Par Merneptah Noufou Zougmoré

Pô occupe une place importante dans l’avènement de la Révolution. Pour des raisons diverses Blaise Compaoré avaient tourné le dos à cette cité qui lui a pourtant donné tout. Raison pour laquelle, ils lui ont refusé le passage pendant sa fuite. Cette population n’est pas prêt a oublié le sacrifice qu’elle a fait pour la victoire du 4 Août 1983. Retour sur le lien entre cette ville, les militaires de CNEC et leur emblématique chef, le capitaine Thomas Sankara.

Un jour de 1976, un jeune lieutenant appelé Thomas Sankara débarque à Pô avec une trentaine de soldats. La mission de l’officier et ses militaires est de s’établir dans la cité Kassena et faire de leur caserne un centre d’entraînement commando. Après la guerre de l’Agacher (l’autre nom du conflit frontalier entre la Haute-Volta et le Mali) où Sankara et sa compagnie Baïlo ont fait parlé d’eux, le président Lamizana lui avait confier la tâche de former une troupe d’élite.

La cohabitation au début entre militaires et civils est difficile. Les bidasses en location dans la ville de Pô ont souvent maille à partir avec les bailleurs qui viennent se plaindre au camp auprès de leur patron qui est Thomas Sankara. Après confrontation s’il y a un cumul de dette de loyer, il fait couper chaque mois dans la solde du soldat jusqu’à concurrence du remboursement total de la dette. Pour mettre ses hommes à l’abri de ces situations de dettes qu’ils ont du mal à rembourser, il leur apprend des astuces pour tenir malgré les modestes soldes qu’on leur sert.

Au début de leurs installations, ils n’ont de puits que celui construit par l’UNESCO pour la population. Quand les soldats arrivent pour la corvée de l’eau, ils estiment qu’ils sont prioritaires et ne respectent aucune règle établie pour l’approvisionnement en eau. Un jour, les femmes excédées par cet abus d’autorité décident de leur tenir tête. La nouvelle parvient au commandant du camp. Sankara se déplace au puits et tient un langage de conciliation entre ses bidasses et les femmes. Il assure aux femmes que le puits leur appartient et que désormais les militaires, s’ils veulent de l’eau, doivent se ranger et attendre leur tour comme tout le monde.

Plus tard il vient voir le général Lamizana et obtient une moto-pompe pour le Centre national d’entraînement commando. Une nouvelle bagarre éclate entre un soldat et un civil pendant que Thomas Sankara est en stage à l’extérieur. Son intérimaire un certain Gouba et la délégation qui a quitté Ouagadougou pour la mission des bons offices échouent dans la médiation. Les militaires sont sommés de quitter les maisons qu’ils ont louées en ville. Les femmes refusent de vendre des condiments aux épouses des soldats. La situation est intenable. Quand Sankara revient de stage, la situation rentre dans l’ordre. Il fait organiser un cross entre civils et militaires et fait appeler la place qui a abrité la manifestation : Place « Nemaro », qui veut “entente, en Kassena, la langue locale.

Pendant tout le temps qu’il dirige le CNEC à Pô, civils et militaires vivent en parfaite symbiose. A des occasions de bonheur et de malheur on les retrouve ensemble.  Pendant les travaux champêtres, si le programme est n’est pas trop chargé, certaines personnes âgées bénéficient  des appuis des jeunes soldats dans les champs. Le centre populaire de loisir (CPL) est l’œuvre de la population de Pô avec l’apport des commandos du CNEC.

Sankara et le produit de la pharmacopée Ghanéenne

Pendant la période du commandement de Thomas Sankara au CNEC, un jeune vendeur de produits de la pharmacopée ghanéenne vendait des produits qui guérissaient des maux de ventre. Son nom est Gomgnombou Sidi Abi. Un jour le premier responsable des commandos de Pô achète un produit dénommé « Bonjean » parce qu’il avait mal au ventre. Il avait consulté des spécialistes sans que le mal ne guérisse. En vendant le produit le jeune prit le soin de lui indiquer l’antidote : 3 carreaux du sucre. Mais lors de la prise du produit, Sankara a oublié l’antidote. Après avoir fait plusieurs tours dans les toilettes, il se sent très fatigué. On envoie les militaires cherché le vendeur de « Bonjean ». Quand on peut mettre la main sur lui, il rappelle l’antidote et les choses rentrent dans l’ordre.

Gomgnombou Sidi Abi après la nomination de Thomas Sankara au secrétariat d’État à l’Information faisait partie des premiers correspondants de la Radio nationale dans l’intérieur du pays, sous la supervision de l’Agence voltaïque de presse (AVP), devenue sous la Révolution Agence d’information du Burkina (AIB).  A son mariage à la fin des années 1970, la jeunesse de Pô avec laquelle il entretenait des relations d’amitié forte fait une délégation pour rallier Ouagadougou. Elle assiste au mariage dans une ambiance bon enfant.

Quand Thomas Sankara est nommé secrétaire d’état à l’Information sous le Comité militaire de redressement pour le progrès national (CMRPN), avec la complicité du ROC, l’organisation clandestine à laquelle il appartenait, il se fait remplacer par Blaise Compaoré à la tête du CNEC. Il réunit  les jeunes de Pô en présence du nouveau commandant et leur tient ce langage. « Rien ne va changer dans votre rapport avec les militaires. Celui qui me remplace répond de moi comme je réponds de lui ». Effectivement les relations ont été maintenues.

A l’avènement du 17 Mai 1983, quand Thomas Sankara et Jean Baptiste-Lingani sont emprisonnés par l’aile Droite du Conseil de salut du peuple (CSP) qui a pris le pouvoir, Blaise parvient à s’échapper. Il organise la résistance autour de Sigué Askia Vincent, du lieutenant Gilbert Diendéré, de Tibo Ouédraogo et du sergent-chef Karim Tapsoba qui a été sous la Révolution le régisseur de la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO). Mohammed Maïga journaliste à Afrique Asie, un des soutiens des insurgés, séjourne régulièrement à Pô. Les jeunes de Pô, malgré les réticences de leurs parents, s’engagent aux côté de Blaise Compaoré. Les DCA en provenance de la Libye sont fixées sur les véhicules militaires par un soudeur de Pô. Il s’appelle Honoré Ouédraogo. Le travail est fait sous la supervision de Sigué Vincent. Ce n’est que plusieurs mois après le 4 Août 1983 qu’Honoré a été payé pour le travail que Blaise Compaoré et ses hommes lui avaient demandé.

Le 4 Août 1983, le camp se vide. Le chef des insurgés fait réquisitionner les camions de l’entreprise canadienne Lavalain qui construisait la route Pô Gombousgou pour le transport des soldats à Ouagadougou. La jeunesse se mobilise pour assurer la sécurité du camp pendant l’absence des commandos, jusqu’au triomphe de la Révolution.

Le Missil Band et l’animation musicale à Pô

Pendant son passage au CNEC, Sankara crée un orchestre militaire qui tient en haleine la population de Pô lors des manifestations. L’orchestre est dénommé Missil Band. Les musiciens sont entre autre Siambo Jean, Anandan Dabiré, Bihoun Dofini Roger, le chef Congo et bien d’autres. Ils sont tous militaires. Le commandant du CNEC, lui-même guitariste, met souvent  la main à la pâte. Après l’avènement du 4 Août 1983, Pô est considéré comme le foyer incandescent de la Révolution démocratique et populaire (RDP). Les hôtes de marque sont accueillis à Pô. Le président John Jerry Rawlings du Ghana est accueilli plusieurs fois dans la cité Kassena, le guide libyen Mouammar Kadhafi également. Les amis de la Révolution qui viennent au Burkina Faso veulent visiter Pô. Le foyer commando qui accueille le grand monde qui afflue à Pô est rebaptisé. Il s’appelle désormais Commando Woro, Woro en Kassena veut dire l’ombre. La signification est l’ombre pour le repos du commando.

Quand la situation commence à se dégrader au sommet de l’État et que la rumeur l’amplifie, la jeunesse de Pô invite Thomas Sankara dans la capitale de la province du Nahouri pour comprendre ce qu’il y a exactement entre lui et son ami Blaise Compaoré. Sankara botte en touche et affirme qu’il n’y a rien de grave. Il remonte le moral des jeunes et retourne à Ouagadougou. C’est dans la consternation que ces jeunes enthousiastes résolument engagés dans la Révolution ont accueilli l’assassinat de leur idole le 15 Octobre 1987. Le Front populaire a travaillé à des retournements de vestes mais certains sont restés dignes. Aujourd’hui ces jeunes d’hier ont pris de l’âge mais à les écouter, la période révolutionnaire a été la période la plus faste de leur vie.

Merneptah Noufou Zougmoré


Gomgnimbou Apekira

L’homme qui ne jure que par Thomas Sankara

Gomgnimbou Apekira est un acteur de la Révolution à Pô. Sous le Conseil national de la Révolution (CNR) c’est lui qui traduisait le discours du président Thomas Sankara en Kassena. Véritable autodidacte, il s’est engagé pendant les 4 années pour la cause de la Révolution. Après le 15 Octobre 1987, il s’est hiberné parce que ses aspirations n’étaient plus en phase avec celles des nouveaux maîtres du pays. Convaincu qu’il est, même pendant le magistère de Blaise Compaoré, il a toujours accueilli les journalistes à bras ouvert pour leurs expliquer ce qui s’est passé le 17 mai 1983 jusqu’à l’avènement de la RDP. Il leur donne aussi les informations de la période révolutionnaire et n’omet pas d’analyser la situation sous le règne de Blaise Compaoré. Devant l’adversité, ce révolutionnaire a toujours résisté. En octobre 2007, quand le régime a voulu fêté les « 20 ans de démocratie avec Blaise Compaoré ». Pour ne pas se mêler du vacarme, Apekira s’isole le temps que les hagiographes finissent de falsifier l’histoire. Pour l’histoire de la Révolution à Pô la bonne adresse c’est Gomgnimbou Apékira.

MNZ      

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