vendredi 14 octobre 2011

Le vingt-quatrième anniversaire de la mort du président Thomas Sankara sera célébré le 15 octobre prochain. Nul doute que les partis Sankaristes du Burkina commémoreront l’évènement. Un anniversaire qui sera marqué cette année par le vandalisme de la tombe du président Thomas Sankara mais aussi par le dossier qui reste toujours pendant au niveau de la justice. Sur la dernière préoccupation, l’un des avocats de la famille Sankara, maître Bénéwendé Stanislas Sankara parle.

Le rituel de la commémoration de l’anniversaire de la mort du président Thomas Sankara sera consacré le samedi 15 octobre 2011. Les partis Sankaristes ont prévu de respecter la tradition : dépôt de gerbes sur la tombe de celui dont ils incarnent les idéaux. Les préparatifs ont commencé depuis plus de trois semaines avec le désherbage du site. Le président de l’UNIR/PS déplore le fait que ce sont seulement les militants de son parti qui se sont souciés de la propreté des lieux.

Pour ce qui concerne la manifestation du jour de l’anniversaire, le comité d’organisation des partis Sankaristes conduit par le député Malick Sawadogo compte tenu du caractère public a demandé une autorisation à la mairie de Bogodogo. Cette correspondance en date du 17 août 2011 a déjà eu l’autorisation des autorités municipales. Mais il reste aussi dans la mémoire de tous que le dossier du président Sankara est toujours en justice. Sur cette affaire judiciaire maître Sankara du collectif des avocats de la famille Sankara situe sur le dossier.

Evolution juridique et judicaire du dossier Thomas Sankara

Rappelons que Thomas Sankara a été assassiné le 15 octobre 1987 ; du point de vue juridique, la prescription en matière de crime est de dix ans. Au delà des dix ans, si le ministère public ne demande pas l’ouverture d’une information, le dossier est frappé de prescription c’est-à-dire qu’on ne peut plus parler de l’affaire Thomas Sankara sur le plan juridique. C’est donc à quelques jours (moins de deux semaines) de la prescription que des avocats pour soutenir la plainte de la veuve Mariam Sankara et de ces enfants ont introduit une plainte avec constitution de partie civile. Car auparavant, il n’ y a pas eu d’enquête sur la mort de Thomas Sankara.

La partie civile a donc décidé de mener la bataille juridique et judicaire pour la vérité sur l’assassinat de Thomas Sankara d’abord au Burkina Faso. Selon maître Sankara, « pour la première fois dans les annales de l’histoire juridique on voit un procureur s’acharner contre la partie civile ». Et pour cause « à l’époque il y a un juge d’instruction qui a osé dire qu’il fallait ouvrir une information sur cette affaire ». Le dossier pour connaître son dénouement a mis suffisamment du temps. A la chancellerie ou dans les tiroirs du ministre de la justice, il a trainé. Heureusement, c’est selon avec la pression nationale et internationale et le contexte de l’assassinat du journaliste Norbert Zongo en 1998, le dossier Thomas Sankara a avancé de façon parallèle à partir de 2000. « Même si confiera le président de l’UNIR/PS, au finish les juridictions de droit au Burkina se sont déclarées toutes incompétentes pour consacrer un déni de justice ».

Ainsi, le collectif juridique s’est retourné vers le comité des droits de l’homme de l’ONU. Le Burkina ayant ratifié le pacte relatif aux droits civiques et politiques, en 2006, le comité a rendu ses constatations. A savoir que le Burkina Faso a violé le pacte civique et politique ; en même temps il enjoint aux autorités de faire un processus équitable pour la famille du président Sankara qui a droit à la justice. Le Burkina a pris acte de cette décision, et a fait un mémorandum pour dire qu’il entendait donner une suite utile. « On se rappelle, dit maître Sankara, qu’au lendemain du drame de Sapouy, le collège des sages qui a été créé avait recommandé l’édification d’un mausolée à la mémoire du président Thomas Sankara ».

« On n’en parlera plus » mentionne-t-il. Ensuite il y a eu la Journée nationale du pardon et une série de mesures avaient été prises notamment l’indemnisation. « C’est à ce titre, qu’au lieu de suivre les constatations du comité des droits de l’homme de l’ONU, martèle maître Sankara, le Burkina a proposé des sommes d’argent à la famille du président Sankara ». Naturellement la famille a décliné cette offre parce qu’elle estime que ce qui l’intéresse aujourd’hui c’est la manifestation de la vérité. A ce jour, les constatations n’ont pas évolué malgré le caractère supra national de la décision onusienne et le dossier non plus n’a pas eu de suite.

Le collectif d’avocats a continué son travail car ayant foi à la manifestation de la vérité quel que soit le temps que cela prendra. Les avocats ont estimé qu’il y a des mesures préparatoires qu’il fallait prendre notamment demander l’expertise de la tombe du président Thomas Sankara. D’autant plus que l’Etat burkinabé ne conteste pas la décision onusienne. Dans ce sens des tests d’ADN ont déjà été faits sur les enfants du président Sankara. Une requête a été introduite au tribunal civil qui, selon maître Sankara a été bloquée ». L’Etat a constitué un avocat qui a déposé ses conclusions mais au moment de la mise en état du dossier il y a eu la crise relative à l’affaire de l’élève Justin Zongo.

Depuis lors le dossier dont l’assignation remonte au 15 octobre 2010 est sans suite. Au nom de la veuve et des enfants du président Thomas Sankara, les avocats ont demandé au juge civil d’ordonner l’expertise de la tombe. L’expertise permettra de dire, au-delà de la conscience collective qui a pris le cimetière de Dagnoen comme celui des martyrs du 15 Octobre 1987,’ la vérité scientifique, juridique qui va s’établir à travers ces tests.

« Depuis les événements de 1987, la famille Sankara, mentionne maître Sankara, n’a pas eu droit à faire des funérailles ». « Tout simplement ajoute-t-il, on a estime que ce n’est pas la tombe du président Thomas Sankara, tout comme les autres tombes ». Cette étude scientifique avait entre autre pour but de confirmer ou d’infirmer cela. Les attentes face à un tel dossier sont nombreuses. « De façon technique quand les avocats travaillent, nous fera-t-il savoir, ils cherchent en suivant une procédure pour qu’une cause soit entendue ». Pour cela, ils ont en leur possession les éléments de droit à savoir les pièces à conviction et également la loi. Les avocats de la famille Sankara ont utilisé tout ce qu’il y a en leur possession selon maître Sankara. « Le blocage est politique », à l’en croire. Sur ce dossier, le parlement français a été saisi par les députés de l’opposition burkinabé, d’une requête tendant à demander, à la commission générale des affaires étrangères de l’Assemblée nationale française à instaurer une commission d’enquête. « Le dossier est donc devenu hybride, il y a la technique judiciaire que maîtrisent les avocats mais il y a le volet politique du dossier du fait de la qualité de la personne assassinée », selon Maître Sankara.

« Nos attentes c’est que véritablement, l’Etat de droit puisse offrir une justice capable de rendre le droit. Les avocats sont sans frontières », note maître Sankara. « Il est vrai qu’on n’a pas les mêmes lois d’un pays à un autre, souligne-t-il, mais on a la même culture juridique et les mêmes attaches aux valeurs cardinales de la justice ». Dans l’affaire du président Thomas Sankara, il y a des avocats canadiens, français, africains et ce collectif est appuyé par des juristes. « Nous sommes dans le domaine des TIC il est donc facile de coordonner nos activités et d’harmoniser les positions pour soutenir des arguments que nous avançons » a conclu maître Sankara. Tout en pensant que tôt ou tard, le dossier connaitra un dénouement.

Firmin OUATTARA & Ibrahim Bayili

Source : L’express du Faso du 14 10 2011 http://www.lefaso.net/spip.php?article44411&rubrique2

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