Cet extrait de conférence de presse, totalement inédit jusqu’ici, nous a été envoyé par le journaliste suisse Christophe Koessler, parmi d’autres documents qui lui avaient été confiés lors d’un séjour au Burkina. Nous lui adressons ici nos très chaleureux remerciements au nom de l’équipe du site mais aussi pour tous ceux qui prendront connaissance de ce document.

Ces documents nous sont parvenus sous forme de cassette audio. Nous avons du les transformer en fichier mp3. Il a ensuite fallu les retranscrire, ce qui a été fait par Cléophas Zerbo. Patrice Akiam a vérifié et corrigé la retranscription du discours, tous 2 membres du l’équipe du site thomassankara.net.

Rappelons que Thomas Sankara a été nommé Premier ministre le 11 janvier 1983, à la suite de débats internes au CSP, puis écarté le 17 mai 1983. Cette conférence de presse se tient donc début janvier 1983 juste après a prise de fonction.

Vous trouverez ici le son et la retranscription.

La rédaction du site. (avril 2020)


1ère rencontre de Thomas Sankara avec la presse alors qu’il vient d’être nommé premier ministre, fichier audio.


Nous avons tenu ce matin notre premier conseil de cabinet autour de deux points : le premier point portait sur l’ordonnance CMRPN qui réglementait l’immigration. Le deuxième point portait sur les décrets CMRPN qui réglementait les heures d’ouverture et vente des bars et autres débits de boissons. C’est autour de ces deux points que nous avons discuté et nous sommes arrivés à des conclusions très importantes qui viennent d’être prise par le chef de l’état le médecin commandant Jean-Baptiste OUEDRAOGO.

Monsieur le premier ministre peut-on savoir exactement quelle est la nature de ces décisions importantes ?

Ces décisions importantes ; première décision nous avons décidé purement et simplement de
rapporter l’ordonnance CMRPN qui avait réglementé l’immigration des voltaïques à l’étranger. Les raisons sont fort simples, nous estimons que cette ordonnance qui avait été prise à la suite d’un sentiment louable, à la suite aussi d’événements dont nous nous souvenons encore, cette ordonnance en réalité n’avait pas de portée et n’était pas efficace. En effet, elle ne frappait qu’une partie de la population.

Par contre, une autre partie les fonctionnaires et autres pouvaient se permettre d’aller à l’étranger sans laissez-passer, ou quand bien même le laisser-passer leur était exigé, ils trouvaient des facilités pour se les procurer. Par contre, les autres notamment les paysans devaient passer par un certain nombre d’entremetteurs, un certain nombre de difficultés qui leur étaient opposés pour obtenir ces fameux laisser-passer et on sait que ce n’est pas toujours l’administration qui en a bénéficié c’est, bien plus, les circuits parallèles qui se sont improvisés en bureaux spéciaux pour la délivrance des laissez-passer. Donc, pour le premier point nous avons purement et simplement rapporté l’ordonnance ; et nous espérons que du même coup ceux qui étaient obligés de lutter d’une façon clandestine pour leur immigration pourront le faire d’une manière normale. Du reste, nous savons aussi que cette ordonnance n’avait pas empêché, n’avait pas ralenti l’émigration des voltaïques à l’étranger, bien au contraire.

Monsieur le premier ministre on peut surtout se poser la question de savoir quelles sont les
motivations profondes qui vous ont amené à lever les mesures interdisant l’ouverture des bars et autres débits de boisson pendant les heures ouvrables ?

Oui c’est le deuxième point ; là aussi nous avons estimé que l’État devait prendre ses responsabilités et franchement. Quand ce décret avait été pris en son temps, il avait eu pour but, pour objectif de lutter contre l’absentéisme au niveau de la fonction publique, intention là aussi louable, mais en réalité que c’était le passé : il sait créer les débits des points de vente clandestins dont le nom rappelle une de ces émissions que vous aviez à la télévision je veux parler des maquis. On n’a donc pas pu lutter contre l’absentéisme des fonctionnaires, au contraire on a frappé des commerçants qui s’étaient acquittés de leurs taxes diverses, de leurs patentes diverses, et s’étaient inscrits au registre du commerce ou en tout cas à exercer de manière réglementaire de manière légale cette profession qui consistait à tenir des débits de boisson, des bars. Ceux-là ont été pénalisés.

Deuxièmement, on a pénalisé également tous ceux qui sans être fonctionnaires, avaient besoin de temps en temps, à des heures de service, avaient besoin d’aller à ces points de vente là se désaltérer, consommer, les touristes ou des voltaïques même. On a également pénalisé les fonctionnaires en congé. Enfin et troisièmement, nous avons estimé que ce décret traduisait l’incapacité de l’état à exercer son autorité sur ses agents ; plutôt que de frapper les agents fautifs coupables, on est allé frapper ceux qui tiennent ces débits de boissons qui ne sont pas en fait les coupables.

Dorénavant, ça ne sera plus ceux-là qui seront attaqués, ça sera surtout nos agents nos fonctionnaires qui seront soumis à une réglementation nouvelle que le président de la commission de contrôle du CSP, fera circuler au niveau de tous les ministères. Mais j’ai pu vous donner quelques détails sur cette décision que le président de la commission de contrôle va faire circuler incessamment. Il s’agit de permettre l’ouverture des bars en tout temps sauf bien sûr, aux heures actuellement interdites je veux parler du couvre-feu. Aux heures de couvre-feu, ce ne sera pas seulement les bars qui seront interdits même toute autre activité sur la place publique.

Ces mesures à venir vont permettent à des brigades de contrôle, des brigades de militaires de gendarmes, de policiers CRS, de patrouiller à travers les villes, et puis d’identifier tous les clients des bars aux heures de service. Et si d’aventure un fonctionnaire était pris, il sera bien obligé d’aller s’expliquer auprès de la commission de contrôle ; et là, s’il est en congé naturellement, la commission s’excusera de l’avoir importuné dans ses activités de bars ; mais s’il se trouve qu’il n’est pas en congé, ce fonctionnaire, à la première rafle, recevra un avertissement et publication à la radiodiffusion nationale. A la deuxième rafle, un blâme, une inscription dans ses dossiers. En cas de récidive à la troisième rafle il sera purement et simplement licencié, parce que nous estimons qu’il ne faut pas confondre les bureaux, il ne faut pas confondre les lieux de travail. Bien sûr il y a certaines dispositions qui permettent que leurs supérieurs, seront eux aussi tenus pour responsables s’ils laissaient s’absenter des agents placés sous leur autorité sans autorisation d’une part, et d’autre part sans sanction. Cela sera compris par nous comme étant de la complaisance, de la complicité, de la négligence ou du sabotage ; donc là aussi il y aura sanction. Mais nous espérons que les fonctionnaires les agents de l’État seront à leur poste de travail et pourront trouver le repos mérité là où iront le chercher mais seulement après les heures de service.

Une précision monsieur le premier ministre pour compter de quand ces deux mesures dont vous venez de parler vont-elles prendre effet ?

Ces deux mesures sont valables, si donc vous voulez aller à l’étranger si vous êtes en règle avec votre service allez-y, le laissez-passer ne sera pas exigée, et si vous êtes en congé vous  êtes autorisés au bar, si c’est ouvert.

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