Fiche technique

Réalisation : Géraldine Berger
Montage : Alexandra Mélot
Image : Julien Bossé
Son : Jérémie Halbert
Montage son et mixage : Hervé Guyader
Musique originale : Abdoulaye Cissé
Producteurs : Sébastien Tézé et Laurent Bocahut
Productrice exécutive Burkina Faso : Fanta Régina Nacro

Avec le soutien de la SCAM (Société civile des auteurs multimedia), brouillon d’un rêve et du CNC (Centre national du cinéma), coproducteur Vosges TV.

Avec la participation des anciens élèves de Cuba, leurs familles et professeurs, de la mission cubaine au Burkina-Faso et d’Abdoulaye Cissé. Avec les archives de la RTB (Radio télévision du Burkina) et de l’ICAIC (Instituto Cubano de Arte e Industria Cinematograficos).


Ci-dessous une séquence de TV5 Monde consacré au film, avec des extraits et une interview de Géraldine Berger.


Commentaires

C’est au volant de sa voiture sur le périphérique parisien, en écoutant « L’Afrique enchantée » de Vladimir Cagnolari et Souleymane Coulibaly dit Solo Soro qui consacrent ce jour-là leur émission radiophonique à « l’Afrique rouge »[1], que Géraldine Berger se passionne pour le destin de 600 enfants burkinabè envoyés à Cuba en 1986.

Nous sommes au Burkina Faso, la révolution bat son plein et Thomas Sankara qui s’est durablement rapproché du régime de Fidel Castro décide de promouvoir 600 orphelins en leur permettant de poursuivre une scolarité à Cuba. Un an plus tard, Sankara éliminé[2], Blaise Compaoré qui pilote désormais le pays sous couvert du Front Populaire et sous l’égide d’un libéralisme « pragmatique » imposé par le FMI, tente de mettre fin à ce programme. Mais Fidel Castro considère que les enfants de son « frère » Thomas Sankara doivent poursuivre leurs études. Soixante d’entre eux suivront un cursus universitaire de haut niveau, notamment dans le domaine de la médecine. À leur retour au Burkina Faso, le régime de Blaise Compaoré qui n’a plus rien de révolutionnaire, leur réserve un très mauvais accueil.

Géraldine Berger, profondément touchée par l’histoire de ces orphelins qu’on appelle au Burkina Faso « les enfants de Sankara », décide de partir à leur rencontre. Il lui faudra beaucoup de persévérance pour retrouver la trace des anciens de Cuba éparpillés au quatre coins d’un pays qu’elle ne connaît pas et accéder aux archives encore non-exploitées de la Radio Télévision Burkinabè dont l’accès lui sera refusé en 2009 sous Blaise Compaoré et en 2015 sous la Transition.

À travers le destin d’une demi-douzaine d’entre eux, le film trace un portrait émouvant de ces jeunes envoyés par l’État burkinabè à Cuba et rentrés avec difficultés au pays. Considérés comme des « rouges », taxés de « pièces de rechange de la Révolution », ils sont craints par un régime qui les écarte de toute carrière professionnelle en ne reconnaissant pas leurs diplômes.

Le cas d’une gynécologue-obstétricienne reste une exception. Elle aura eu la chance de soigner la mère d’un ministre, ce qui lui permettra d’exercer à l’Hôpital central de Yalgado de Ouagadougou.

La plupart d’entre eux n’auront d’autre choix que de s’adonner au commerce informel ou à une agriculture de survie. Profondément traumatisés (certains se suicideront), ils se considèrent aujourd’hui comme doublement orphelins pour n’avoir pu accomplir « la mission confiée » par Sankara, puisqu’ils ont été formés pour se mettre au service de leurs compatriotes dans des domaines aussi divers que l’agronomie, la médecine ou la géologie. Lorsque que l’on connaît les conditions de vie au Burkina Faso avec ses graves problèmes de malnutrition, de mortalité infantile, d’accès à la santé ou à l’éducation, on reste sans voix.

Assurément, cet « oubli » restera sur la liste des nombreux crimes commis contre le peuple burkinabè par le régime autocrate de Blaise Compaoré. Ce n’est que très récemment qu’une diplomate cubaine a convaincu l’actuel Président Rock Marc Christian Kaboré de mettre fin à cette injustice. Mais n’est-il pas trop tard ? Depuis 2014, le Burkina Faso, après l’insurrection populaire qui a entraîné la chute du régime, vit au quotidien des problèmes sécuritaires de toutes natures[3] et voit de semaine en semaine, après deux attentats d’envergure dans sa capitale en 2015 et 2017, la progression d’actes terroristes[4] sur presque toutes ses frontières.

Le film de Géraldine Berger s’ouvre par un long travelling avant sur le parvis de la Maison du Peuple, où se tenaient les procès des Comités de Défense de la Révolution, avant de nous entraîner sur les sentiers d’un romantisme révolutionnaire dont Sankara témoignait volontiers, lui qui citait Novalis dans ses discours à la tribune de l’ONU.

Le premier tiers du film est consacré au voyage des enfants, retracé à base d’archives burkinabè ou cubaines et de photos personnelles des jeunes étudiants burkinabè. Vient alors le cœur de ce film, dont la narration est conduite à l’aide d’un entrelacs de témoignages parfois terriblement poignants, qui impulse au film un rythme soutenu. Les séquences réalisées en immersion, que ce soit à l’hôpital ou dans un non-loti, rendent tangibles la dure réalité des conditions de vie au Burkina Faso et palpable l’énormité du gâchis. Car l’on soupçonne bien qu’entre les murs du pavillon d’accouchement, où officie Émilienne la gynécologue-obstétricienne, rien ne se passe comme il se devrait. Et que ce moment passé dans les non-lotis à la rencontre de cette ancienne de Cuba dont la maison n’a pas de toit, donne un aperçu de la vie de millions de burkinabè venus des campagnes pour espérer survivre à la périphérie des villes. Ou encore, le destin de cet homme, destiné à devenir agronome, auquel il ne reste plus que sa daba pour cultiver son champ. Enfin, les moments filmés lors des réunions annuelles des « Enfants de Sankara » sont également très représentatifs de l’organisation de la société civile burkinabè[5] et complètent ce portrait d’un groupe soudé par un fort sentiment de  solidarité.

« Les orphelins de Sankara » est un film qui a le très grand mérite de remémorer une expérience dont les protagonistes eux-mêmes pensaient qu’elle tomberait dans les tréfonds de l’Histoire. Enfin, de nombreuses archives ont été exhumées grâce au travail de longue haleine fourni par la réalisatrice et son équipe.

Frédérique Lagny

Marseille, le 25 janvier 2019

[1]  http://wallydiallo.free.fr/afrique/pages/afrique0823.htm

[2]  Coup d’état du 15 octobre 1987, assassinat de Thomas Sankara et de douze de ses compagnons au Conseil de l’Entente, dissolution du gouvernement et des CDR, avènement du Front Populaire

[3]  Sous la pression démographique et le phénomène d’accaparement des terres, les chemins de transhumance tendent à disparaître au Burkina Faso. La communauté peule, stigmatisée, s’oppose dans le sang aux milices paysannes des Kolgweogos dans la région de Fada N’Gourma. Ces mêmes Kolgweogos, ont également fait plusieurs tentatives d’installation au sud-ouest du pays où les Dozos, une confrérie de chasseurs, se sont opposés à eux, également dans le sang.

[4]  Ansarul Islam, Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans et l’État islamique dans le grand Sahara, qui se manifeste par des menaces sur les élèves et étudiants, ainsi que par des assassinats ciblés d’élus de la République, d’enseignants et de gendarmes.

[5] Au Burkina Faso, de nombreuses associations défendent, en dehors des structures syndicales, le droit des gens et des travailleurs, comme ceux des cheminots de la Sitarail déboutés de leurs droits par le groupe Vivendi-Bolloré ou comme ceux des militaires renvoyés de la fonction publique après les émeutes de la faim en 2011.

1 COMMENTAIRE

  1. Lui, en effet on peut se demander s‘il n’est pas déjà trop tard pour remédier à cette injustice et à ces manquements, eu égard aux besoins de la population burkinabè dans tous ces domaines (quel gâchis…).
    En effet, après tant d‘années sans avoir pu exercer dans leurs domaines respectifs de compétences…
    Olive M

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