De Amidou Kabré

Tel un tsunami, les élections couplées municipales et législatives qui ont eu lieu le 02 décembre 2012 au Burkina Faso ont fait des ravages. Entre une popularité en chute libre du parti au pouvoir et une opposition à la recherche de son équilibre, il s’est produit une véritable opération de reconfiguration de l’échiquier politique. Chacun cherche à imprimer de nouvelles marques dans la faune politique. Questionnements, analyses et commentaires tous azimuts continuent d’alimenter la vie politique. La moisson de chaque acteur sonne comme l’indicateur le plus sérieux pour parler de prospective postélectorale. Ce qu’il en est des sankaristes, héritiers de l’idéologie politique du Capitaine Thomas Sankara …

Les sankaristes du Burkina ont en principe un seul et véritable adversaire politique. C’est le président Blaise Compaoré. Et pour cause, il a été porté aussitôt au pouvoir après l’assassinat du Président du Conseil National de la Révolution, abattu en pleine réunion avec une dizaine de ses camarades. Ce fut un soir du 15 octobre 1987, Thomas Sankara venait d’être emporté par le seul coup d’Etat sanglant de l’histoire du pays des Hommes intègres. Une asphyxie brutale d’un des espoirs panafricanistes des années 1980 mais que les détracteurs de la révolution banalisent en l’assimilant à un simple règlement de compte entre des militaires. Il s’agit, dit-on, d’un régime révolutionnaire essoufflé qui avait fini par « manger ses propres enfants ». C’est même pour les plus critiques une pseudo-révolution dont on ne pouvait s’attendre qu’à sa liquidation prématurée. En face de ceux-ci, il y a certainement les farouches défenseurs d’une certaine ligne révolutionnaire pour qui, le coup d’Etat du 15 octobre 1987 est non seulement un crime d’Etat mais aussi un fratricide unique en son genre. Quoiqu’il advienne, ces partisans de Thomas Sankara allient lutte politique et judiciaire pour réclamer la vérité à travers les tribunaux Burkinabè et internationaux.

Le problème sankariste et les élections du 02 décembre 2012

Thomas Sankara est de fait un héritage qui résiste au monopole d’un groupe donné. D’un leader à l’autre et d’un parti politique à l’autre, les divergences sont légions. Pour Maître Bénéwendé Stanislas Sankara qui dirige l’Union pour la Renaissance, un parti sankariste et qui s’oppose au régime de Blaise Compaoré depuis 2000, cela est normal d’autant plus qu’à l’image des artistes musiciens qui ont pour idole Bob Marley s’expriment différemment, il ne faudra pas demander aux sankaristes d’être absolument homogènes. Mais cela explique-t-il la pléthore de partis sankaristes qui a participé en rang dispersé aux dernières élections municipales et législatives ?

On ne saurait le dire exactement. Mais une telle disparité a produit ses effets néfastes lors des dernières consultations électorales. Seule l’UNIR/PS (Union pour la Renaissance, Parti sankariste) de Maître Bénéwendé Sankara a pu glaner une petite poignée de quatre députés sur les 127 que compte l’Assemblée Nationale. En termes de représentativité, ce parti d’opposition occupe 5,8% des sièges au sein de l’Assemblée nationale et compte 396 conseillers municipaux. Il perd sa place de premier parti d’opposition et se classe comme 5ème force politique du pays après le Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP), parti au pouvoir ayant obtenu 70 députés et 12 340 conseillers), l’Union Pour le Progrès et Changement (UPC), nouveau parti leader de l’opposition avec 19 députés et 1 615 conseillers, l’Alliance pour la Démocratie et la Fédération-Rassemblement Démocratique Africain (ADF/RDA) qui engrange 18 députés et 1 746 conseillers suivie de l’Union pour la République (UPR) avec 5 députés et 438 conseillers municipaux, deux partis qui sont des soutiens du Président Compaoré.

Pour le reste, les partis sankaristes se consolent avec quelques conseillers municipaux, à défaut d’élus nationaux. C’est le cas du Front des Forces Sociales (FFS) dirigé par Norbert Michel Tiendrebéogo (28 conseillers), du Parti pour l’Unité Nationale et le Développement (PUND) du Colonel Boukary Kaboré dit Le Lion, un ancien bras droit de Thomas Sankara (5 conseillers), de l’Union pour la Renaissance Démocratique/Mouvement Sankariste (URD/MS) de Alphonse Ouédraogo (3 conseillers) qui a pourtant fait alliance avec La Convergence de l’Espoir, le parti d’un des anciens révolutionnaire, journaliste et écrivain Jean Hubert Bazié.

Plus grave, certains partis Sankaristes ont été carrément réduits au néant puisqu’ils n’ont obtenu aucun siège de conseiller municipal. Sont de ceux-là l’Union Panafricaine pour le Sankarisme-Mouvement Progressiste (UPS-MP) dirigée par Joseph Ouédraogo, le Parti Républicain pour l’Indépendance Totale (PRIT-LANNAYA) conduit par El Hadj Mamadou Kabré, le Conseil National pour la Renaissance-Mouvement Sankariste (CNR/MS) présidé par Romain Conombo.

En tout, les partis sankaristes sortent des dernières élections avec seulement 4 députés sur les 127 que compte l’Assemblée Nationale et 427 sièges de conseillers municipaux sur les 18 552 sièges que compte les 396 communes et arrondissements du Burkina Faso.

Invité à une émission de la télévision privée BF1, le Président du FFS Norbert Michel Tiendrebéogo a clairement laissé entendre qu’il était déçu de ces résultats issus des élections municipales et législatives. Que dire de plus? Près de six mois après les élections, c’est le calme plat sans qu’on ne sache réellement ce qui se prépare dans les états-majors de leur parti politique. Faut-il s’attendre qu’ils renouent la ceinture, qu’ils retroussent les manches pour rebondir ou qu’ils capitulent?

L’avenir du sankarisme en questions

Il y a certainement des raisons de croire que l’assombrissement des partis sankaristes au soir des élections ne signifie guère une mort politique. L’étoile sankariste peut au contraire briller de plus belle. Pour peu que les leaders politiques s’organisent. Il ne s’agit certainement pas de s’unir pour rien car disait Thomas Sankara, « il ne faut pas faire de l’unité une univocité … »

Il s’agit plutôt de se retrouver autour de l’essentiel, d’éviter les flagellations à l’interne, c’est-à-dire se mettre au-dessus des penchants individualistes qui consistent souvent à vouloir se positionner comme le plus authentique que les autres au point de les exposer à la risée des adversaires. Les comportements malveillants de certains sankaristes contre les autres constituent en réalité une discréditation collective. Le jeu politique est ainsi fait. Les coups de fouet qu’on donne à ses collaborateurs est une défaite contre soi-même. La seule option qui vaille, c’est la lutte pour la victoire collective.

Ceci étant, le contexte politique national donne encore une énième chance aux sankaristes. Ce n’est peut-être pas la dernière. Mais au regard des projections et des ambitions affichées par d’autres partis, il est fort probable que les erreurs répétées soient fatales. Il faut rapidement une thérapie de choc. Cela devrait consister d’abord à faire en sorte que ceux qui ont en charge la destinée des structures sankaristes exhument tous les défauts de leurs états-majors et acceptent de se regarder dans la glace pour trouver les remèdes appropriés qui permettraient de taire les individualités, d’accepter les erreurs des uns et des autres comme telles pour se projeter dans l’univers difficile de l’intérêt populaire.

En bonne intelligence, tous devraient « se marier » ou « se remarier » pour le meilleur et pour le pire au sens plein des mots. Et pourquoi ne pas chercher de nouveaux amis politiques ? Ce n’est qu’à ce prix que les sankaristes, qualifiés d’opposants radicaux au régime de Blaise Compaoré, pourront occuper une place de choix dans la vie politique nationale qui, de plus en plus est conquise par des partis comme l’Union pour le Progrès et le Développement (UPC) de l’ancien ministre des finances Zéphirin Diabré et « Le Faso Autrement » de l’ancien ministre des affaires étrangères Ablassé Ouédraogo. En attendant, un autre rendez-vous électoral de haute importance avance à pas feutrés ; l’élection présidentielle de novembre 2015. Sans être les rivaux des nouveaux partis émergents de l’opposition, les sankaristes devraient constituent un bon pôle d’opposition capable de se positionner comme une force politique crédible avec laquelle les aspirants au changement pourraient compter. Le cas échéant, feront-ils le choix d’un ralliement stratégique à d’autres partis de l’opposition ? Le temps presse, tout se prépare, c’est maintenant qu’il faut situer l’opinion.

Amidou Kabré

Correspondant à Ouagadougou

1 COMMENTAIRE

  1. Politique au Burkina Faso: Quel avenir pour les héritiers de Thomas Sankara?
    tous ça ce bien mais comment revenir a tous cela le monde a evoluer

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