Le décès de Didier Ratsiraka le 28 mars 2021, nous donne l’occasion de nous pencher sur cet important dirigeant de Madagascar qui a tenté une expérience progressistes dans son pays. Nous avons fait appel à Jean Claude Rabeherifara, militant progressiste malgache, sociologue qui nous a proposé de publier ce long article publié dans Expériences socialistes en Afrique, (sous le dir. de Francis Arzalier), Le Temps des cerises, 2010. dont on trouveraune présentation à https://www.letempsdescerises.net/?product=experiences-socialistes-en-afrique

La rédaction.


 

Madagascar : Le socialisme ratsirakien entre illusions révolutionnaires et réorganisation néocoloniale par Jean Claude Rabeherifara

 

par Jean-Claude Rabeherifara, sociologue

Le 15 juin 1975, l’accession du capitaine de frégate Didier Ratsiraka au pouvoir à Madagascar entérine un glissement du rapport des forces au sein du Directoire militaire, créé plus tôt, le 11 février 1975 au soir de l’assassinat du colonel Ratsimandrava, et, plus largement, au sein des classes dirigeantes : ce qui permet une manière de recomposition de l’échiquier politique malgache à partir de la question de la conquête d’une indépendance nationale jusque-là non effective. Poussant son avantage dans un contexte de reflux du mouvement populaire depuis les défaites de la révolte paysanne du Sud d’avril 1971 et de l’insurrection de la jeunesse, des travailleurs et des chômeurs en mai 1972, Didier Ratsiraka engage une « révolution socialiste tous azimut » et « par le haut » mais inscrite dans le cours de la « révolution nationale ».

 Discours-programme de Didier Ratsiraka arrivé au pouvoir, la Charte de la révolution socialiste tous azimut[1], populairement désignée Ny Boky Mena (« Le Livre rouge »), énonce d’emblée et sans détours que :

« La révolution nationale malgache n’est pas le fruit d’une parthénogenèse ; elle prend ses racines dans l’âme malgache, elle est conditionnée (conditions objectives) par son environnement historique (domination coloniale) et géographique (position stratégique).

« La force de notre révolution, les succès de notre lutte de libération contre l’impérialisme, malgré le flux et le reflux de ce dernier, la réussite de l’édification de la société socialiste malgache ne dépendent pas seulement de la volonté, de la conscience des dirigeants et du peuple malgache, mais aussi des facteurs positifs inhérents à la structure même de la société.

« (…) Des Menalamba[2] aux V.V.S[3]. et jusqu’à nos jours un fait est évident : c’est que le peuple malgache n’a jamais accepté le fait colonial. Une tradition séculaire de lutte anticoloniale et anti-impérialiste a formé des générations de nationalistes et de patriotes qui ont fait le sacrifice de leur vie pour sauvegarder la liberté et la souveraineté nationales. Nous, génération d’aujourd’hui, nous ne faillirons pas à cette tradition – ne serait-ce qu’en souvenir du sang versé par nos martyrs. »[4]

Où il est donc d’abord question de « facteurs positifs inhérents à la structure même de la société ».

 Aux sources idéologiques du « socialisme malgache »

Malgré les provenances diverses de ses composantes (du fait de séries de métissages sur des parcours migratoires s’étalant sur plusieurs siècles), l’unité fondamentale des mœurs, celle des modes d’organisation sociale traditionnelle et, surtout, celle de la langue dès une époque très ancienne sont des traits frappants dans la caractérisation du peuple malgache… Unités qui s’opposent à la diversité des types anthropologiques.

 De la solidarité primitive au pouvoir patriarcal

Le substrat culturel malgache semble ainsi se rattacher aux traits caractéristiques de la civilisation pré-aryenne de l’Inde, de l’Indonésie et des îles diverses et éparses de l’espace austronésien :

–     culture des rizières irriguées, domestication du bœuf, usage rudimentaire des métaux, habileté à la navigation ;

–     importance du rôle attaché à la femme et à la filiation en ligne maternelle, organisation résultant des nécessités de la culture irriguée ;

–     animisme, culte des ancêtres etc.

Dans le cadre de la société vazimba (jusqu’au 11ème siècle), les premiers groupes de peuplement de l’île développent des organisations sociales à base de parenté :

–     le raza correspondant à la lignée qui rassemble des individus issus d’un ancêtre commun réel, vivant ou mort. Ses membres habitent un même quartier, cultivent un terrain collectif dans lequel chaque foyer reçoit annuellement une parcelle, élèvent un troupeau collectif et disposent d’un tombeau commun ;

–     le foko correspond au clan : il rassemble plusieurs raza. Les unions matrimoniales ne peuvent se faire dans le même foko. L’esclavage y est inconnu, les différenciations sociales sont minimes. Tout ce qui concerne la vie dans la communauté est collectivement discuté et délibéré au sein du fokonolona (le clan) dont les membres sont censés avoir des droits et obligations mutuelles qui induisent une grande solidarité.

Le passage de la cueillette à une production de biens ébranle cette société vazimba, qui s’apparenterait au « communisme primitif » suggéré par Marx et Engels, en conduisant à la division du travail suivant le sexe et l’âge et en engendrant la domination et l’exploitation des femmes par les hommes et des cadets par les aînés. Des contradictions surviennent au moment de la transmission des biens parentaux. Les richesses de la mère : maison, objets mobiliers, restent dans son foko et vont aux enfants. Ceux du père vont à son clan. Pendant des millénaires, ce furent des outils réduits au minimum. Avec l’élevage, le troupeau appartiendra au père ainsi que les esclaves capturés lors des guerres de clans.

 Tradition historique d’une instance autoritaire « régulatrice »

Cette évolution entraînera la disparition de la société vazimba. Le droit paternel devient prépondérant : à la délibération en commun de tous les membres du foko se substitue l’autorité d’un chef héréditaire, l’Andriana, le seigneur.

L’arrivée de scribes malais islamisés au 14ème siècle s’accompagne de l’introduction de la monnaie d’argent, de l’usage de la balance, des transactions commerciales, des noms des mois lunaires, du travail du fer mais surtout d’une certaine tradition d’organisation étatique ou étatiste, en tout cas autoritaire… C’est l’époque, jusqu’au 18ème siècle, de la création des plus importants royaumes féodaux et de leur concurrence pour contrôler toujours plus d’espaces territoriaux.

Dans un tel contexte, la maîtrise de l’hydraulique a apparemment permis à certaines féodalités de développer la culture du riz en paliers, pour satisfaire les besoins alimentaires de leurs sujets, et des grands travaux d’infrastructure, légitimant par là leur statut de directeur économique, politique, militaire et idéologique, de surcroît de statut divin. Le tout a rendu possible l’instauration d’un gouvernement centralisateur et in fine la prééminence sur les autres royaumes concurrents. On retrouve là les ingrédients de processus que d’aucuns ont tenté de théoriser comme ceux d’un « mode de production asiatique » articulant sur une longue période esclavage et féodalisme

Après avoir unifié les royaumes merina des Hautes-terres en 1803, Andrianampoinimerina (« le seigneur au cœur de l’Imerina ») s’attelle à la conquête du reste de l’île et imprime ainsi de sa marque le processus nécessaire de construction nationale. Son fils et successeur Radama 1er ouvre le pays à l’influence européenne des missions chrétiennes et, grâce au soutien des Britanniques, il est reconnu comme roi de Madagascar.

 Des gauches « tactiques » avant tout

Les gauches politiques malgaches ont beaucoup intégré dans leurs imaginaires et discours cet attelage paradoxal du principe des délibérations collectives des sociétés primitives et du bureaucratisme autoritaire-paternaliste de type « asiatique ». L’instituteur Jean Ralaimongo, un des fondateurs et animateurs de l’éphémère (1936-1938) Parti communiste de la région de Madagascar / Section française de l’Internationale communiste (PCRM/SFIC) n’hésitait pas à faire la synthèse[5] du « communisme » et du mode d’organisation de type fokonolona. D’après un témoignage de Pierre Boiteau cité par l’historien et politologue Solofo Randrianja, le docteur Joseph Ravoahangy, un noble-andriana (plus exactement un Andriamasinavalona) de par son statut, était reçu par les paysans comme un souverain : « il a su allier (…) des éléments d’une tradition politique extérieure à ceux que ses racines et sa naissance lui confèrent ‘naturellement’. Il a traversé avec superbe toutes les épreuves de la vie politique malgache : VVS, il fut un des premiers éléments des noyaux communistes, rédacteur du Prolétariat malgache, membre du bureau national du MDRM[6], il finira à l’indépendance, en 1960, ministre de la Première République malgache »[7].

Sous la colonisation, aucun mouvement politique après le PCRM/SFIC ne s’est apparemment affiché comme « communiste », ni même « socialiste » : des postures tactiques de raison et de sécurisation avant tout, pour ne pas attirer de nouveau la répression coloniale. Issu en partie de groupes d’études communistes[8] qui ralliaient des jeunes des bas-quartiers de Tananarive, le PADESM[9] se développera paradoxalement comme tentative et démarche de regroupement de populations d’ascendance servile ou affranchie puis d’origine du littoral pour, ensemble, faire front contre le MDRM qu’il étiquette merina et désigne même comme une sorte de restaurateur potentiel de la monarchie. Sa dérive crypto-ethniste dans la surenchère qu’il livre face au MDRM pour peser sur l’« indépendance » attendue comme récompense pour la contribution de la colonie à la Seconde guerre mondiale finit par dévoyer le PADESM en allié objectif de l’administration coloniale, loin de ses origines communisantes et gauchistes. Du côté du MDRM, nombreux sont les membres passés par le Secours Rouge International et le PCRM : indépendantisme et actions « communistes » peuvent ainsi s’articuler discrètement. Après l’insurrection de 1947 et la répression contre le peuple malgache et son mouvement d’émancipation, cette articulation se fait autour de revendications sociales et économiques (salaires, ravitaillement etc.) par l’intermédiaire des syndicats. Le journal communisant Tenimiera écrira : « Établissons un syndicat dans chaque village et créons des coopératives, car c’est par ces associations que nos intérêts peuvent être défendus ».

L’indépendance formelle octroyée en 1960, après le référendum de 1958, comme solution à la crise du colonialisme met au pouvoir le PSD[10] ou Parti social-démocrate de Madagascar, héritier « recentré » du PADESM, et dans l’opposition l’AKFM[11] ou Parti du congrès de l’Indépendance de Madagascar puis le MONIMA[12] ou Mouvement national pour l’Indépendance de Madagascar, tous deux se légitimant de membres figures historiques du nationalisme des années MDRM voire d’avant. Chacun de ces trois partis majeurs de la Première république (même s’ils sont de tailles inégales) a son « socialisme ». Parti de notables et au pouvoir depuis l’indépendance, le PSD se réfère à l’Internationale socialiste dont il est membre. L’AKFM revendique, en posture d’opposant parlementaire, le « socialisme scientifique » tandis que le MONIMA parle, lui, de « socialisme national ».

La marche d’une révolution

C’est dans le registre des imaginaires récurrents des gauches politiques traditionnelles malgaches que le Boky Mena de Didier Ratsiraka[13], constamment articulé à un grand programme d’« éducation idéologique » de type stalinien, s’est calé. Au-delà du verbiage idéologique, on y décèle une lucide prise en compte :

  • des termes de la crise du procès néocolonial à Madagascar, d’une part, et
  • de la double-défaite (avril 1971 et mai 1972) que le mouvement populaire venait de subir, d’autre part.

 Les termes initiaux de la crise du néocolonialisme

Déficit permanent de la balance commerciale (7 milliards de francs malgaches – fmg – en 1970, 18 en 1971, 10 en 1972)[14], dette extérieure de 116 millions de dollars, assujettissement financier et monétaire à la zone franc (avec, en particulier, la libre transférabilité des capitaux), PIB absolument léthargique, sous-développement généralisé de l’économie, déséquilibres régionaux : tels sont les traits principaux de la situation économique léguée par le régime pro-impérialiste de Tsiranana aux régimes militaires à partir de 1972. L’intégration de l’économie malgache des années soixante dans le marché mondial se fait surtout à travers le renforcement de l’import-export par l’établissement de liaisons entre la production et le commerce. Mais le poids des firmes étrangères sur cette économie en transition capitaliste fait que cette intégration est avant tout une extraversion marquée par une dégradation incessante des termes de l’échange (de l’ordre de 30%).

Cette extraversion de l’économie limite sérieusement la création d’emplois. Ajoutée à la pression fiscale, elle provoque une dégradation du pouvoir d’achat de la majorité de la population (blocage du relèvement des salaires, chute des revenus paysans etc.). La monétarisation de la production lignagère-villageoise et la paupérisation des campagnes poussent à l’exode rural les couches paysannes les plus vulnérables.

Au mécontentement de la paysannerie qui culmine avec l’insurrection paysanne, sauvagement réprimée d’avril 1971, dans le Sud de l’île, s’ajoute la grogne de la petite-bourgeoisie urbaine : dans le cadre d’une économie stagnante, le régime PSD se trouve dans l’impossibilité de satisfaire les aspirations des couches bourgeoises et petite-bourgeoises qui ne lui sont pas acquises, en leur redistribuant des miettes de profit ou du pouvoir sous forme d’un élargissement du marché ou de la classe dirigeante.

Il faut cependant remarquer que s’il y a un point sur lequel le régime PSD est à la hauteur de sa tâche, c’est bien celui de réussir à empêcher toute dynamique unitaire ville-campagne : il assure relativement la « paix sociale » dans les villes et dans les entreprises au détriment des campagnes en maintenant artificiellement le pouvoir d’achat des salariés urbains : tout comme en 1957, le syndicalisme réformiste d’opposition, impliqué dans les stratégies de conquête du pouvoir des fractions minoritaires de la classe politique auxquelles il se rattache, détourne de toute issue politique les luttes pour le maintien du pouvoir d’achat.

 Avril 1971 et mai 1972 : moments exacerbés mais contrariés d’une révolution atypique

La révolte paysanne d’avril 1971 ne peut objectivement avoir un véritable relai ouvrier et urbain. De même, le mouvement de mai 1972, parti d’une grève scolaire et universitaire qui s’est radicalisée, se fait, dans sa phase montante, par l’exclusion de la paysannerie ; toutefois, l’empreinte ouvrière dans ce mouvement reste limitée : mai 1972 exprime surtout le déferlement de la petite-bourgeoisie urbaine.

L’aile marchante du mouvement de mai 1972 est constituée des étudiants et lycéens, d’une part, et des chômeurs zoam[15] des faubourgs des villes qui comprennent pêle-mêle des produits de l’exode rural et des déchets de l’institution scolaire, d’autre part. Les gros bataillons de travailleurs sont alors désorientés par les appels au calme et à la négociation lancés par les directions syndicales réformistes et l’opposition parlementaire de gauche (AKFM) ; passant outre ces appels, ils se joignent, sur le tard, en ordres spontanés et dispersés, aux étudiants et zoam. Si l’entrée en scène des zoam radicalise le mouvement, le ralliement des travailleurs est déterminant pour contraindre l’ensemble des syndicats à appeler à la grève générale du 15 mai et pour faire chuter le gouvernement PSD. Il reste cependant que le poids effectif des collectifs de travailleurs dans les KIM[16] (coordinations paritaires « étudiants/travailleurs/et, par la suite, paysans ») est à l’image de la faiblesse structurelle de la classe ouvrière à Madagascar. L’identité ouvrière potentielle est noyée dans le marais des différents courants des KIM allant de l’ultra-gauchisme à l’ultranationalisme en passant par les multiples nuances de l’apolitisme petit-bourgeois et du tribalisme.

L’organisation du mouvement de mai 1972 et la constitution des KIM (qui sont loin d’être des soviets d’ouvriers, de paysans et de soldats) représentent pour la jeunesse et les travailleurs malgaches une expérience sans précédent d’exercice de la démocratie dans les luttes. Portés par un puissant mouvement social de masse, les KIM réussissent à obtenir satisfaction sur les revendications immédiates (dissolution du gouvernement, dissolution du corps répressif spécial des Forces républicaines de sécurité – FRS, libération des emprisonnés, paiement des jours de grève etc.). En donnant comme perspective politique la tenue d’un Congrès national populaire constituant, les KIM se posent en alternative au pouvoir et, du coup, touchent au point sensible dans les rapports de forces avec l’impérialisme.

L’arrivée des militaires au pouvoir le 18 mai 1972 marque le début du reflux du mouvement. Le Congrès appelé par les KIM n’aura lieu qu’en septembre et dans une ambiance de baroud d’honneur. Le pouvoir militaire réussit, entretemps, à s’imposer comme seule alternative d’unité nationale à un retour du PSD et marginalise le Congrès-KIM par l’organisation d’un référendum-plébiscite et par la création de ses propres comités de soutien : la force du gouvernement du général Ramanantsoa est de réussir, d’une part, à ressouder le front de la bourgeoisie en ralliant les fractions exclues du pouvoir par le PSD et, d’autre part, à doubler le mouvement populaire tout en composant avec lui en prenant des initiatives populistes (libération des détenus politiques, programme nationaliste, augmentation des salaires, mesures anti-ostentatoires, suppression de l’impôt de capitation et de l’impôt sur le bétail etc.).

 De la défaite révolutionnaire à l’avènement du ratsirakisme

Les revendications de mai 1972 prennent très vite un caractère conservateur sur certains points essentiels ; des thèmes radicaux sur la démocratisation et la malgachisation de l’enseignement, sur la destruction de l’appareil d’Etat néocolonial et sur la défense active des entreprises et du territoire, on revient vite, avec le reflux du mouvement, aux vieux thèmes nationalistes, moralistes (« Changer les mentalités ! ») et technocratiques (« Davantage de pouvoir à l’élite ! ») et aux mythes de l’apolitisme. Ce conservatisme sert de ciment aux « couches moyennes » de la capitale et des villes de province. Le renvoi des troupes françaises, le retrait de la zone franc et la nationalisation des propriétés coloniales restent les seuls mots d’ordre radicaux incontournables de la plateforme qui rassemble différentes sensibilités dans les KIM.

 Reflux résistible du mouvement populaire

La reprise en main impérialiste a pris du temps à vraiment se dessiner. Certes, le mouvement populaire a déjà été dépossédé de sa victoire par l’installation de l’armée au pouvoir, le 18 mai 1972, après quatre jours d’émeutes et une grève générale. Mais le reflux de ce mouvement a été exceptionnellement lent, donnant même lieu, sur plusieurs années, à des sursauts localisés.

Paradoxalement, les luttes ouvrières et paysannes se radicalisent en de nombreux points de l’île alors que le mouvement de mai s’enfonce dans cette phase de reflux. Des collectifs se dressent contre les colons dans beaucoup de régions : la question agraire est au centre de ces mobilisations. Des grèves ouvrières dures et longues éclatent à Fort-Dauphin, Amboanio, Manakara, Tananarive etc. contre les conditions de travail, contre les licenciements et contre l’autoritarisme ; la revendication du contrôle ouvrier est souvent avancée confusément et avec le soutien de la gauche radicale (principalement, le MFM[17]) issue de mai 1972 : les travailleurs n’acceptent pas de faire les frais d’une asphyxie de l’économie malgache organisée par l’impérialisme français.

Pour les ouvriers et les paysans, tout se passe comme si une chape de plomb avait sauté avec mai 1972 : rien ne serait plus comme avant et il leur reviendrait de prendre en charge eux-mêmes leurs luttes. Pour les ouvriers, plus particulièrement, mai 1972 a montré qu’il était possible de s’organiser autrement quand le syndicalisme existant n’était pas en mesure d’assumer ses responsabilités et qu’il était possible pour la base de mettre les directions syndicales devant le fait accompli et de les sommer de s’y aligner.

L’auto-organisation ouvrière se retrouve isolée et s’essouffle avec le début du recentrage par vagues (entre 1973 et 1975) des différentes composantes principales de l’extrême-gauche qui « théorisent » l’une après l’autre la nécessité d’intégrer l’appareil d’Etat pour « concrétiser les acquis de mai 1972 ».

Confiscation de la révolution

La reprise en main syndicale ouvre la voie à une prise en charge récupératrice des revendications ouvrières par des fractions de la classe politique. On assiste encore, en 1975-1976, à des mobilisations ouvrières où des éléments significatifs d’auto-organisation se mêlent à la manipulation politicienne avec le cours ultragauche du MFM qui soutient le régime Ratsiraka tout en essayant de le déborder par des manifestations « exemplaires » mais sectaires et parfois minoritaires. L’intégration définitive du MFM, en 1977, marque la fin de la période où les travailleurs arrivaient à dérouter les états-majors politiques et syndicaux par leur capacité d’auto-organisation et de radicalisation.

Désormais, les luttes ouvrières, quand bien même elles commencent par une phase d’auto-organisation, n’échappent plus à la mainmise des appareils syndicaux et des fractions politiques qu’ils représentent. Elles servent de plus en plus de faire-valoir sur l’échiquier politique pour les groupes qui les parrainent et les contrôlent dans un contexte où l’émiettement des organisations syndicales et leur dépendance envers les partis politiques et le pouvoir sont devenus obligatoires et institutionnels. En effet, l’Etat est plus que jamais devenu l’autorité syndicale et les appareils syndicaux sont des prolongements des partis pro-gouvernementaux et donc du pouvoir dans les entreprises. Par ailleurs, pour le pouvoir, les concessions et entreprises coloniales d’envergure ayant été nationalisées depuis 1975, l’intégration à l’Etat des organisations de travailleurs transforme le syndicalisme revendicatif en syndicalisme de « participation ». Ainsi, les syndicats pro-gouvernementaux sont seuls autorisés par la DIFASO[18] à avoir une existence légale et à présenter des candidats aux élections professionnelles dans les sociétés d’Etat : ils ont pour rôle d’« avancer des propositions constructives et encadrer les travailleurs dans le sens de la conciliation de leurs intérêts et de ceux des entreprises », c’est-à-dire de l’Etat.

Cette politique de contrôle syndical qui est une réussite exemplaire dans son genre procède du verrouillage du champ politique mis en œuvre à partir de 1975 par le régime Ratsiraka. Aucun des gouvernements militaires (« Ramanantsoa », « Ratsimandrava », Directoire) qui ont successivement exercé entre 1972 et 1975 n’a réussi à unifier durablement les classes dirigeantes malgaches, c’est-à-dire à engranger ce qui pouvait être un acquis pour l’ensemble de la bourgeoisie dans l’ébranlement du rapport des forces entre les masses et l’impérialisme.

L’Etat ratsirakien

La particularité et la force du régime Ratsiraka sont d’avoir cherché à imposer en 1975 un consensus institutionnel autour de sa personne, en tant que leader et au sein de l’appareil d’Etat élargi à d’autres secteurs de la petite-bourgeoisie. Il a réussi dans ce sens en pratiquant une politique d’équilibre ethnique et régional et de décentralisation administrative, une politique d’intégration systématique au pouvoir et au FNDR[19] des partis légaux (et donc de leurs prolongements syndicaux éventuels) constitués avant 1975, hormis le PSD[20], et par une politique de contrôle syndical.

 Des mesures anti-impérialistes inaugurales aux transformations ciblées de rapports sociaux

Le nouvel emblême révolutionnaire de Madagascar est significatif : l’étoile socialiste, l’angady (la bêche), le fusil et la plume représentent respectivement les trois piliers de la révolution nationale et démocratique à savoir la paysannerie, l’armée populaire et les travailleurs intellectuels progressistes. Plus encore, l’avènement du pouvoir socialiste est marqué par l’annonce et la mise en œuvre de mesures anti-impérialistes symboliques. Le 17 juin 1975, les banques, les compagnies d’assurance et les entreprises du secteur du cinéma sont nationalisées. Parmi les banques ainsi nationalisées, la Banque industrielle et commerciale de Madagascar (filiale de la Banque nationale du commerce et de l’industrie de l’Océan Indien, filiale elle-même de la Banque nationale de Paris, BNP) ; la Banque commerciale de Madagascar (filiale de la Société générale) ; et la Banque malgache d’escompte et de crédit (BAMES).[21] De même, toutes les compagnies d’assurance sont nationalisées. Un train de nationalisations d’entreprises stratégiques et de sociétés coloniales suivra.

La diplomatie « tous azimut » que Ratsiraka a initiée quand il était ministre des Affaires étrangères (1972-1975) et qui a été caractérisée par les ruptures claires avec Israël et l’Afrique du Sud et le soutien aux mouvements de libération mais aussi par l’ouverture sur les pays socialistes : l’URSS et ses alliés du COMECON, la République populaire de Chine, Cuba, le Vietnam, la Corée du Nord… avec lesquels Madagascar développe désormais des accords de coopération est amplifiée par le nouveau régime : poursuite de la politique générale active de non-alignement, reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique etc.

Plus tard, une restructuration politique, sociale et économique par la mise en place du Plan national de développement socialiste est engagée par l’intermédiaire des « collectivités (territoriales) décentralisées » des différents échelons du bas vers le haut (fokontany, firaisam-pokontany, fivondronam-pokontany, faritany) : politique sociale au profit des larges masses en matière de santé publique, de scolarisation et d’éducation, politique culturelle valorisant le patrimoine national, réforme agraire conséquente dans un pays où l’immense majorité paysanne représente plus de 85% de la population, implantation de coopératives socialistes, création de banques rurales, réorganisation du ravitaillement et de la collecte des produits, restructuration d’un secteur d’Etat de plus en plus important socialement et économiquement et base du développement d’une classe ouvrière solide etc.

Fokonolona socialistes et armée nationale populaire

On assiste ensuite et très vite à la mise en place des structures du nouveau pouvoir. La réforme des fokonolona développée depuis 1972-1973 par le défunt colonel Ratsimandrava, ministre de l’Intérieur du général Ramanantsoa puis éphémère chef de l’Etat, voulait par-dessus tout doter de pouvoirs essentiels ces unités a priori politiquement inexpérimentées et économiquement trop petites. Didier Ratsiraka lui substitue dans son Boky mena une politique de réforme dirigiste des structures rurales et périphériques : la décentralisation ratsirakienne, conséquence implicite malgré tout de la réforme des fokonolona, s’inscrit ainsi dans un ensemble plus large de réformes comprenant la création d’une armée populaire, la planification économique et l’établissement d’une constitution d’Etat de type révolutionnaire. Le 20 mars 1977 commence la série d’élections pour fournir les comités et conseils mandataires (en théorie, tous révocables par leur « base ») des citoyens dans les instances du nouvel Etat révolutionnaire du fokontany à l’Assemblée nationale : le pouvoir populaire devient ainsi une réalité.

Dans le système originel ratsirakien l’armée populaire rebaptisée en 1976 « armée de développement », après que différents corps militaires (gendarmerie, armée de terre, service civique etc.) la composant ont pu être restructurés et unifiés, est censée « faire marcher les fokonolona ». Cette « Armée populaire » a « comme mission d’aider au développement du pays, en remplissant le rôle de police dévolu à l’ancienne gendarmerie nationale, en dirigeant les travaux agronomiques, la construction de routes etc., en encadrant les populations rurales dans le Plan économique de développement, en aidant les organisations (…) créées pour faire le travail de formation idéologique dans les campagnes. Cette ‘Armée populaire’ jouerait donc un rôle de premier plan et sa parenté avec le modèle chinois est nette. La nouvelle ‘Armée populaire’ éduquerait, organiserait et dirigerait les paysans et serait, à la base, la coordinatrice du plan national de développement »[22].

Verrouillage du champ politique par le haut

L’exécutif central est dirigé par un président élu pour sept ans au suffrage universel et disposant des pleins pouvoirs. Le Conseil suprême de la révolution (ou CSR), composé pour les deux-tiers de membres nommés par le président et pour le tiers restant de personnalités choisies sur une liste proposée par l’Assemblée nationale populaire (ou ANP), l’assiste dans la conception, l’orientation et le contrôle de la politique de l’Etat. Le président nomme un premier-ministre (membre de droit du CSR) et un gouvernement pour mettre en œuvre sa politique et préside les travaux du CSR et du Conseil des ministres.

Le pouvoir législatif est exercé par l’Assemblée nationale populaire (ou ANP) dont les députés sont élus pour cinq ans au suffrage universel direct. Ceux-ci ne peuvent déposer des projets de loi qui ne cadreraient pas avec la Charte de la révolution socialiste. Ils pourront toutefois mettre en minorité le gouvernement par deux-tiers des voix si ce dernier met en jeu sa responsabilité.

Le pouvoir judiciaire est exercé par des juges professionnels ou élus. À l’échelon des fokonolona pourront se constituer des tribunaux « populaires ». Les magistrats de la Cour suprême seront élus par l’Assemblée nationale populaire. Il est prévu de mettre en place une Haute cour de Justice et une Haute cour constitutionnelle.

Par ce dispositif de verrouillage du champ politique, l’Etat « révolutionnaire » intervient pour stabiliser les rapports de forces entre, d’une part, le capital étranger et la bourgeoisie nationale (dont l’atrophie historique a été concrètement rendue irréversible par le fait colonial) et, d’autre part, entre les différents secteurs de celle-ci. L’intervention de l’Etat vise, dans cette optique, à ce que les petites et moyennes entreprises – éventuellement associées au capital étranger dans des systèmes de joint-venture, précisera-t-on au début des années 1980 – constituent à terme le tissu économique national. Le contrôle étatique par une cogestion formelle (la DIFASO, op.cit.) dans les sociétés d’Etat est alors indispensable pour garantir la paix sociale dans les entreprises et est justifié idéologiquement par la définition de cette phase-là comme étant celle d’une RND ou révolution nationale et démocratique, anti-impérialiste et antiféodale.

Faillite d’un socialisme administratif

Maints observateurs se sont vivement réjouis des mesures prises à Madagascar quand Ratsiraka était ministre des Affaires étrangères du gouvernement Ramanantsoa, de 1972 à 1975, et depuis qu’il a instauré son régime « socialiste », à savoir, entre autres, la sortie de la zone franc (1973), la nationalisation des banques, des assurances et des entreprises « stratégiques » (1975), la politique volontariste d’investissement à outrance (à partir de 1978). Ils y voyaient la confirmation de leur analyse de la nature « non capitaliste » de ce régime. En 1984 pourtant, l’aggravation du déséquilibre économique et financier, l’extrême misère des masses, rappellent la barbarie léguée par le régime néocolonial du PSD, au pouvoir depuis l’octroi de l’indépendance juridique par Paris, en 1960, jusqu’aux événements de mai 1972.

Une révolution socialiste face à un projet impérialiste

Paradoxalement, l’avènement du pouvoir socialiste à Madagascar, quels qu’en aient été ses déformations congénitales déterminées, a favorisé un type d’ouverture économique qui présente des différences factuelles avec celui qui prévalait sous le régime PSD (1960-1972) et que l’impérialisme va forcément investir tant qu’il n’y a pas « fermeture des frontières » et autarcie. L’épicentre des investissements occidentaux quitte à cette période l’agriculture pour se focaliser sur le domaine « industriel » : l’agriculture doit assurer l’autosuffisance en matière alimentaire courante par ses moyens propres et, subsidiairement, avec l’aide de l’Etat. L’industrialisation que voudra l’impérialisme va au-delà de la simple substitution aux importations.

Le projet de l’impérialisme consiste, au moment de la révolution « socialiste » ratsirakienne à Madagascar, à délocaliser dans le « tiers-monde » la technologie qui a servi jusque-là dans les « centres » et qui en est alors chassée par les reconversions industrielles pour des raisons de rentabilisation et de rationalisation économiques. Il s’agissait, en quelque sorte, d’un petit Plan Marshall pour pays du « tiers-monde » soutenu par la constitution et le développement de plusieurs marchés régionaux (Afrique de l’Ouest, Afrique de l’Est, Pacifique, Caraïbes, Asie du Sud-Est etc.).

Madagascar devait connaître, sur la base de cette dynamique, une industrialisation partielle à moyen terme. Il se serait alors agi d’une phase nouvelle dans la transition capitaliste. Le contenu définitif de cette industrialisation aurait dépendu de la capacité de la bourgeoisie nationale malgache à défendre effectivement sa marge de manœuvre, à s’investir et à investir dans les secteurs productifs et à ne pas se limiter à sous-traiter pour des firmes étrangères, même si une relative accentuation du développement inégal et combiné pouvait persister selon la capacité qu’aurait eue le régime à « faire bouger la campagne ».

Une débâcle économique

Dans l’agriculture – qui occupe 85% de la population et intervient pour 40% du PNB et pour 80% des recettes d’exportation –, la croissance de la production a considérablement chuté depuis 1975, jusqu’à se chiffrer vers 1985 à 0,6% par an. À l’origine de cette catastrophe, les coups d’arrêt vite donnés par le régime militaire à la réforme agraire déjà très limitée dans ses objectifs et à la politique de mise en place de coopératives dans la paysannerie, politique qui a en grande partie tourné au clientélisme, d’une part, subi les effets du bureaucratisme et de la corruption caractérisant les sociétés d’Etat chargées de la collecte des produits, d’autre part, sans compter les coups portés par la chute des cours sur le marché mondial.

Concrètement, on a assisté à une baisse des exportations agricoles (café, vanille, girofle) et à une augmentation des importations de riz. Ces dernières sont passées, de 1978 à 1982, de 180 000 tonnes à presque 350 000 tonnes, soit l’équivalent de 700 000 millions FMG de l’époque, soit 3,7% du PNB, parce que le tonnage de riz collecté a constamment chuté (222 115 tonnes en 1979, 107 946 en 1983). En somme, l’excédent de la balance commerciale agricole, qui était de 6,5% du PNB en 1981, est tombé à 2,4% en 1982. D’un autre côté, l’indice de la production industrielle, après avoir stagné de 1974 à 1978, puis avoir commencé à chuter en 1979 (115,7) descend, à partir de 1981, au-dessous de l’indice de base de 1970 (100). Les difficultés d’approvisionnement en matières premières et en pièces détachées dues au déficit de la balance des paiements n’expliquent pas tout. Il y a aussi la corruption et la gabegie généralisées dans la gestion des entreprises nationalisées.

Le taux d’utilisation de la capacité de production a enregistré, de 1979 à 1981, une baisse de 15% (de 75% à 60%). Même l’industrie textile comportant, entre autres, trois complexes modernes employant à l’époque au total 10 000 travailleurs, a enregistré une baisse de 15% de sa production à partir de 1981. L’exemple de la Brasserie STAR, dont la production de bière et de boissons gazeuses a notamment baissé en 1982, illustre encore mieux cette incapacité. Les matières importées par cette usine, à savoir le malte, le sucre, la farine, les pièces détachées, les bouteilles, le gazole etc. n’ont pu être achetées entre décembre 1981 et avril 1982, que pour l’équivalent de 190 millions de fmg de sorties de devises autorisées, alors qu’il en aurait fallu 800 millions au minimum.

La mise au chômage technique est devenue le lot commun des entreprises. Ainsi, des entreprises d’Etat, comme la fabrique de sacs de jute FITIM de Mahajanga (1 000 travailleurs) et les constructions navales SECREN d’Antsiranana, mais aussi les entreprises privées comme la Savonnerie tropicale (licenciement de 150 ouvriers sur un effectif de 400 en 1985) fonctionnent à moins de 30% de leur capacité. Par ailleurs, des usines nouvelles démagogiquement installées en 1982 pour servir de thème de propagande lors de la campagne pour les élections présidentielles, se sont révélé être des « éléphants blancs ».

L’exode rural massif lié à la misère des campagnes, une « bidonvillisation » accélérée des villes (la capitale, Antananarivo, avec sa périphérie immédiate, compte en 1985 presqu’un million d’habitants alors que, au milieu des années soixante dix, elle en comptait moins de 500 000) et le développement du chômage urbain s’ajoutent à la pénurie des produits de première nécessité et à une augmentation annuelle de 20% à 30% des prix depuis 1979.

Le PNB par habitant, qui était à Madagascar de 1 650 FF en 1982, a connu une baisse annuelle régulière de 1,6%. Il s’est confirmé juste après que le revenu réel par habitant était à la limite du seuil de pauvreté. D’ailleurs la FAO, organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture, signalait des cas de famine dès 1982.

La fameuse politique volontariste d’« investissement à outrance », inaugurée en 1978 – c’est-à-dire au moment où la balance des paiements était à son minimum de 0,2% – et qui visait à satisfaire les clientèles de notables ethniques et régionaux du régime, a vite provoqué, dès 1979, un accroissement très significatif du déficit des finances publiques et une dégradation très accélérée de la balance des paiements courants. En 1985, évaluée à 1,56 milliards de dollars, la dette publique malgache représente alors déjà 55% du PNB. La situation de cessation de paiement intervient dès 1981 et, dans sa foulée, est ébauchée l’ouverture au capital impérialiste associée à l’acceptation d’une série d’accords de confirmation de prêts avec le FMI.

Accords avec le FMI et rééchelonnement des dettes pour la survie d’un régime

Le premier accord de confirmation date de juin 1980 et a porté sur 64,5 millions de dollars en droits de tirages spéciaux (DTS)[23]. Il a avorté très vite pour non réalisation du programme, côté malgache. Le régime Ratsiraka n’ose pas, à ce moment-là, prendre le tournant « libéral » d’une manière trop tranchée, certaines de ses composantes, comme l’AKFM et le MFM étant encore très réservées, d’autres étant formellement hostiles, comme le MONIMA, nouvellement réintégré au Front national.

Le deuxième accord, portant sur 109 millions de DTS date d’avril 1981. Du type de celui qui a contribué à faire tomber le gouvernement de gauche de Michael Manley en Jamaïque, en 1980, il préconisait la compression stricte des dépenses budgétaires, la restriction du crédit, une limitation des hausses salariales, un relèvement des prix agricoles et une dévaluation de 15% du franc malgache.

Le troisième accord, d’un montant de 72 millions de DTS (dont 21 de financement compensatoire) appliqué en 1982 était encore plus agressif, puisqu’il préconisait, outre le plan de stabilisation, de nouvelles limites au déficit budgétaire, la suppression des subventions étatiques aux produits de première nécessité, la limitation des hausses salariales à 4,5% par an, une deuxième dévaluation de 15% du franc malgache, la non création des 6 000 emplois prévus pour cette année-là (par démagogie électorale), l’encadrement du crédit et le renouvellement des taux d’intérêts (le taux d’escompte passant de 8 à 12,5%), la limitation des nouveaux emprunts extérieurs et la réduction des arriérés de paiement.

Cette politique d’austérité, le gouvernement « révolutionnaire » malgache s’est empressé de l’appliquer bien avant la conclusion de l’accord, pour montrer sa volonté d’allégeance vis-à-vis de ses créanciers. Et, en mars 1982, il décide une hausse de 87% du prix du riz, de plus de 100% pour la farine, de 80% pour le pain etc. Ajoutées aux problèmes de ravitaillement et à l’agitation scolaire et estudiantine inhérente à la faillite patente du système éducatif « idéologisé » de façon caricaturale et privé de moyens, ces mesures impopulaires ont immédiatement provoqué des mobilisations massives de protestation, durement réprimées dans plusieurs villes dont Antsiranana et Nosy-Be. Ni le MFM ni le MONIMA, orientés tous deux par une politique de soutien au régime, mais qui étaient plus ou moins impliqués dans ces manifestations, n’ont voulu ni su les capitaliser. La direction du MFM a pratiquement désavoué le mouvement (soi-disant manipulé par l’Afrique du Sud !) et ses militants qui y avaient participé furent condamnés à des peines d’emprisonnement, tandis que le MONIMA ne présenta qu’une alternative confuse aux diktats du FMI et sombra dans des alliances électorales plus que louches avec l’opposition de droite PSD.

La ratification des accords de confirmation avec le FMI aura permis au régime « socialiste » ratsirakiste d’obtenir auprès de ses créanciers le rééchelonnement de ses dettes à court terme :

  • le Club de Londres[24] a accordé un délai de six ans, avec deux ans de différé (1983 et 1984), pour 110 millions de dollars de dettes à court terme, et de huit ans, toujours avec le même différé de deux ans, pour 60 millions de dettes à moyen terme ;
  • le Club de Paris a échelonné sur 11 ans, avec cinq ans de différé, les 160 millions de dollars de dettes malgaches à son égard.

Après déductions, les dettes à long terme du gouvernement malgache se chiffrent à ce moment à 1,23 milliards de dollars, ce qui déjà représente dix fois le montant de l’ensemble de la dette publique malgache en 1972.

On le voit, le rôle du FMI dans le processus qui a mené à la situation de 1982-1983 a été capital. En appliquant sa médecine déflationniste, il forçait les classes dirigeantes à limiter quelque peu leur gabegie mais, dans le même temps, il leur donnait sa caution auprès de leurs créanciers. Les diktats du FMI, loin d’être cet épouvantail que Ratsiraka et consorts confortés par leurs délires idéologiques[25] agitaient alors pour se justifier devant les « masses », sont véritablement une perche tendue aux classes dirigeantes pour la sauvegarde de l’Etat néocolonial. C’est là une constante de la politique du FMI, en tant que coordinateur du refinancement des débiteurs en difficulté car, dans l’esprit des experts du FMI, « étrangler un débiteur par des coûts financiers trop élevés est dangereux ».

Dynamique de réorganisation du procès néocolonial

À partir de l’application de la médecine du FMI et des négociations pour le rééchelonnement des dettes, c’est tout un tournant « libéral », en tout cas de reniement du « socialisme », que le régime ratsirakiste prend en 1982-1983. Il s’agit d’une évolution pour se conformer à la dynamique de réorganisation du procès néocolonial déjà mis en route depuis les années 1970 dans quelques anciennes colonies (Sénégal, Zaïre, Cameroun, Côte-d’Ivoire) : les impérialistes veulent rentabiliser leur « aide » et souffrent des faibles disponibilités financières des pays dominés, notamment d’Afrique noire.

Madagascar, fleuron du néocolonialisme français en Afrique dans les années 1960 par le biais du régime pro-impérialiste de Tsiranana, est devenu un pays à très hauts risques pour les investissements étrangers à partir de 1972, en raison de la vivacité du mouvement des masses et du début d’une structuration d’une gauche anti-impérialiste de nouvelle génération – en l’occurrence la constitution du MFM – et de la politique du régime. Ce pays est resté structurellement une néo-colonie, mais, pour des raisons politiques, il est substantiellement resté, durant dix ans, en marge des investissements impérialistes. Le recul relatif du mouvement des masses lié à l’inconséquence des gauches politiques de cette période (la stagnation stalinienne de l’AKFM, l’incohérence entre ultra-gauchisme et dérive libérale-libertaire du MFM et l’opportunisme du MONIMA) qui a considérablement favorisé la réorganisation partielle de l’appareil d’Etat néocolonial par le régime Ratsiraka, ouvre depuis la fin des années 1970 de nouvelles perspectives à l’impérialisme, dans une configuration tout à fait différente de celle de la première décennie de l’indépendance.

Les appréciations à l’emporte-pièce qui qualifient le régime malgache de l’époque de « vendu à l’impérialisme » ou, au contraire, d’« inféodé à l’Est » ne procèdent pas d’analyses sérieuses. Il est préférable et pertinent de parler d’un régime qui a pris lucidement en compte les bouleversements des rapports de forces entre les masses et l’impérialisme intervenu en 1972, a opté pour l’élargissement de l’initiative de la bourgeoisie nationale et a en fait exprimé toute la contradiction inhérente à l’incapacité congénitale de celle-ci à s’unifier durablement et à devenir « nationale » et entreprenante.

L’économie de Madagascar des années du socialisme ratsirakien est restée une économie en transition capitaliste. En récupérant et dévoyant mai 1972, la bourgeoisie malgache a tenté d’étendre sa marge de manœuvre par rapport au capital étranger, montrant ainsi une volonté d’intégration dans le marché autrement que par une dynamique qui valorise le monopole exercé par les firmes multinationales, comme ce fut le cas lors de l’ère Tsiranana-PSD.

Une croissance de l’accumulation était attendue des nationalisations (de 1975 et après), de la malgachisation de l’appareil économique et d’une réforme agraire somme toute modérée. En fait, l’Etat, en 1978-1980, doit se lancer dans une politique volontariste d’investissements à outrance qui provoque, dès 1979, un accroissement très significatif du déficit des finances publiques et une dégradation très accélérée de la balance des paiements courants.

Mais les concurrences et les crises ne se codifient pas selon les désirs des bourgeoisies de ce qu’on appelle à l’époque le « tiers-monde » et dont Ratsiraka a été un peu érigé en porte-parole. C’est évidemment ce que le marché impérialiste permet comme marge de manœuvre qui fonde leurs politiques en dernière instance.

Boudée par les investisseurs étrangers (qui déclarent Madagascar comme « zone à hauts risques » dans les années soixante-dix), asphyxiée et rendue exsangue par les pressions impérialistes (commerciales, financières, diplomatiques et par le mécanisme de la dette extérieure), saignée par la chute des cours des matières premières, l’économie malgache est, par ailleurs, minée par la gabegie parasitaire de ses anciens et nouveaux riches et fait étalage de la dégradation croissante des conditions de vie de la majorité de la population, aggravée par l’application de la médecine déflationniste du Fond monétaire international.

Symbolisant la faillite définitive du cours « socialiste » ratsirakien, le Code des investissements de 1985[26] porte les empreintes de cette situation dans laquelle se trouve la bourgeoisie malgache de réviser à la baisse ses prétentions. Il pose les règles de transparence de la politique d’ouverture qui concerne chacun (agrément prioritaire, PME, partenariat), des avantages fiscaux, financiers et sociaux, voire la possibilité de libre circulation des capitaux et des dividendes pour les étrangers. Annulant les restrictions en vigueur depuis 1973 dont, entre autres, l’obligation pour les sociétés étrangères d’établir leur siège à Madagascar[27], le nouveau code fixe les conditions d’une pénétration des capitaux étrangers censée – en théorie – épargner le secteur d’Etat et ménager un certain espace économique à la mesure du potentiel des franges les plus dynamiques de la bourgeoisie malgache. Les résultats de l’application de ce nouveau code ont donné une idée du caractère d’instabilité et de complexité des rapports de force entre l’Etat, le privé national et les capitaux étrangers.

En guise de conclusion…

Ce n’est pas le socialisme qui a failli à Madagascar dans les années 1970-1980 mais une formule de socialisme administratif qui, par vocation mais surtout dans les faits, a constamment annihilé au profit des intérêts de clientèle des classes dirigeantes les dynamiques réellement portées par les citoyens. Que de luttes ouvrières dévoyées, réprimées ! Que de colonnes paysannes réclamant une réforme agraire cohérente violentées !… « Au nom du socialisme ! » Les grandes questions sociétales posées notamment par mai 1972 (la nation, l’ethnicité, la langue, le genre, la religion, la liberté etc.) qui espéraient tant du socialisme sont restées en l’état des chantiers démagogiques si elles n’ont pas été étouffées par la chape de plomb d’un système autoritaire, excluant et surtout glauque et cynique.

Bien entendu, des actions spécifiques et profondes sont à saluer. Citons celle de la ministre de la Culture et de l’Art révolutionnaire Gisèle Rabesahala et de son équipe pour le recensement et la valorisation du patrimoine culturel. Par ailleurs, cette révolution a remplacé par un partage équitable (moitié-moitié) des biens entre les conjoints qui divorcent le féodal kitay telo an-dàlana (1/3 pour la femme, 2/3 pour l’homme).

Mais les Malgaches de la rue, en train de faire la queue pour quelques « ppn » (produits de première nécessité) se gaussaient irrespectueusement du socialisme de Deba[28]… Le socialisme, disaient-ils, c’est Misôsy amin’ny lisita : « la liste de ceux qui bouffent, celle des privilégiés ». Le socialisme administratif a fait le lit du libéralisme et de l’ultra-libéralisme : il a été un véhicule efficace (du point de vue des classes dirigeantes) de la réorganisation tendancielle du procès néocolonial ; globalement et avec quelques nouveaux élus, la nomenclature de l’époque reste aux affaires dans le cours libéral et ultra-libéral qui prévaut depuis maintenant plus d’un quart de siècle.

Face au désastre économique et social actuel nourri par le libéralisme, une part active et consciente de la jeunesse à Madagascar réfléchit à des solutions et se laisse tenter par des voies alternatives, solidaires, anti-autoritaires et elle n’a heureusement pas le loisir d’être nostalgique d’un socialisme dégénéré que la plupart d’entre elle n’ont même pas vécu ; les gens plus âgés discernent lucidement et ne se laissent pas séduire par les chevaux de retour d’une engeance qui a dévoyé leurs espoirs. Mais, dans les formulations et engagements d’aujourd’hui de tous ceux-là, on entend des similitudes avec des paroles et constructions d’ailleurs évoquant un « socialisme possible du 21ème siècle » libéré d’emblée des scories idéologiques et des bureaucraties oppressantes.

Bibliographie indicative

ARCHER Robert (1976) : Madagascar depuis 1972. La marche d’une révolution, Paris, L’Harmattan, 214p.

BOITEAU Pierre (1948) : « La situation matérielle et morale des travailleurs malgaches », Esprit, 16, 142 (février), pp.24-256.

BOITEAU Pierre (1958, 1982) : Contribution à l’histoire de la nation malgache, Paris, Editions sociales / Antananarivo, MCAR, 445p.

BOITEAU Pierre (1974) : « Les droits sur la terre dans la société malgache pré-coloniale. Contribution à l’étude du ‘mode de production asiatique’ », in Centre d’études et de recherches marxistes, 1974, Sur le mode de production asiatique, Paris, Editions sociales, pp.135-168.

COLLECTIF (1978) : « Madagascar. La révolution tranquille », Aujourd’hui l’Afrique, n°11-12, 1978, 98p.

RAISON Françoise (Etudes réunies et présentées par) (1983) : Les souverains malgaches, Paris, Karthala, 476p.

RALIBERA Rémy, sj (2007) : Souvenirs et témoignages malgaches. De la colonisation à la IIIème République, Antananarivo, Foi et Justice, 220p.

RANDRIAMARO Jean-Roland (1997) : PADESM et luttes politiques à Madagascar. De la fin de la deuxième guerre mondiale à la naissance du PSD, Paris, Karthala.

RANDRIANJA Solofo (2001) : Sociétés et luttes anticoloniales à Madagascar (1896-1946), Paris, Karthala (collection « Hommes et sociétés ».

RATSIRAKA Didier (1975) : Charte de la révolution socialiste tous azimut (26 août 1975), Tananarive, Imprimerie d’ouvrages éducatifs, 120p.

SIDY Pierre (1985) : « Madagascar : La médecine FMI et la collaboration de classe au secours de l’Etat néocolonial », Imprecor (International press correspondance), n°190, 18 février 1985, pp.16-21.

SURET-CANALE Jean (1964) : Afrique noire – L’ère coloniale, 1900-1945, Paris, Editions sociales, 637p.

[1]       Ratsiraka D. (1976) : Charte de la révolution socialiste tous azimut (26 août 1975), Tananarive, Imprimerie d’ouvrages éducatifs, 120p.

[2]       Menalamba : littéralement, « Toges rouges ». Leurs toges rouges, en fait rougies par la poussière, permettaient aux combattants de « se fondre » dans la couleur du paysage latéritique.

[3]       VVS. : Vy Vato Sakelika (Pierre, Fer, Ramifications), mouvement de résistance et réseau d’intellectuels apparu vers 1915.

[4]       Op.cit., p.12.

[5]       Raison F. (Etudes réunies et présentées par) (1983) : Les souverains malgaches, Paris, Karthala, pp.409-427.

[6]       MDRM : Mouvement Démocratique de la Rénovation malgache fondé en février 1946. Principal parti politique nationaliste en 1946-1947 et fort de 300 000 membres, il émane d’une large base politique provenant de l’île entière et dépasse les clivages ethniques et sociaux. Le soulèvement de mars 1947 gagne rapidement un tiers de l’île ; Malgré sa direction qui clame son innocence, le MDRM est dissout.

[7]       Randrianja F.S.L. (1984) : « Le parti communiste de la Région de Madagascar. Histoire du premier parti politique moderne malgache (1920-1938), in Séminaire JJ424 (1982-1984) : Emergence des partis politiques et légitimation du pouvoir politique à Madagascar, 1936-1972. Paris, Laboratoire « Tiers-Monde, Afrique » (U.A. 363), Université Paris 7, pp.44-59.

[8]       Cf. Randriamaro J.-R. (1997) : PADESM et luttes politiques à Madagascar. De la fin de la deuxième guerre mondiale à la naissance du PSD, Paris, Karthala.

[9]       PADESM ou Parti des Déshérités de Madagascar, créé en juillet 1946.

[10]     PSD ou Parti Social Démocrate de Madagascar, créé en 1956.

[11]     AKFM : Antokon’ny kongresin’ny Fahaleovantenan’i Madagasikara ou Parti du Congrès de l’Indépendance de Madagascar, créé en novembre 1958.

[12]     MONIMA : Madagasikara otronin’ny Malagasy ou Mouvement National pour l’Indépendance de Madagascar, créé le 29 juillet 1958.

[13]     Le père de Didier Ratsiraka ainsi que son beau-père étaient des dirigeants du PADESM. L’élève-officier de la Navale était réputé pour ses prises de position progressistes, nationalistes, anti-apartheid etc. d’alors. L’ancien attaché militaire à l’Ambassade à Paris se voit attribuer les Affaires étrangères par le général Ramanantsoa dans son gouvernement de l’après-mai 1972.

[14]     Un fmg valait 0,02 FF en 1972. Début 2009, un fmg vaut 0,0000769 €, un ariary valant 5 fmg soit 0,0003845 €. Autrement dit, un euro = 2 600 Ar = 13 000 fmg.

[15]     Zoam : Zatovo ory asa eto Madagasikara, Jeunes chômeurs de Madagascar.

[16]     KIM : Komity iombonan’ny mpitolona, Comité unitaire de lutte.

[17]     MFM : Mpitolona ho amin’ny fanjakan’ny madinika ou Mouvement pour le pouvoir prolétarien, créé en décembre 1972 par le rassemblement de plusieurs mouvances révolutionnaires d’activistes (maoïstes, trotskystes, anarchistes, socialistes, nationalistes de gauche etc.) à partir du constat de la défaite du « mai malgache ».

[18]     DIFASO : Dinan’ny fanjarian’asa sosialista, Charte des entreprises socialistes.

[19]     FNDR : Front national de défense de la révolution, Mandatehezam-pirenena miaro ny tolom-piavotana (créé le 29 décembre 1976).

[20]     Le PSD, devenu PSM – Parti socialiste malgache – a été mis hors-la-loi en février 1975 pour avoir trempé dans l’assassinat du chef de l’Etat de l’époque, le colonel Ratsimandrava. Depuis, nombre de ses ténors vont individuellement rallier certains partis du FNDR.

[21]     Vinet M. (1976) : « Les orientations nouvelles de l’économie malgache », Afrique contemporaine, n°84 (mars-avril 1976).

[22]     Archer R. (1976) : Madagascar depuis 1972. La marche d’une révolution, Paris, L’Harmattan, p.143.

[23]     Monnaie de réserve émise par le Fonds monétaire international, dont la base est constituée, depuis 1981, par un « panier » des monnaies des pays dont les exportations de biens et de services en 1975-1979 ont été les plus importantes (dollar US, mark allemand, franc français, yen japonais et livre sterling).

[24]     Le Club de Londres et le Club de Paris rassemblent les banques occidentales créancières (privées pour le premier, publiques pour le second) des gouvernements des pays dominés.

[25]     À titre d’exemple, citons le plaquage (vers 1978-1981) sur le contexte malgache des poncifs idéologiques et des pratiques démonstratives de masse du djoutché nord-coréen (pour une politique d’indépendance et de coopération dans la complémentarité »).

[26]     Loi du 18 juin 1985, adoptée le 23 mai 1986.

[27]     Cependant, ce nouveau code définit comme « nationaux » les « opérateurs économiques » étrangers résidant à Madagascar.

[28]     Deba [débà] (diminutif de « chef de bande ») : surnom (tantôt admiratif, tantôt méprisant) donné à Ratsiraka, dans les hautes sphères malgaches d’abord et par le tout-venant ensuite.

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