Nous vous livrons ci-dessous la retranscription d’une interview de Benewendé Sankara réalisée par Radio Omega, à propos de l’état du dossier Sankara fin janvier 2015.
La rédaction

L’invite de ce mardi 27 janvier 2015 est Me Bénéwendé Sankara. Avocat de la famille Sankara, il se prononce sur les récents propos du président de la transition Michel Kafando sur l’affaire Thomas Sankara. Me Bénéwendé Sankara est interrogé par Asmao Dao.

R.O : Bonjour maitre Bénéwendé Sankara.

B.S : Bonjour madame.

R.O : Comment avez-vous accueilli les propos du président Michel Kafando disant que la famille Sankara n’a besoin d’aucune autorisation pour entamer les travaux d’expertise sur la tombe de l’ancien président Thomas Sankara ?

B.S : Je trouve ses propos déplacés. En ce sens que ça me laisse croire que le président de la transition ne connait pas du tout le dossier Thomas Sankara. S’il l’a dit, je pense que c’est une méprise. En tout état de cause, une bourde vraiment mal placée. A ce jour, le dossier n’a été confié, en ma connaissance, à un juge d’instruction qui a posé des actes pour aller dans le sens de la manifestation de la vérité. Suite aux propos tenus par le président Kafando lors de son message à la nation, la famille Sankara a écrit à madame la ministre de la justice Joséphine Ouédraogo,a fait ampliation de cette lettre au président Kafando et au premier ministre Yacouba Isaac Zida pour leur rappeler que depuis 2001, la famille du président Sankara attend l’ordre de poursuite qui doit être délivrer par le ministre de la défense pour que le dossier reparte à l’instruction. Et c’est dans le cadre d’une instruction que la famille Sankara a demandé purement et simplement l’autorisation de faire l’expertise. Cette expertise est un élément qu’il faut reverser dans l’enquête. Et si on doit ouvrir la tombe, admettons que la famille Sankara y procède ainsi, et se rend compte que les restes qui y sont, sont les restes d’une autre personne.

R.O : Mais maitre, si on arrive à cette situation, qu’est-ce qu’il y a à faire ?

B.S : Dans pareille circonstance, ce que la famille Sankara demande, c’est la justice. La plainte qui a été déposée en 1997, était une plainte contre « X » pour assassinat. Quand nous avons l’occasion de parler, on parle du président Thomas Sankara parce que c’était lui qui était le leader de la révolution. Mais il est mort avec d’autres personnes. Et quand vous partez au cimetière de Dagnöe vous voyez des tombes alignées. Quels sont ceux qui étaient à l’enterrement de ces illustres personnalités ? Et ça c’est le rôle du juge d’instruction. Maintenant, la famille Sankara, s’il y a exhumation, pourra cette fois-ci, savoir ou sont effectivement les restes sur la base d’une expertise certifiée de façon scientifique, et pourra faire le deuil du président Sankara tout comme les autres. La famille Sankara demande purement et simplement que l’Etat de Burkina Faso exécute une décision rendue au plan international par le comité des droits de l’homme de l’ONU. Et l’Etat est en train de tourner et ça nous surprend quand ça vient encore des organes de la transition.

R.O : Mais est-ce que ce n’est pas par rapport à cela que le président Kafando a dit que l’Etat mettra tous les moyens à la disposition de la famille Sankara afin qu’elle puisse procéder aux travaux ?

B.S : Je peux bien comprendre qu’il s’agisse de moyens de droit. Si ce sont des moyens de droit, commençons par donner l’ordre de poursuivre, l’ordre et l’ordre de poursuite doit être donné par le ministre de la défense qui est le premier ministre Isaac Zida. Qu’est-ce qu’on attend ? Quelqu’un est mort. Ça fait vingt-sept (27) ans bientôt vingt-huit. On ne sait pas qui a fait quoi. Maintenant qu’on pense qu’il y a eu un changement, et que lui-même Kafando a dit le 21 novembre qu’il faut procéder à une rupture totale parce que l’aspiration fondamentale des burkinabè c’est ce désir d’aller vers la justice. Je ne peux pas comprendre qu’aujourd’hui on me parle encore de moyen à la famille. La famille n’est pas une institution judiciaire. La famille est victime. Et elle demande purement et simplement que l’Etat qui assure le service de la justice et qui est garant de toutes les décisions, puisse aller dans le sens de la manifestation de la vérité.

R.O : Le président de la transition Michel Kafando vous a jeté la balle et à votre tour vous êtes en train de la lui retourner. Concrètement qui ne joue pas son rôle dans cette affaire ?

B.S : L’Etat ne joue pas son rôle. Et l’Etat est représenté ici par le chef de l’Etat de la transition. Mais nous avons la loi avec nous. C’est ça la différence. La loi dit que si vous perdez quelqu’un, vous partez vers la justice pour porter plainte. C’est ce que la famille Sankara a fait. Elle a porté plainte et attend que justice soit rendue. C’est ce qu’elle demande et ce n’est pas demander le ciel s’il vous plait. A moins qu’il ait une mauvaise forme manifeste quelque part.

R.O : Maitre, pendant qu’on y est, que devient le dossier Norbert Zongo, vous qui en avez aujourd’hui la charge ?

B.S : Ha ! Madame ! Je pense que c’est de déception en déception. Moi qui vous parle, je ne sais pas quel est le juge, à l’heure actuelle, qui a le dossier de Norbert Zongo. Je suis en tout cas l’un des avocats dans ce dossier. Je n’ai pas reçu la moindre convocation ou la moindre lettre qui me dit que le dossier est ouvert. Quand un dossier est entre les mains d’un juge, on connait le cabinet d’instruction. Le juge va faire des convocations pour reprendre l’instruction. A ce jour, je n’ai aucune idée. Et je dis, si on doit gérer ces dossiers par des propos non tenus, je me retiens pour ne pas dire ce que je pense, nous allons nous enliser. Je pense qu’il faudrait plus de sérénité surtout dans le dossier de Norbert Zongo et dans le dossier du président Thomas Sankara parce que ce sont des dossiers qui ont déjà été vraiment malmenés par des magistrats aux ordres.

R.O : Merci maitre Bénéwendé Sankara.

B.S : C’est moi qui vous dis merci.

Radio Omega Ouaga

Source
: http://netafrique.net/letat-est-en-train-de-tourner-et-ca-nous-surprend-me-sankara-avocat-de-la-famille/

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