Le président de l’UNIR/PS (Union pour la renaissance/ Parti sankariste) est d’une ponctualité digne d’une horloge suisse. A 10 heures piles, il était présent aux Editions “Le Pays” 5 août dernier, à l’invitation de la rédaction. Dans un Faso Dan Fani qui évoque bien ses convictions sankaristes, il a échangé pendant près de deux heures d’horloge avec les journalistes, sans désemparer. Plus tranchant que jamais, il ne fait aucun cadeau, dans l’interview que vous allez lire, ni à Blaise Compaoré, ni à son parti le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP).

“Le Pays” : Les sankaristes ne commémorent plus le 4-Août avec la même ferveur. Que s’est-il passé ?

Me Bénéwendé Sankara : On peut se dire que la ferveur n’est plus comme au début. C’est un constat. Seulement, vous aurez noté que les Sankaristes avaient essayé d’obtenir que la journée du 4- Août soit fériée. Malheureusement, il y a des dates historiques qui sont simplement commémorées. Le 5-Août est une date historique qui a rapport avec notre indépendance. Mais en ce qui concerne les révolutionnaires d’une façon générale, le 4 août reste inoubliable. Et l’UNIR/PS a retenu cette année de tenir son plénum au CBC, le premier après le congrès unitaire du 22 mars. Pour nous, c’est une date historique qui est là, têtue, dans le contexte national et mondial que vous connaissez. Vous savez que maintenant les révolutions ne courent pas tous les pays depuis qu’on ne parle plus de bipolarisation.

Ce 4 août 2009, qu’avez-vous fait de particulier ?

Je le disais tantôt, nous avons tenu le premier plénum du Bureau politique national de l’UNIR/PS. Cela a été l’occasion de faire le bilan des cinq mois d’activités du nouveau parti et de dégager des perspectives pour les luttes futures. Nous sommes à quelques encablures de cycles électoraux notamment en 2010, 2011 et 2012. Nous sommes en train de nous restructurer sur l’ensemble du territoire, et il y a du chemin à faire.

Les idées de Thomas Sankara n’ont jamais été autant d’actualité avec les crises alimentaire, énergétique, et financière qu’ont récemment connues le monde. Vous êtes-vous suffisamment appropriés ces opportunités pour remettre au goût du jour ces idées et montrez que vous aviez anticipé sur ces questions ?

En politique, on appelle cela de la triangulation ; c’est-à-dire que ceux qui sont au pouvoir vous piquent des idées. Et c’est plus facile pour eux de les appliquer. Quand j’entends le Premier ministre, Tertius Zongo, dire qu’il faut produire ce que nous consommons, je me sens fier. N’étant pas au pouvoir, nous n’avons pas de programmes à appliquer mais à défendre. Aujourd’hui, quand des personnalités comme Barack Obama soutiennent que l’Afrique doit prendre en main son destin, nous revoyons le discours du président Thomas Sankara, il y a 26 ans. Nous continuons à expliquer à nos militants que c’est ce qu’il nous fallait. Malheureusement, il y a eu une rupture et il faut travailler à ce qu’une alternative puisse véritablement s’imposer. Je prends une hypothèse. Si aujourd’hui le parti au pouvoir décide de changer son programme en appliquant celui-là, est-ce qu’on n’a pas fait du tort au président Thomas Sankara en l’assassinant un 15 octobre 1987 ? Il nous appartient en tant que parti politique de mettre en exergue des programmes allant dans le sens de ce discours au lieu de passer tout notre temps à soulever le poing pour dire qu’on est sankariste. A l’UNIR/PS, nous entendons faire la différence et c’est pourquoi, nous insistons sur un programme alternatif sankariste qui doit être conçu en termes de projet de société et de vision. Nous sommes en train de le faire lentement mais très sûrement.

Cette légendaire désunion au sein des Sankaristes ne joue-t-elle sur votre visibilité ? On entend plus vos discussions que vos idées.

C’est vrai. J’ai lu le mardi 4 août 2009 les déclarations de 3 partis sankaristes que l’un de vos confrères a publiées les unes à côté des autres. Vous verrez que certaines déclarations ne critiquent même pas l’action du régime. On passe tout le temps à insulter ses anciens camarades. Dans ces conditions, on ne peut pas progresser. A l’UNIR/PS, nous avons une autre vision. C’est vrai que cela va être difficile mais nous ne faisons plus de l’unité des Sankaristes une obsession. Notre obsession, c’est l’unité avec le peuple autour d’un projet de société. Et nous devons leur proposer quelque chose de nouveau et de bien. Et nous trouvons les idées dans l’action du président Thomas Sankara. Lors du symposium en 2007, le scénario de l’unité proposé consistait à demander à l’Union des partis sankaristes (UPS) (qui s’était retrouvée circonstanciellement pour aller aux élections) de se retrouver avec l’UNIR/MS qui avait 4 députés à l’Assemblée nationale. Ce scénario a échoué parce qu’il y a eu une crise interne à l’UPS. Mais ceux qui voulaient venir à l’UNIR/MS sont venus, et nous avons créé l’UNIR/PS. Ce sont la CPS et une aile du FFS. Et nous avons dit que c’est le creuset de l’unité des Sankaristes. Ce que nous voulons, ce n’est pas cette guerre de chiffonniers, ces querelles intestines. Nous voulons construire ensemble un projet éminemment sankariste avec des arguments convaincants. Dans cette action, on n’a même pas le temps de s’insulter.

Y a-t-il tout de même des actions pour ramener tout le monde dans la famille ?

A l’UNIR/PS, nous ne connaissons pas l’ostracisme ; nous n’écartons personne. Mais on n’oblige personne à venir à l’unité. Si vous n’êtes pas prêt, on vous donne tout le temps. Nous n’avons pas à troquer notre idéal. Nous voulons aller avec des hommes et des femmes qui acceptent de partager les mêmes conditions que nous dans les principes organisationnels. A l’UNIR/PS, nous sommes ouverts à tout le peuple parce qu’on ne peut rien construire sans lui.

Votre émergence sur la scène politique est assez fulgurante. En quelques années, vous revendiquez le chef de file de l’opposition. Cela suscite des commentaires. Est-ce que le pouvoir vous a donné un coup de main pour arriver à ce niveau ?

Le pouvoir me donne plutôt des coups de pied (rires). C’est le travail. Et puis, la confiance se mérite. Aujourd’hui en Afrique, personne ne croit encore à un homme politique. Quand vous dites que vous faites de la politique, à la limite, on vous prend pour un ripou, un malhonnête, prêt à tremper dans tout ce qui est “merde”. C’est cela l’image de la politique. Et nous voulons dire que la politique, ce n’est pas cela. Ce ne sont pas les coups en-dessous de la ceinture ; c’est quelque chose de noble et de propre. Le pouvoir actuel ne peut aucunement nous accorder la moindre faveur. Nous avons franchi le Rubicon pour faire de la politique et nous prenons l’engagement d’aller jusqu’au bout avec le peuple burkinabè que nous aimons. Nous nous inscrivons comme un parti d’opposition. Ceux qui sont au pouvoir sont des adversaires politiques avec lesquels nous travaillons. Pour nous, c’est dans les institutions de la République qu’il faut proposer autre chose. Je pense que ce n’est pas un miracle. Il faut écarter toute idée de coup de main du pouvoir.

On explique souvent votre entrée en politique par l’affaire Norbert Zongo et le fait de porter le patronyme Sankara. Qu’en pensez-vous ?

Le 2e élément joue contre moi. Il y a des gens qui disent que c’est une affaire de famille parce que je porte le nom Sankara. Et puis, il ne faut pas oublier : Sankara a été assassiné pour ses idées. Et c’est le même traitement qui nous attend. Pour le premier élément, c’est vrai. Peut-être que je n’aurais pas fait de la politique si je n’avais pas vu le corps fumant de Norbert Zongo. Je me souviens, le 14 décembre 1998, j’étais dans mon cabinet quand j’ai appris sa mort. Je suis allé à Sapouy et j’ai vu l’horreur. Et ayant côtoyé l’homme, je me suis dit : à quoi sert la vie si on ne peut pas lutter pour les autres ?

On sait que vous réclamez le titre de chef de file de l’opposition. Que comptez-vous faire pour l’obtenir ?

Le décret de promulgation de la loi a été pris le 4 mai dernier. Aujourd’hui, l’Assemblée nationale doit prendre une résolution. Cette dernière est même déposée sur le bureau du président. Il était question que dès la première réunion du bureau, la résolution soit prise. Nous ne savons pas pourquoi cela traîne. Le problème, ce n’est pas Me Sankara, c’est l’opposition. Les partis de l’opposition ont besoin de se retrouver pour harmoniser les points de vue. Aujourd’hui, on passe le temps à établir des cartes nationales d’identité burkinabè. Qu’est-ce que l’opposition fait pour susciter l’établissement de ces cartes au profit de ses militants ? Je crois que les élections se préparent à l’avance.

Sentez-vous le soutien de l’opposition dans cette affaire pour que vous ne subissiez pas le sort de Me Hermann Yaméogo en son temps ?

L’opposition est ambivalente. Nous comptons en son sein plusieurs partis. Mais, comme on l’a dit pour les Sankaristes, il y en a qui préfèrent tirer sur leurs camarades. Avec le statut de l’opposition, cela nous permettra d’avoir un agenda qui nous donnera des résultats. Si nous ne sommes pas organisés, la sclérose de l’opposition va s’accentuer.

Vous êtes le premier candidat déclaré à la présidentielle de 2010. Comment vous préparez-vous avec ces questions de parrainage et de caution ?

Nous n’avons pas de problèmes pour le parrainage. La loi parle de 50 élus dans au moins 7 régions. Là où nous avons des problèmes, c’est la caution de 10 millions de F CFA. Pour des militants qui vivent en- dessous du seuil de pauvreté, ce n’est pas simple. Personnellement, si j’ai les moyens, je n’hésiterai pas. Mais c’est une affaire de tout le peuple burkinabè et pour cela , nous avons lancé une opération de souscription. Nous espérons avoir les moyens nécessaires pour faire notre campagne.

Que pensez-vous du régime parlementaire proposé par Salif Diallo ?

Je suis pour l’émulation des idées. Malheureusement, son propre parti l’a compris autrement. Et nous ne pouvons que constater l’effritement du CDP. Que l’ambassadeur Salif Diallo vienne tirer la sonnette d’alarme et fasse des propositions pour une Ve République, je pense que c’était sauver le régime qui est en train de prendre l’eau partout. Il va même jusqu’à dire que le président Blaise Compaoré serait comme cette reine d’Angleterre, c’est-à-dire pratiquement un président à vie. J’ai trouvé que cela était de trop. Aller à un régime parlementaire suppose un niveau acceptable de démocratie, chose que le Burkina n’a pas. Ensuite, aller à ces réformes avec M. Blaise Compaoré serait un échec. Le Burkina Faso a mal à M. Blaise Compaoré. C’est lui l’obstacle à la démocratie. Il faut d’abord que la Constitution soit bien appliquée. Faisons en sorte que le peu que nous avons obtenu ait une application effective, avant de voir l’opportunité d’un changement. Et ce changement ne peut se faire que dans un consensus national. En 1991, ceux qui ont défendu cette constitution ne voulaient pas du tout qu’on parle de conférence nationale souveraine. Et subitement, 18 ans après, on nous laisse entrevoir qu’on peut changer. Aujourd’hui, les citoyens ne se sentent pas dans un Etat de droit. La démocratie, c’est quand les couches démunies sentent qu’elles ont un droit que l’Etat peut défendre. Et je parle de droit, ce n’est pas au sens strict. Il y a les questions de santé, d’emploi, d’éducation, de liberté. Mais si déjà dans un parti politique, on ne peut pas s’exprimer… Et si vous parlez de changement de Constitution, visiblement c’est pour contenter quelqu’un. Et je vois venir, l’article 37.

Dans la foulée du congrès du CDP, on a entendu son président évoquer la révision de la Constitution ; qu’en pensez-vous ?

Je pense que sur ce point, le président du CDP est en train de rêver. Le Burkina Faso vient de loin. A l’occasion de la grave crise consécutive à l’assassinat de Norbert Zongo, la Constitution a été révisée. Le Collège des sages avait fait l’analyse selon laquelle l’une des causes de l’instabilité constitutionnelle, c’est la question du mandat et qu’il fallait le limiter. La première entorse est venue de l’interprétation de l’article 2 du Code civil où on a trouvé des juristes pour dire que la loi n’est pas rétroactive et ne peut s’appliquer à Blaise Compaoré. Cela lui a permis de rempiler avec deux mandats. Aujourd’hui, vouloir modifier encore l’article 37, c’est prendre le peuple burkinabè pour un peuple d’ignares. C’est une insulte. Ou nous voulons une monarchie, et là je suggérerai à M. Blaise Compaoré d’aller prendre la place du Mogho Naaba ; ou nous voulons une république, auquel cas, les lois de la république doivent s’imposer à tous. A ce moment-là, il n’est pas question de parler d’un pouvoir à vie. Le Burkina Faso n’a pas opté pour cela, et c’est pourquoi nous avons réagi systématiquement pour dire que ce n’est pas acceptable. On nous invoque la révision de la Constitution par ses propres mécanismes, c’est-à-dire l’Assemblée nationale qui, aujourd’hui, est monocolore. Si vous envoyez un tel projet, c’est comme une lettre à la poste. Mais, ils oublient que dans la même Constitution, on a prévu d’autres mécanismes comme la désobéissance civile, qui est un droit constitutionnel. S’ils passent à l’action, c’est la rue. On peut encore raser les barbes et les moustaches, mais nous serons imperturbables.

Avec 15 autres camarades de l’UNIR/PS, vous avez été distingués comme ambassadeurs de paix. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

D’abord, nous avons mis du temps pour accepter. Nous avons voulu connaître davantage la Fédération pour la paix universelle. Et nous avons su que c’est une ONG qui a statut d’observateur à l’ONU. Nous avons ensuite posé le problème au niveau du parti et nous avons apprécié. Ce qui est sûr, comme disait Mao, la paix est au bout du canon, c’est-à-dire dans la lutte.

Au Niger, il y a eu un référendum pour instaurer une nouvelle république qui permettrait au président Tandja de rester aussi longtemps qu’il le désire au pouvoir. Votre appréciation ?

Je condamne fermement cette situation. Dès que les intentions du président Tandja se sont affichées, nous avons dénoncé cette manoeuvre et salué le courage du peuple nigérien. Nous avons vu l’implication de la société civile parce que si ce sont les partis politiques qui se battent, on dira que c’est une affaire partisane. Ici, c’est le peuple qui a dit non. Même les institutions publiques ont réagi négativement comme la Cour constitutionnelle et le Barreau, pour ne citer que le monde judiciaire. Mais, face à un entêtement militarisant, il n’y a que la lutte. Ce n’est pas un référendum au sens plein du terme. C’est un putsch contre la loi fondamentale de son pays parce qu’il dit qu’il a des chantiers à terminer.

Ne pourrait-on pas donner raison au président Tandja qui voit que cela se fait ailleurs ?

Mais, il peut aussi prendre le bel exemple du Ghana. Pourquoi les Africains ne prennent-ils pas les exemples du Canada, des Etats-Unis, etc, où les chefs d’Etat acceptent l’alternance ?

Cela ne donne-t-il pas raison à Jacques Chirac qui disait que l’Afrique n’est pas mûre pour la démocratie ?

Dire cela, c’est insulter l’Afrique. Nos peuples sont très murs. Mais l’Afrique est un continent pratiquement confisqué. Ce qui handicape nos processus, c’est l’extrême pauvreté. Et c’est sur cela qu’on manipule nos populations qui savent ce qu’elles veulent, mais qui ont d’autres préoccupations que la démocratie. Si les Africains acceptent de lutter contre l’impérialisme, nous aurons la voie du salut.

En Mauritanie, le président Abdel Aziz a fait son putsch l’année dernière. Il vient de rempoter l’élection présidentielle dans son pays. Qu’en pensez-vous ?

C’est exactement comme Blaise Compaoré en 1987 ; quatre ans après, il a troqué le treillis pour un costume. En Afrique, c’est souvent cela. Ce qu’il faut noter pour ces personnalités, c’est ce qu’il y a dans le pouvoir. Une fois qu’on arrive, on refuse de partir. Et je vois aussi le discours du président guinéen. Mais je crois que l’Afrique avance ; c’est lent et difficile mais on progresse. Ce qui peut faire avancer les Africains, c’est l’information la communication, l’éducation, la société civile. Par la suite, il y aura des partis politiques qui feront l’exception pour canaliser ces efforts vers des résultats. Autrement, on aura toujours des putschistes qui se transformeront en démocrates. Et vous connaissez l’histoire bien connue chez nous. Si le chat revient de la Mecque pour dire à la souris qu’il a changé de nourriture…

Pensez-vous que le peuple n’a pas besoin de Blaise Compaoré ?

Combien de fois les gens ont marché pour lui demander de partir ? S’il avait écouté, il serait parti depuis longtemps. Mais, il est resté au pouvoir et des crimes ont été perpétrés dans ce pays.

Que pensez-vous du choix des pays visités par la secrétaire d’Etat américaine, Hilary Clinton en Afrique ?

Les rapports inter-Etats sont d’abord des choix stratégiques. Si l’administration Obama a choisi de visiter certains pays d’abord, il n’est pas exclu que dans son agenda, le Burkina et bien d’autres soient touchés plus tard.

Tout récemment, la loi sur le vote des Burkinabè à l’étranger a été adoptée à l’Assemblée nationale. Quelle est votre position par rapport à cette loi ?

Nous avons été contre. Les réformes politiques entreprises par l’Assemblée visaient la loi sur le statut de l’opposition, le financement des partis politiques, les quotas, et le Code électoral. Mais au niveau de la commission ad hoc, nous sommes parvenus à un consensus avec le CDP sur certains points comme la carte biométrique. On a même recommandé que la CENI soit associée et que le gouvernement puisse prendre des dispositions à temps. Nous ne pouvons pas nous vanter d’aider des pays comme le Togo à utiliser la carte biométrique alors que le légendaire facilitateur est incapable de la faire pour son peuple qu’il prétend aimer.

Devant la CAGIDH (Commission des affaires générales, institutionnelles et des droits humains, ndlr), le gouvernement a dit qu’il n’est prêt à nous donner des cartes biométriques. Comme le parti au pouvoir soutient toujours l’action de son gouvernement, il s’est dédit et donc le consensus a été rompu. Pour le point particulier du vote des Burkinabè à l’étranger, nous avons posé un préalable : quels sont les moyens que le gouvernement entend déployer en amont ? Personne n’est contre le vote des Burkinabè à l’étranger. Mais nous avons des inquiétudes. Prenez seulement la Côte d’Ivoire où nous avons près de 4 millions de Burkinabè. Comment ceux-ci vont voter ? A ce jour, il n’y a pas de précision. Faut-il faire un recensement avant ? Comment la CENI va-t-elle procéder ? Combien cela va-t-il nous coûter ? A ce jour, il manque vraiment les détails. Nous avons donc pensé que politiquement, nous allons assister à une situation compliquée. Le nombre d’électeurs parmi les Burkinabè à l’étranger peut même dépasser celui des Burkinabè à l’intérieur. Si vous prenez les chiffres des élections passées, le chef de l’Etat a été élu avec quelque un million d’électeurs. Nous risquons de voir les Burkinanbè vivant à l’étranger désigner le Président du Faso. Nous avons appris que les ambassadeurs et consuls généraux, qui étaient en conférence à Ouaga, ont été instruits pour commencer le travail pour le vote. Dans la composition suggérée par la CENI, il me semble que des fonctionnaires de ces ambassades seront enrôlés dans les structures. C’est déjà une entorse à la loi.

Ne craignez-vous pas cette loi parce que vous n’avez pas les moyens d’aller battre campagne auprès de la diaspora burkinabè ?

C’est une vérité de La Palice. Déjà, même au Burkina, ce n’est pas tous les partis qui ont les moyens d’aller dans les provinces. Si on vous demande d’aller en Arabie Saoudite, le prix même du billet d’avion représente tout le budget.

Pensez-vous que les élections vont se tenir le 29 novembre prochain en Côte d’ivoire ?

J’ai eu l’occasion, au cours d’une mission à Abidjan, d’écouter le représentant du facilitateur. C’est qu’il y a des problèmes de part et d’autre, mais il était très optimiste. Mais on a l’impression que les acteurs campent sur leurs positions quand on observe les derniers soubresauts. Les Ivoiriens sont fatigués de la guerre. Le peuple ivoirien veut des élections pour tourner la page.

Un mot sur la situation au Gabon. Parmi les candidats à la présidentielle, il y a le fils Bongo ; quelle lecture faites-vous de la situation ?

Je rejoins Salif Diallo quand il parle de patrimonialisation du pouvoir. C’est un mot formidable. J’ai lu un de nos frères qui, prenant l’exemple des frères jumeaux en Roumanie, a dit que cela pouvait arriver. Mais, il ne faut pas prendre les mauvais exemples pour en ériger des principes universels. La démocratie ne s’accommode pas avec la patrimonialisation. Pour moi, la démocratie rime avec indépendance, liberté et souveraineté du peuple.

Pour en revenir à l’actualité nationale, en rejetant les programmes d’ajustement structurels (PAS), comment allez- vous trouver les financements nécessaires pour les investissements ? Allez- vous mettre l’accent sur les impôts ?

Le développement participatif endogène suppose que l’on doit compter sur soi-même. Les mécanismes des mobilisations des ressources sont d’abord internes. L’autoajustement fait pendant la Révolution ne rejetait pas systématiquement les PAS. Ce que la Révolution a rejeté, ce sont les diktats. Qu’on leur impose par exemple dans l’enseignement, un taux donné avec un financement en conséquence, et tant pis pour la qualité. Cela, il faut avoir le courage de le dire : “Nous n’en voulons pas” . Il faut trouver l’argent où il est.

Où alors ?

A Ouaga 2000 (rires). Il faut éviter que des gens pillent ce pays.

Que pensez-vous de la politique africaine de la France qui déroule le tapis rouge à des présidents comme Paul Biya ?

Ce sont les intérêts de la France et tant pis pour le peuple camerounais. Aujourd’hui, les Français sont prêts à mettre le feu dans un pays s’ils doivent protéger leurs intérêts. On l’a vu avec Total.

Vous est-il arrivé de regretter votre entrée en politique ?

Oui. Je me renie dans la journée plusieurs fois mais une seule heure fera que je continuerai. Et on se dit après, pourquoi pas. J’ai utilisé l’expression franchir le Rubicon pour dire qu’on ne revient plus en arrière. Le problème, c’est que les enfants sont dégoûtés à un moment donné par la politique parce que par ricochet, ils prennent des coups. Je me suis souvent demandé pourquoi parmi les enfants de Gérard Kango Ouédraogo, il n’y a que mon confrère Gilbert apparemment qui fait de la politique. C’est un sacerdoce. Quand vous franchissez le Rubicon, il n’y a qu’un billet aller ; il n’y a pas de billet retour.

Faites-vous du sport ?

Oui. Un peu de football. Je fais beaucoup plus de marche et du sport de maintien en gymnase.

Source : Le Pays du 14 aout 2009 voir à l’adresse Post Views: 298

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