Cela fait plus de 5 années que l’association « Per a Pace, Pour la Paix » développe, des coopérations, des échanges, des solidarités par des projets pour l’accès à l’eau, la nutrition, l’éducation et la santé pour les populations du Burkina Faso. L’histoire de Thomas Sankara, jeune président de la République n’était pas inconnue, mais c’est surtout au cours de ces diverses initiatives que nous avons appris à connaître l’homme, ses engagements et un peu plus son histoire.

En février dernier et durant plus de 10 jours, l’association a séjourné dans différentes régions du pays pour concrétiser des actions de solidarité[[10 personnes membres de l’association Per a Pace participaient cette année du 8 au 19 février au séjour solidaire qui a vu la réalisation de plusieurs actions dans les communes de Sindou, Pobie, Bori, et Ouagadougou… Réalisation d’un projet d’adduction d’eau dans l’école de Sindou, distribution de 150 moustiquaires pour les enfants en partenariat avec la Ligue de l’Enseignement (France) et l’association Djigouya de Sindou. Construction et équipement d’une plateforme multi fonctionnelle (moulin) en partenariat avec le comité d’entreprise des électriciens et gaziers de France, la CCAS et la coopérative de femme dans le village de Pobie. Distribution de fournitures scolaires et vêtements…]] en partenariat avec des associations locales, des écoles élémentaires et une coopérative de femmes…

Comme à chaque initiative et pour honorer sa mémoire, nous nous rendons au cimetière de Ouagadougou, là où est censé être inhumé Thomas Sankara[[Thomas Sankara, né à Yako le 21décembre 1947. Président de la république du Burkina Faso ancienne Haute Volta du 4 aout 1983 au 15 octobre 1987, jour de son assassinat.]] ancien Président de la République, assassiné le 15 octobre 1987. Encore aujourd’hui, un doute persiste sur le lieu exact où repose son corps et dans cette recherche de la vérité, sa famille et ses amis demandent avec insistance que des tests ADN soient effectués. A la différence de nos précédentes visites, les militaires font la garde à l’entrée du cimetière. Il faut dire que la sépulture est en piteux état et surtout qu’elle a fait dernièrement l’objet d’une profanation.

<media816|embed|center>

Cette année, cela fera 25 ans que Thomas Sankara, le leader africain au franc parlé, aura été assassiné, mais aujourd’hui encore, sa mémoire est bien vivante dans le pays. Il bénéficie d’un important capital de sympathie, d’une autorité peu commune et d’un grand respect pour son action et ses idées, comme nous avons pu le constater à chacun de nos voyages dans le pays. Présent dans les médias, chanté et mis en musique par les artistes, il alimente les conversations, les espoirs d’une jeunesse en quête d’identité et de perspectives. Il représente aujourd’hui une référence, une conscience pour aider à construire une Afrique nouvelle, débarrassée des dictatures et de la Françafrique. Ses discours s’écoutent sur les téléphones portables et sont portés, véhiculés par les réseaux sociaux… Dans cette Afrique en crise, exploitée[[Voir article (Afrique : 50 ans d’indépendances, mais pas la fin des dépendances…) Agoravox janvier 2011]] et en recherche de perspectives, les idées et enseignements de Thomas Sankara sont fédérateurs bien au-delà du pays.

Innovent et dynamique, il a su durant sa courte présidence, engager le pays sur plusieurs fronts. C’est très probablement ce bilan qui lui vaut encore aujourd’hui une telle « aura » dans le pays, mais aussi d’un point de vue international… Lutte contre la corruption, éducation et santé pour tous, émancipation de la femme, interdiction de la polygamie, lutte contre l’excision… Campagne de vaccination sans précédent (polio, rougeole, méningite), lutte contre la désertification, construction de logements sociaux et réhabilitation des quartiers, désenclavement des campagnes, construction de routes et chemins de fer… Construction de barrages pour l’irrigation des terres…. Lutte pour la paix… Sankara avait engagé une politique décidée dans son pays, orientée vers les besoins et pour la satisfaction des populations. Son action montre qu’il se méfiait du pouvoir, de celui que l’on combat et de celui que l’on peut avoir soi-même.

Peu de temps avant d’être assassiné, Thomas Sankara, déclarait lors d’une conférence organisée par l’Union Africaine à Addis Abeba[[Discours sur la dette des pays africains lors du sommet de l’Organisation de l’Union Africaine (OUA) à Addis Abeba le 29 juillet 1987 peu de temps avant sa mort.]] « Nous devons accepter de vivre africains, c’est la seule manière de vivre libre ». Ce discours novateur, courageux et plein de bon sens, incitait déjà à l’époque les dirigeants du continent africain à refuser l’injustice, la pauvreté, la spirale infernale de la dette imposée par les grandes puissances.

A la lumière des événements aujourd’hui, du poids de la dette dans la situation de nombreux pays, y compris aujourd’hui en Europe, cette intervention constitue une référence historique, mais aussi un certain courage et une vision politique hors du commun. Incontestablement, l’homme politique aura marqué par l’ampleur de ses actions au plan national et international durant les 4 années de présidence à la tête du pays.

Depuis 25 ans, date de son assassinat, des voix s’élèvent pour demander la vérité sur sa mort. En avril 2006, le comité des Droits de l’Homme de l’ONU s’était emparé du dossier, avant de le clore deux années plus tard sans l’ouverture d’une enquête… Plusieurs procédures judiciaires ont été lancées au Burkina Faso, mais aucune pour l’instant, n’a abouti à faire émerger la vérité.

Justice pour Sankara, justice pour l’Afrique…

En décembre 2009, un collectif d’associations international lançait une nouvelle campagne d’opinion autour d’une pétition On peut trouver et signer la pétition en ligne « Justice pour Sankara, justice pour l’Afrique » réclamant une enquête internationale indépendante et l’ouverture des archives.

En avril 2011, douze députés burkinabés écrivaient aux parlementaires français pour demander cette fois ci l’ouverture d’une enquête parlementaire sur l’assassinat de Thomas Sankara et les liens possibles avec la France. Malgré le soutien de 21 députés français [Source : [http://www.assemblee-nationale.fr], engagés pour cette exigence de vérité, cette demande n’a pas été étudiée par le parlement. A l’approche des élections présidentielles, il faudra maintenant attendre l’élection de la nouvelle assemblée nationale en espérant que celle-ci se décide enfin, à examiner cette question et à prendre des dispositions.

C’est cette absence de réaction du parlement français qui aujourd’hui amène l’association Per a pace à interpeller en Corse les candidats aux prochaines élections législatives, afin de connaître leur opinion sur cette question…Aujourd’hui, en France et en Europe aussi, dans le monde associatif, syndical et politique, des voix s’élèvent pour réclamer cette justice, cette exigence de vérité…

Une vérité, qui peut-être, commencera à pointer le 26 avril prochain au tribunal de Ouagadougou, lors du nouveau procès qui devra examiner « la plainte contre X pour séquestration » déposée en 2002 par l’épouse de l’ancien Président assassiné le 15 octobre 1987.

Jacques Casamarta

Source : http://www.agoravox.fr

LAISSER UN COMMENTAIRE

Saisissez votre commentaire svp!
SVP saisissez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.