de développement, avec en corollaire la diminution des actions de solidarité internationale, pourtant au cœur des révolutionnaires.
L’image des ruines des vestiges de l’ESBEC en constitue en quelque sorte le témoignage, dans le film. Ce lieu chargé d’histoire dépérit, abandonné et laissé à lui-même. Une enseignante ose à peine évoquer ces turbulents gamins qui cherchaient à faire le mur pour chiper des mangues dans le verger voisin d’un paysan.
Grand moment d’émotion lorsque Babou et Issa évoquent l’arrivée de Thomas Sankara à l’école, venu se rendre par lui-même de l’expérience, les encourager et leur rappeler leur devoir de bien étudier pour revenir se mettre au service du Burkina. Eux que l’on surnomme les « Orphelins de Thomas Sankara », depuis la sortie du film de Géraldine Berger qui en a fait le titre de son film. Une grande tristesse s’empare de nos protagonistes lorsqu’ils évoquent l’assassinat de Thomas Sankara. D’autant plus qu’ils avaient raconté leur ravissement de la journée qu’il avait passé avec eux.
Dans la salle où ils se sont retrouvés ce jour-là, ils se sont réunis en assemblée général et ont décidé la grève des cours ! La normalisation avec les nouveaux dirigeants a nécessité de nombreux fréquents voyages de nouveaux responsables politiques. Que pouvaient-ils faire ? Le régime de Blaise Compaoré, s’est toujours méfié de ces jeunes formés à Cuba, dont beaucoup n’ont pas trouvé d’emplois à leur retour.
D’autres enseignantes évoquent ceux qu’elles considèrent comme leurs enfants, certains étant quasiment adoptés par des familles. Car une fois l’enseignement général terminé à l’ESBEC 37, les élèves ont été répartis un peu partout pour suivre des formations professionnelles techniques, pour la plupart d’entre eux, avec les autres jeunes cubains, de rapprochant ainsi de la population. Une solidarité créatrice d’amitié qui perdure encore pour certains d’entre eux. Mais Cuba a fait bien plus. Une autre enseignante donne en quelque sorte la clé de cette solidarité internationale. Elle donne en quelque sorte la clé de l’engagement international des Cubains. « Lorsque a parlé de l’Angola, pays de la ligne du front, il a touché les cubains au cœur. Les jours suivants nombreux sont venus se porter volontaires dans les comités militaires pour aller combattre en Angola ».
La rencontre avec Marlen Villavicencio, ancienne enseignante dans l’une des ESBEC pour étudiants nicaraguayens, devenue aujourd’hui, directrice de l’Institut Cubain d’Amitié avec les Peuples (ICAP) sur l’Île de la Jeunesse, nous révèle l’ampleur de l’engagement de Cuba dans la formation de la jeunesse : 18000 jeunes issus de 37 nationalités sont venus en bénéficier. Elle cite en exemple 4 ESBEC pour les seuls jeunes mozambicains au cœur du combat contre l’apartheid d’Afrique du Sud. Elle se désole que ce projet de formation d’étudiants étrangers ait dû être abandonné. On découvre l’ampleur du programme, resté peu connu. Rappelons ici que l’agression de l’Afrique du Sud contre le Mozambique et l’Angola a pu être stoppée victorieusement grâce à l’envoie par Cuba de dizaines de milliers de soldats !
Autre rencontre marquante du film, celle de la fille de Che Guevara, qui semble porter en elle le rêve de son père. « Semons la solidarité pour récolter la vie » déclare-t-elle. Médecin, elle a parcouru le monde pour soigner les gens. Sage-femme, elle explique son admiration pour les accoucheuses Kichouas, d‘un peuple autochtone d’Equateur dont dit-elle, elle a véritablement appris ce qu’est un accouchement. La santé était un autre projet phare de la solidarité internationale de Cuba. Des milliers de médecin dans différents pays, y compris des pays occidentaux, pour former d’autres médecins et soigner la population, dans des pays manquant cruellement de médecins. Aujourd’hui l’envoi de médecins se poursuit à travers le monde, permettant en contrepartie la rentrée de devises.
Outre de reprendre l’histoire de ces jeunes Burkinabè partis se former à Cuba, ce film nous offre une vision vue de Cuba des différentes formes de solidarité internationale que la révolution a mis en place. Nous démontrant combien les Cubains se sont engagés, avec leurs cœurs, parfois au risque de leurs vies. Cuba est actuellement en crise, sans doute la plus grave de son histoire depuis la Révolution. Le pays a besoin cette fois, à son tour, Elle existe certes dans différents milieux, mais trop insuffisantes. Que va devenir ce pays qui nous a tant fait rêver ?
On trouvera de nombreuses autres précisions dans le document très complet présentant le film à https://fr.goteo.org/project/esbec-37C
Bruno Jaffré
Présentation du réalisateur
Àlex Verdejo a étudié l’anthropologie sociale à l’Université autonome de Barcelone (UAB) et a suivi une formation cinématographique à l’École de cinéma de Barcelone (ECIB). ESBEC 37. Pionniers formés entre deux révolutions est son premier film en tant que réalisateur. Le dernier documentaire auquel il a participé en tant que directeur de la photographie, Els residus del mercuri, a récemment été diffusé sur la télévision publique catalane. Il a commencé a étudier la Révolution d’Août à Burkina Faso en 2017 et a publié de nombreux articles, reportages et interviews sur cette question dans des médias catalans et espagnols comme la Directa, El Salto et Africaye.
Questions au réalisateur, Alex Verdejo
Comme vous est venue l’idée de faire ce film ?
Poble Íntegre (Peuple Intègre en catalan) est un petit groupe de travail qui est né a Barcelone pour étudier et diffuser les idées de Thomas Sankara. Après un premier voyage au Burkina Faso pour mieux connaitre son héritage et interviewer des personnes qui ont été liées a la Révolution d’Août, nous avons participé en l’organisation d’un premier évènement d’hommage pour les 15 octobre 2017 à Barcelone (qui après s’est tenu toutes les années jusqu’à aujourd’hui). Dans le cadre de cette activité nous avons connu celui qui alors était président de l’Association de Burkinabè de Barcelone et qui est le personnage principal du documentaire. Après trois années de collaboration, en 2019 on a décidé de tourner un film sur son histoire: celle des 600 enfants Burkinabè formés à Cuba.
Vous affichez un budget d’un peu plus de 9000€. Comment arrive-t-on un film avec un si petit budget, d’autant plus qu’il y a dedans le prix des billets pour aller à Cuba ?
Nous avons lancé un processus de micromecénat avec lequel nous avons pu réunir un peu plus de 9000 €, oui. Le tour de projections que nous sommes en train de faire dans les Pays Catalans nous a permis aussi de réunir autour de 3000 € en plus. Mais ça continue à être très peu, en effet. La raison po
Comment êtes-vous entrés en contact avec les autorités Cubaines ? Comment ont-elles accueilli le projet ?
En Catalogne il y a un fort mouvement de solidarité avec Cuba, avec qui nous avons déjà travaillé auparavant. Pour cette raison, ils nous connaissaient déjà quand nous nous sommes mis en contact. C’est ce mouvement qui nous a mis en contact avec le Consulat de Cuba à Barcelona, qui a soutenu le projet et nous a aidés à nous mettre en contact avec l’Ambassade à Madrid pour régler les visas et les permis de tournage. À Cuba, les questions administratives ont été un peu lentes à régler du fait d’une certains démocratie. Mais pour les reste, nous avons eu le soutien, sur place, du Centre de Presse Internationale et l’Institut Cubain d’Amitié avec les Peuples. Tout le monde avec qui nous avons travaillé là-bas a vécu avec beaucoup d’enthousiasme le tournage de ce documentaire. Les autorités cubaines n’ont pas participé au le financement, mais nous ont donné les permissions nécessaires, par exemple, en nous ont accompagnant à l’ESBEC 37 ou à obtenir l’interview d’Aleida Guevara.
Le film a été bien accueilli au Burkina, mais comment a-t-il été reçu à Cuba, s’il a pu être projeté là-bas ?
La Première mondiale du film, en effet, s’est fait à Ouagadougou, au Ciné Burkina, le 2 août 2025, où nous avons invité tout les anciens élèves Burkinabè qui sont allés à Cuba. Notre idée est de faire un tour dans environ 8 villes cubaines l’été de 2026, mais nous sommes en train de voir comment évolue la situation épidémiologique qui est en train de vivre l’île en ce moment. Mais si ce n’est pas en 2026, nous ferons le tour en 2027, qui sera justement le 50ème anniversaire du début du projet d’éducation internationaliste qui a rendu possible toute cette histoire.
J’ai découvert l’ampleur du projet de formation des jeunes. 18000 jeunes issues de 37 nationalités. C’est tout à fait impressionnant. Avez-vous des échos sur le devenir des jeunes des autres pays ?
À partir du tournage du documentaire, nous avons connu plein d’autres personnes, d’autres nationalités, qui se sont bénéficiés de cette expérience. Quand on était à Cuba, par exemple, nous nous sommes croisés avec un groupe de quarante éthiopiens qui avaient aussi étudié à l’Île de la Jeunesse. Aussi, quand nous avons fait la projection à Palma dans l’île de Mallorca, une des personnes qui est venu, originaire du Sahara Occidental, a un frère qui a étudié à Cuba. Dans les réseaux sociaux nous avons été contactés aussi par des personnes de plusieurs pays (surtout Angola et Mozambique), pour nous expliquer leurs histoires. En général, l’impression que nous avons reçue est que la majorité des anciens élèves ont un niveau social assez élevé dans leurs pays, ce qui contraste beaucoup avec le cas de Burkina Faso, où anciens élèves sont revenus durant la contre révolution.
Ce projet ne tourne pour l’instant qu’en Catalogne et en Espagne ? Comment est-il accueilli ? Quel est le type de public qui vient le voir.
En effet, en ce moment le film tourne en Catalogne où nous sommes installés. Le premier week-end (c’est à dire quand) nous avons fait des projections dans des cinémas autour du 15 octobre 2025, à Barcelone, Sabadell et Valence avec autour de 600 personnes au total. Dans les 12 projections que nous avons organisées, nous avons compté autour de 200 personnes. La majorité sont des jeunes engagés, intéressés par la figure de Thomas Sankara, et aussi de personnes moins jeunes, qui connaissent l’Afrique et sont engagés dans la coopération pour le développement. En février-mars nous allons passer par les Pays Basque et par Madrid. Nous sommes aussi en train de parler avec des camarades du Chile et l’Argentine pour faire des projetions là-bas (sans Babou et l’équipe de réalisation) et nous sommes ouverts à d’autres propositions.
Le film est disponible en quelle langue ?
Les dialogues du film sont principalement en espagnol, puisque il est tourné surtout à Cuba, mais le film à trois versions : espagnol, catalan et français. Babou parle les trois langues et nous avons enregistré toutes ses interventions dans les trois, en rajoutant des sous titres pour les dialogues.
Propos recueillis par Bruno Jaffré


















