Assassinat de Thomas Sankara : La magie des 20 ans s’est évaporée

 

Beaucoup d’analystes pensent que si jusque-là ils n’y sont pas parvenus, c’est parce que l’animosité qui existe entre les principaux animateurs de ces regroupements est plus forte que la rancœur qu’ils nourrissent vis-à-vis de leurs adversaires politiques habituels.

Au 20e anniversaire de la mort de leur idole, ils avaient sonné le tocsin du rassemblement et on voyait l’unité à portée de main. Et comme pour confirmer la maxime selon laquelle l’union fait la force, les manifestations commémoratives de l’année précédente ont eu un succès inespéré.

Ce ne sont pas les riverains du cimetière de Dagnoën, où repose l’enfant terrible de Téma-Bokin, qui diront le contraire, avec la marée humaine qui s’est spontanément invitée sur les lieux dans l’après-midi du 15 octobre 2007.

Certes, la présence de l’épouse de Sankara était pour quelque chose dans la réussite des manifestations. N’empêche, cela faisait beau à voir, ces militants et sans doute des curieux scander ce jour-là, avec ferveur, le nom de la veuve (Mariam, qu’elle s’appelle), qui était rentrée pour la circonstance après 20 ans d’exil volontaire.

Face à cette mobilisation, elle n’avait pas manqué d’avouer : "Ça me fait chaud au cœur", avant de souligner : "Ce que je souhaite, c’est l’unité ; que tous les sankaristes constituent une force et ensemble nous atteindrons notre objectif".

Cette unité affichée a semblé un épiphénomène avec Mariam Sankara comme dénominateur commun de la galaxie sankariste, même si la naissance de l’Union des partis sankaristes (UPS), le 2 mars 2008, avait renforcé l’espoir sur l’unité de la famille. C’est justement au sujet de ce parti, dirigé par Joseph Ouédraogo, qui est la fusion de cinq des six partis se réclamant du révolutionnaire du 4 août 1983, que les querelles intestines ont refait surface.

Alors qu’on s’attendait à ce que le parti le plus représentatif, l’Union pour la renaissance/Mouvement sankariste (UNIR/MS) avec quatre députés, rejoigne le groupe des cinq qu’une dissension est née au sein du Front des forces sociales (FFS).

D’un côté, on a le président Nestor B. Bassière, qui ne jure que par l’UPS, et de l’autre, Norbert Tiendrébéogo, foncièrement opposé à cette fusion et qui a fait élire un nouveau président en la personne d’Idrissa Komo.

A l’avant-veille du 21e anniversaire, c’est-à-dire le 13 octobre dernier, la tendance Bassière a animé une conférence de presse au cours de laquelle elle a accusé l’autre aile d’être de connivence avec le pouvoir. C’est, entre autres, ce jeu de ping-pong, comme nous le titrions dans notre livraison du 14 octobre, qui fait que l’UPS, qui vagit toujours dans son berceau, attend jusque-là sa déclaration de naissance des autorités.

La magie du 20e anniversaire s’est donc évaporée. Et on pourrait dire que les héritiers du leader de la révolution font tout le contraire de ce qui a forgé le mythe de celui-ci, c’est-à-dire son courage et son sens élevé de l’intérêt commun. Et c’est tant pis pour ceux qui croient toujours à l’idéal sankariste, qui, comme un mirage, s’éloigne lorsque l’on s’approche de lui.

Abdou Karim Sawadogo

Source : L’Observateur du 14/10/2008 voir à http://www.lobservateur.bf/…

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