La première partie de cette conférence de presse nous a été envoyée, via une cassette  par le journaliste suisse Christophe Koessler, parmi d’autres documents qui lui avaient été confiés lors d’un séjour au Burkina. Nous lui adressons ici nos très chaleureux remerciements au nom de l’équipe du site mais aussi pour tous ceux qui prendront connaissance de ce document. Nous avons du les transformer en fichier mp3. Il a ensuite fallu les retranscrire, ce qui a été fait par Cléophas Zerbo. Laura Nyamba a vérifié et corrigé la retranscription du discours, tous 2 membres du l’équipe du site thomassankara.net.

Mais l’enregistrement était malheureusement incomplet. Nous avons pu cependant la compléter grâce à une retranscription trouvée dans les archives diplomatiques (bordereau 359/DAM du 12 décembre 1985).

Nous mettons à votre disposition ci-dessous l’enregistrement audio et la retranscription.

Dans cette importante conférence de presse, Thomas Sankara aborde des questions qui lui sont chères, notamment la place de la jeunesse dans la société, le sport et le culture, dans un langage sans fioriture. Il répond aussi longuement aux questions sur la CEAO, et Mohamed Diawara, ancien ministre du plan de Côte d’Ivoire,devenu administrateur de la CEAO placé par Houphouët Boigny à ce poste. Diawara fut accusé d’avoir participé avec d’autres dirigeants de la CEAO à des détournements de fonds de 6,4 milliards de FCFA. On se rappellera que Thomas Sankara l’avait littéralement enlevé de Bamako à l’issue du sommet de la CEAO du 28 octobre 1984 pour l’amener avec lui à Ouagadougou et le placer en détention.

Le Mali a boycotté cette rencontre des journées de solidarité des jeunesses de la CEAO (Communauté économique des états de l’Afrique de l’Ouest). Signe que la situation est tendue entre les deux pays, la guerre du Mali va éclater peu après le 25 décembre 1985.

Bruno Jaffré


FICHIER AUDIO

Conférence de presse du Président du Faso lors des journées de solidarité des jeunesses de la CEAO, 6 décembre 1985.

Cliquer sur le triangle à gauche pour écouter..


Modérateur : Président  du CNR, président du Faso, nous allons ouvrir maintenant la conférence de presse avec les confrères venus des pays membres de la CEAO et d’autres pays aussi. Conférence de presse qui permettra, nous l’espérons de faire le point sur un certain nombre de problèmes et d’apporter une juste compréhension des événements de l’heure. Cela dit sans vouloir être long, je voudrais seulement demander aux confrères ici présents, d’accepter que l’on répartisse cette conférence de presse en quatre parties. Au regard des entretiens que nous avons eu avec les journalistes, il ressort que il y a quatre points essentiels :

– le premier point portera sur la politique intérieure du Burkina Faso

– le second point sur la CEAO

– le troisième point sur les relations bilatérales et la politique africaine

– et le troisième point sur la politique internationale

Donc si vous ne voyez pas d’inconvénients, je vais demander aux confrères de commencer par la politique intérieure du Burkina Faso. Et encore une fois par soucis d’efficacité. Je demanderai aux confrères de ne pas se répéter à partir du moment où un confrère a déjà posé plus ou moins la même question, je demanderai aux autres de bien vouloir s’abstenir de rééditer les mêmes questions.

Le premier volet est donc ouvert à la politique intérieure du Burkina Faso. Les journalistes sont invités à se présenter à ce micro pour se faire entendre. Ils doivent se présenter d’abord avant de poser leurs questions.

(Digo Bellu) télévision béninoise : Camarade président, j’ai deux petites questions à poser sur la politique intérieure du Burkina Faso. Dans les rues de Ouaga, nous lisons sur les panneaux “ notre seule voix c’est le progressisme “. Nous savons que le progrès se définit de plusieurs manières. Dans ce sens quelle est la philosophie qui sous-tend le processus révolutionnaire au Burkina Faso? Deuxième question sans un parti d’avant-garde, sans un parti révolutionnaire il n’y a pas de mouvement révolutionnaire conséquent. Dans ce sens, comment envisagez-vous la création d’un parti pour la direction de la révolution démocratique et populaire?

Thomas Sankara: Bien je remercie le camarade béninois qui vient de poser ses deux questions qu’il a voulues petites mais il me semble que ce sont de grandes questions qu’il a posée. La philosophie qui sous-tend notre révolution, c’est tout ce que nous avons voulu dire dans le discours d’orientation politique prononcé le 2 octobre. C’est l’essence même de cette révolution démocratique et populaire qui échappe à la typologie classique, à la classification élémentaire et très facile que l’on connaît çà et là, qui veut que la révolution soit calquée les unes sur les autres. Ici il s’agit de la marche d’un peuple, de tout un peuple. A une étape où la prise de conscience est grande mais a également ses limites, des limites que nous devons respecter. Ce qui m’amène à parler insensiblement directement de la deuxième question que vous avez posé ” la révolution et le parti “. Vous avez dit que sans un parti révolutionnaire, il y a point de mouvements révolutionnaire conséquent. Mais il faut ajouter que le parti ne se proclame pas d’une façon bureaucratique. Le parti ne saurait être le choix d’une poignée d’individus. Le parti ne saurait être l’affaire d’un agenda, d’un calendrier. Le parti doit découler de la prise de conscience de plus en plus grandissante et de l’exigence des masses populaires. Si les masses ont besoin d’un parti elles auront un parti si les masses ne veulent pas d’un parti elles n’auront pas de parti.

Autrement la création hâtive, mécanique et bureaucratique d’un parti conduit inévitablement à une espèce de squelette que l’on appelle la pseudo révolution, une imitation grossière et mal réussie de la révolution qui crée des potentats, des cadres inamovibles et intouchables qui crée des privilégiés bref des dignitaires qui sous le couvert d’agir au nom d’un parti règnent en maîtres absolus. Hélas, la révolution de par le monde nous offre des exemples très tristes des révolutions prétendument conduites par des partis, lesquelles ont fait fiasco et le révolutionnaire doit tirer leçon des succès et des échecs passés. Qu’est ce qui est le plus important faire la révolution ou paré la révolution des attributs classiques de la révolution? C’est pourquoi donc il faut se dire que l’étape de notre révolution, on commande la création de structures indispensables à la conduite de cette révolution et une autre, une position différente de celle-là conduit aussi à une fuite en avant qui est que l’on s’écarte des masses, on les oublie et l’on reproduit de façon, à l’imitation les schémas tels qu’ils ont existait ailleurs, dans des contextes qui ont cependant été extrêmement différentes. L’on connaît de par le monde des révolutions qui ont été conduites par des partis eux-mêmes créés avant la prise du pouvoir mais aussi des révolutions qui sont aujourd’hui brillamment conduites par des partis après la prise du pouvoir et cela ne s’est pas forcément fait en deux jours.  Attendez donc et vous verrez, observer le peuple burkinabè et vous saurez où il va et de quoi il a besoin.

[Applaudissements]

Akoueté assali du journal … au Bénin : Camarade président nous savons que la jeunesse occupe une grande une grande place dans la révolution et la RDP au Burkina ne fait pas exception à cette règle. Notre présence ici dans le cadre des journées de solidarité “ le couvert suffisance” mais camarade président pensez-vous que les jeunes burkinabè par la seule présence des CDR peuvent apporter toute leur contribution à la jeunesse au Burkina?

Thomas Sankara : Le cadre que nous offrons actuellement à nos jeunes et aux moins jeunes pour participer à la défense, à la consolidation de la révolution, c’est le cadre des CDR ” Comités de Défense de la Révolution “. Certes, il existe d’autres mouvements, les jeunes pionniers qui aspirent eux aussi à entrer un jour de façon brillante et efficace dans les CDR. Ce que nous faisons ici se fait grâce aux CDR, ce que nous bâtissons ici se bâtit grâce aux CDR. Ce sont des structures dont l’efficacité n’est plus à démontrer et c’est si vrai que nos ennemis nous les voyons chaque jour nous réclamer à corps et à cri la dissolution des CDR afin que les champs soient libres pour leurs basses manœuvres. Mais si l’évolution politique de notre pays commande un jour que nous allions vers des formes différentes des CDR, nous le ferons. Mais cela ne pourra être que des formes plus élaborées. Mais encore une fois il faut se garder euh des imitations classiques, des singeries qui amènent à des créations vide de sens.

Combien de mouvements de jeunesses de partis sont actuellement réduits à un silence inquiétant, ou simplement réduit à l’agitation fébrile, vide de sens lors de manifestations, à la répétition de slogans, de mots d’ordre creux sans pour autant être sur le terrain de la construction nationale et de la consolidation des acquis du peuple, des défenseurs, des bâtisseurs, des combattants intrépides. Il y a donc des créations de jeunesse de parti qui pour nous sont simplement des caisses de résonance et des masses de manœuvres électoralistes ce dont nous tentons de nous débarrasser. Au contraire vous vous voulons des CDR qu’ils soient partout sur tous les champs de bataille sur le plan social, sur le plan politique, sur le plan économique et sur le plan militaire. C’est le moyen que nous avons trouvé. C’est la voie que nous avons pour le transfert d’un pouvoir, pour que le peuple lui-même assument le pouvoir qui lui revient de droit. Et les CDR n’ont pas démérités et les CDR font notre fierté et l’efficacité de notre révolution. C’est pourquoi ce cadre à lui seul suffit. Du reste, je dois constater que nous n’avons pas encore comblé toutes les structures qu’offrent les CDR. Nous avons pas encore rempli toutes les missions que les CDR pourraient remplir donc la structure n’est pas encore épuisée, demain peut-être elle le sera, aujourd’hui en tout cas elle n’est pas pour l’instant. Mais je voudrais profiter de cette question du journaliste la République Populaire du Bénin pour dire sans désavouer le présentateur de tout à l’heure que je suis venu ici pour rencontrer les jeunesses des pays membres de la CEAO. Les journalistes eux aussi sont jeunes c’est vrai mais il n’y a pas que les journalistes et il est peut-être souhaitable que d’autres jeunes qui sont des journaliers, des journaliers de la jeunesse posent aussi leurs questions car il y avait certainement, je pense.

[Applaudissements]

Issaka Garba euh quotidien le sahel Niger : Camarade président depuis près de deux ans vous avez accordé une grande importante au sport et à la culture. Pour parler particulièrement du sport il y a eu l’organisation de tournois. Il y a eu également la construction de stades dans des villages, mais il y a eu surtout et surtout, pardon, cette pratique ou non du sport qui conditionne l’avancement des agents dans la fonction publique. Camarade président voudriez-vous nous dire le but que vous recherchez en matière de sport au Burkina Faso?  Et si cette ligne conductrice que vous avez tracée sera poursuivie et édifiée.

Thomas Sankara : Le sport accroit la disponibilité, le sport c’est l’efficacité physique et mentale. Et le sport est un facteur de santé. Nous avons besoin d’un peuple sain, vigoureux et audacieux. La pratique du sport nous semble offrir un cadre idéal pour élever chez nos militants ces vertus. C’est pourquoi nous avons convié tout un peuple à pratiquer le sport qu’il soit individuel ou collectif. Le sport c’est la victoire sur soi-même, la victoire sur nos instincts de paresse, de mollesse. Il n’est certainement pas aisé, à 5h30 du matin d’aller faire un footing. Il y a d’autres attractions plus moelleuses qui pourraient retenir plutôt que d’empocher la bicyclette pour aller faire une course ou de prendre ses chaussures pour aller jouer au ballon. On est parfois tenté vers autre chose. Il n’est pas facile à 17h30 lorsque l’on descend du travail de préférer le sport, l’effort à la facilité d’une bouteille.

[rires]

Donc c’est d’abord une victoire sur nous-même sur la tendance à la facilité et au laisser aller. Et tous les sportifs vous le diront lorsqu’ils vont à une compétition, lorsque ils affrontent une épreuve, il y a un combat intérieur que le sportif doit mener d’abord une lutte contre le défaitisme, une lutte contre la peur, la peur de perdre, la peur d’être vaincu, abandonner ou continuer. C’est la question que le coureur de 5000m se pose mille fois avant d’arriver au but final et s’il continue il a d’abord vaincu sur lui-même l’excitation et le défaitismes. Mais il y a également la lutte, la lutte dans l’adversité constructive contre autrui, se remettre en cause. Oser tenter de faire ce que les autres ont fait. Oser dépasser ce que les autres ont réalisé, battre des records. Et il faut d’abord avoir confiance en soi même. Nous avons remarqué que, au début de la pratique du sport ici au Burkina Faso, certaines personnes étaient très embarrassées pour aller déambuler avec un corps que ces personnes estimaient quelque peu difforme pas très élégant. Mais au fil des temps nous constatons que tout le monde pratique le sport dans toutes ses formes. Il y a les filiformes, il y a aussi les baobab formes, il y a tout, mais tout le monde fait du sport. Et aussi et surtout nous voulons le sport comme moyen de vaincre, de vaincre ensemble, victoire oui mais victoire ensemble. Et il y a un bien fait inestimable après chaque séance de sport que nous ressentons ici qui amène des hommes à se rencontrer, à se frotter les uns les autres et à réaliser quelque chose ensemble, à subir l’échec ensemble et à fêter la victoire ensemble, cela est très important.

Enfin nous estimons que un peuple qui n’a pas d’ambition, un peuple qui n’ose pas voir loin, un peuple qui est replié sur lui-même est un peuple qui se meurt petit à petit. Et c’est pour échapper à cette mort lente que nous voulons imprimer à notre peuple l’audace, la témérité des grands peuples. Et nous sommes convaincus que le Burkina Faso a un peuple qui est grand, un peuple qui est noble et un peuple  qui a les ambitions que lui commande sa dignité. Le sport est donc un champ privilégié. Ici tout le monde fait du sport. Les bébés comme les grands-pères et ceux qui ne font pas du sport se marginalisent d’eux même de par leur refus d’être en harmonie avec une société qui se meut dans une seule et même direction. Quel que soit ce dont on souffre,  il reste toujours la possibilité, une possibilité peut être réduite certes, mais de pratiquer un sport, un sport très limité. Et c’est ce que nous faisons. Ensuite c’est sur cette masse de milliers et de milliers de sportifs, cette masse de millions de sportifs que demain nous sortirons les élites. Nous ne négligeons pas le sport d’élite. Nous ne négligeons pas le sport de compétition et de compétitions internationales. Mais nous voulons que désormais pour sélectionner une équipe de onze footballeurs on est le choix sur 7 millions de footballeurs  et c’est ce que nous faisons.

[Applaudissements]

Alors nous avons donné rendez-vous au monde sportif dans l’avenir, un avenir très prochain qui nous permettra de montrer que même ici au sahel on peut sortir des nageurs de compétition.

[Applaudissements]

(Nom du journaliste ) ORTN office de radiodiffusion et télévision du Niger : Camarade président, comme l’a souligné il y a quelques instants le collègue de du sahel, nous avons été fortement impressionné au cours de notre séjour par l’effort qui se fait en matière de sport dans votre pays. Je voudrais savoir, camarade président, si le Faso envisage dans un avenir proche ou lointain d’organiser de grandes manifestations sportives comme les jeux de la CEAO et la coupe des nations ou autres. C’est ma première question.

Deuxième question :  Votre pays organise en 1986 un festival international de la musique. Je voudrais savoir monsieur le président quelle signification vous donner à cette manifestation?

Thomas Sankara : Ici au Burkina Faso, nous avons pris nos responsabilités en matière de sport face aux missions que l’Afrique nous a assignées à nous tous. Et depuis le 4 août 1983, il s’est déroulé à Ouagadougou au Burkina Faso en général un nombre impressionnant de rencontres sportives de haut niveau, des rencontres sportives internationales. En ce laps de temps, nous avons faitplus que ce que 20 ans de pseudo  indépendance, nous a donné l’occasion de vivre. C’est dire que nous voulons que notre jeunesse, notre monde sportif rencontre aussi des sportifs d’ailleurs. Mais pour cela nous nous faisons le devoir de consolider toutes les structures  africaines qui ouvrent des perspectives en matière de sport. J’ai cité pour exemple ce que nous avons eu à faire au niveau du CSSA, le Conseil Supérieur du Sport en Afrique.

Au moment même où le Conseil Supérieur du Sport en Afrique se mourrait ou était dans une certaine léthargie, au moment où les États membres pour des raisons que nous comprenons très bien ont décliné les offres d’abriter les réunions du CSSA, le Burkina Faso s’est proposé et a abrité la réunion qui a redynamisé le CSSA. Nous apprenons par les dépêches qu’à Djibouti dans le cadre de la jeunesse et des sports, les ministres se sont rencontrés et notre pays a dû s’offrir encore une fois de plus pour sauver ce qui l’est ce qui est très essentiel pour la jeunesse et nous allons avoir la redoutable mission d’abriter une fois de plus ces rencontres-là au Burkina Faso. Certes nos moyens sont limités. Ils sont limités au regard de la mission et sont limités par rapport aussi à ce que d’autres États africains peuvent déployer comme ressources. Mais la volonté et surtout les impératifs de la révolution sont elles aussi que nous ne pouvons pas nous dérober. C’est pourquoi dans le cadre CEAO des manifestations comme celles que nous avons vu gagneraient à être étendues à d’autres cadres de rencontres politiques ou économiques parce que, pour nous, il n’est point question de bâtir une société où sera exclue la jeunesse, où sera exclue les masses populaires et dans leurs distractions, dans toutes les manifestations aussi de réjouissances des masses nous devons saisir ce qui les attisent, ce qui les regroupent et ce qui les intéressent. C’est pourquoi pour nous, chaque fois qu’il sera nécessaire d’organiser des manifestations dans le domaine du sport pour regrouper des africains entre eux nous le ferons. Chaque fois qu’il sera l’occasion du mettre des africains face à d’autres peuples pour qu’ils se mesurent et qu’ils se comprennent dans l’effort réalisé ensemble nous le ferons. Et nous avons eu plusieurs rencontres ici qui n’ont pas regroupé que des africains. Et vous pouvez compter sur nous pour continuer dans ce sens-là.

Vous demandez aussi le sens que nous donnait que nous donnons au FESTIMO, Festival International de Musique de Ouagadougou, qui aura lieu en novembre 86. Terre de culture parce que terre africaine, terre de culture parce que terre où le peuple s’exprime et s’exprime librement. Le Burkina Faso pense pouvoir offrir à la jeunesse un cadre aussi pour parler dans un langage, un autre langage qu’elle maîtrise très bien, le langage de la musique. À la faveur de cette rencontre, de ces festivals nous espérons que des musiciens viendront de partout. D’abord d’Afrique parce qu’il sera question de de musiques noires mais aussi de tous les coins du monde où la diaspora africaine, la diaspora noire est allée semer la graine de la culture africaine. Mais aussi d’autres contrés de ce monde qui viendront rencontre l’Afrique, qui viendront rencontrer la musique de la culture noire pas dans un affrontement  sectaire, les noirs se repliant sur eux même par complexe, mais au contraire dans une vision très ouverte en acceptant la différence, la diversité complémentaire, la diversité qui enrichit. Nous les noirs avons besoin de savoir d’où nous venons. Nous les noirs avons besoin de savoir qui nous sommes et qu’est-ce que nous pouvons faire. Mais nous les noirs nous avons besoin il est impératif que nous sachons ce que les autres font et ce qu’ils peuvent nous offrir. Le monde se construira avec tout le monde les noirs aussi. Et il faudrait donc que nous multiplions toutes les occasions qui nous permettrons de nous rencontrer. Et j’insiste dans un esprit qui se départit de tout sectarisme parce que le noir sans les autres aujourd’hui serait incomplet mais les autres sans le noir aussi seraient incomplets.

[Applaudissements]

Nous tendons vers une civilisation de l’universel et chacun doit se ressourcer dans ses valeurs profondes pour savoir ce qu’il doit apporter aux autres. À ce festival là nous espérons pouvoir vous comptez vous d’abord les jeunes de la CEAO mais aussi les autres jeunes de partout qui viendront ici dire ce qu’ils pensent et le message qu’ils ont à lancer. C’est donc en avant-première si vous voulez, ce que je puis vous dire sur le FESTIMO mais en d’autres occasions nous développerons davantage sur ce festival dont les préparatifs ont déjà commencé et vont bon train.

[Applaudissements]

Célestin Zongo télévision nationale du Burkina : Camarade président lors d’une manifestation sportive qui avait rassemblé des pays membres de l’ANAD à Ouagadougou, nous avons connu la participation des pays non membres de l’ANAD et encore ces journées de solidarité de la jeunesse de la CEAO ont vu la participation de pays amis non membres de la CEAO. Cela est-il politique? laquelle? et qu’est ce qu’elle vise?

Thomas Sankara :  Cela est politique et très politique. Nous ne sommes pas de ceux qui parlent d’apolitisme qui estiment qu’il ne faut pas mêler sport et politique comme si le sport n’était pas une activité pour soutenir une idée politique. Nous laissons à ceux-là leur myopie et le soin à d’autres de les guérir de cette tare-là.

C’est politique et quelle politique? Nous pensons que si ces rencontres sportives sont l’occasion pour nous d’offrir à la jeunesse burkinabè un cadre d’expression. Et bien ces manifestations sportives devraient aussi nous rappeler qu’il existe aussi d’autres jeunesses des autres peuples et par amour pour ces peuples, par amour pour ces jeunesses nous devrions les inviter, les associer à nos manifestations. Nous ne pouvons pas tomber dans l’égoïsme mesquin de ceux qui dressent des barrières autour de leurs de leurs de leurs stades, de ceux qui dressent des barrières autour de leurs manifestations pour se retrouver entre eux. Nous nous ouvrons les portes de tout ce qui est mis entre nos mains. Nous appelons toute l’Afrique a participé. Mieux durant les manifestations sportives de l’ANAD (NDLR : Accord de non agression et d’assistance en matière de défense), j’avais dit et j’insiste encore aujourd’hui que, pendant que nous nous réjouissons, nous devons penser à ceux qui n’ont pas la possibilité de le faire. Ceux-là ils sont en Afrique du sud. Ils sont comme nous. Ils sont noirs de peau parfois ils sont blancs aussi ou métis. Ils n’ont pas la possibilité de venir rencontrer d’autres jeunes pour s’exprimer, pour communiquer. Simplement parce que là-bas un système les empêche de se rencontrer. Pensez-vous que lorsqu’il y a des manifestations sportives en Afrique du sud, ce n’est pas de la politique? Pensez-vous que ce n’est pas la politique l’apartheid qui est ainsi magnifié? Et par conséquent pensez-vous qu’il est possible pour nous d’aller compétir, d’aller rencontrer en compétition des personnes qui soutiennent l’apartheid en Afrique du sud? Cela nous disons non. Et nous boycotterons tous ceux dont la politique conduit à un renforcement d’une politique anti africaine, nous les boycotterons tous et nous invitons tous les jeunes africains à les boycotter.

[Slogan: apartheid à bas! Apartheid entre les peuples à bas!]

Il n’est pas question pour nous d’enfermer la jeunesse burkinabè et africaine en général dans l’oubli des autres. Il n’est pas question pour nous d’enfermer cette jeunesse dans l’irresponsabilité. Il y a des jeunes, y a des grandes vedettes sportives de par le monde qui ne voenit que leurs records à battre, les contrats à signer et qui oublient tout, de la lutte que mènent d’autres jeunesses. Pouvons-nous organiser, nous, des manifestations avec des gens qui tuent et qui mutilent d’autres jeunes comme nous? Alors c’est éminemment politique. Ça sera toujours politique parce que ça toujours été politique. Et ceux qu’ils nous disent ne pas mêler la politique au sport savent très bien que le sport est un moyen pour renforcer notre politique. Et c’est pour ne pas renforcer notre politique qu’ils nous conseillent et nous encouragent à ne point parler de politique en matière de sport. Nous le ferons comme nous l’avons toujours fait au détriment des ennemis de l’Afrique tant pis pour eux.

[Applaudissements]

Modérateur : Bon nous allons maintenant passer au second volet la communauté économique de l’Afrique de l’ouest.

Issaka Garba : Camarade président, le prochain sommet de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest doit en principe se tenir dans votre pays. Il semblerait qu’il y a certains problèmes pour la tenue de ce sommet. Est-ce que vous pouvez nous donner plus de précisions sur ce qui se passe exactement?

Thomas Sankara en sourdine : Mais quels problèmes…?

Issaka Garba : Enfin la tenue ! Parce que dans un article de Jeune Afrique, il était apparu que ce sommet pouvait se tenir soit à Dakar ou à Abidjan. Alors ne serait-ce que pour apporter un démenti à cet article Mr le président, est ce que vous pouvez nous donner plus éclaircissements sur l’organisation de cet sommet.

Thomas Sankara : Je peux vous donner les explications dont vous avez besoin mais je ne peux pas démentir ce que l’article a dit. Parce que je ne m’occupe pas à démentir ce qui Jeune Afrique écrit.

Issaka Garba : Merci camarade.

Thomas Sankara : Jeune Afrique s’adresse à des gens qui le lisent. Et Jeune Afrique ne s’adresse pas à moi. Ma mission n’est pas de démentir ce que dit Jeune Afrique.

[Applaudissements]

Les… La CEAO a ses instances. Ce sont les instances de la CEAO qui définissent la vie, la marche la CEAO. En particulier le sommet se tient à un lieu déterminé par les instances de la CEAO. Après la conférence des chefs d’État, l’instance suprême de la CEAO, c’est la présidence en exercice. J’assume la présidence en exercice et je n’ai dit à personne où se tiendra le sommet de la CEAO.

[Applaudissements]

C’est tout pour notre ami du Niger ou bien y va-t-il d’autres précisions qui lui font défaut ?

Gabriel Tamini radiodiffusion nationale du Burkina : Camarade président… euh… l’organisation des journées de solidarité entre les jeunesses des pays membres la CEAO est une innovation du Burkina. Pouvez-vous nous dire quelles sont les raisons profondes qui sous-tendent cette innovation et si vous avez le pressentiment, le sentiment que les objectifs, ses objectifs ont été atteints?

Thomas Sankara : Est ce que les objectifs ont été atteints? Je pose la question à la jeunesse africaine qui est ici rassemblée. C’est elle qui est notre meilleur jury. C’est elle qui est notre meilleur juge et en quoi… euh… le représentant, le délégué de la Côte d’Ivoire qui a pris la parole au nom de toute cette jeunesse ici rassemblée. On peut être gêné d’avoir à répondre à votre question. Gêné parce que je ne voudrai pas répéter ce qu’il a dit si brillamment. Gêné parce qu’il est impossible aussi de contredire ce qu’il a dit qui est si vrai. Mais si nous avons tenu à ce que cette innovation comme vous l’avez qualifiée dans ce produit. C’est parce que pensons-nous il ne peut pas y avoir de communautés économiques sans les masses, sans les peuples.

Depuis sa création, la CEAO a été, au prix de grands efforts de ses dirigeants, menée de bout en bout de conférences en sommets, de conseils d’administration en réunions, en séminaires. Elle a été construite pas à pas par des hommes dont nous ne cesserons de louer les efforts, les mérites mais l’œuvre doit se poursuivre. Cette œuvre-là consiste pour nous à rendre la CEAO à son propriétaire unique et universel, à savoir les peuples de la CEAO. D’autres auront à parachever, à continuer cette œuvre dans d’autres domaines.

La particularité de la mission du Burkina Faso dans la CEAO, c’est cela. Depuis que le Burkina Faso assume la présidence en exercice de la CEAO et bien, plus personne n’est indifférent à la vie de la CEAO. Et il faut qu’il en soit ainsi. Hier se tenaient des réunions qui avaient leurs mérites, nous le soulignons. Mais aujourd’hui nous faisons en sorte que, autour d’un ballon, autour d’une guitare ou sur les rings de boxe, les jeunes également parlent de la CEAO, s’interrogent. Car en fait pour qui est-ce nous voulons construire la CEAO si les principaux intéressés ne sont pas là? A quoi servirait la CEAO ? Aujourd’hui ce sont les jeunes, demain ce sera d’autres catégories sociales qu’il faudra nécessairement appeler. Il faut que la CEAO soit effectivement la CEAO de 35 millions d’habitants et non plus la CEAO de quelques-uns qui vont porter sur eux tout seul la responsabilité de construire cette entité à laquelle il faut croire. Mais en même temps il faut que les masses populaires propriétaire unique et universel de la CEAO donnent à cette CEAO son orientation et ne saurait en être exclu. L’orientation de la CEAO qui mettra en valeur tout ce qui peut répondre à nos intérêts à nous. Des délégations de pouvoir finissent par être des usurpations dangereuses. Il faut donc que les peuples parlent. Et sur le plan économique, c’est les masses africaines qui diront quelles sont les limites de l’intégration. C’est ces masses aussi qui diront quelles sont les limites de l’ouverture. Faut-il ouvrir nos portes de façon inconsidéré? Faut-il aussi les fermer? Faut-il nous replier sur nous-mêmes? Voilà des questions que l’on peut se poser. Mais aussi, nous nous posons d’autres questions. Est-ce que la CEAO nous appartient effectivement? Est ce qu’il n’y a pas manipulation? En un mot est-ce qu’il n’y a pas domination impérialiste sur nos économies à travers des entités ? Mais lorsque les peuples se mettent debout c’est l’impérialisme qui tremble. Et en mettant les peuples de la CEAO debout c’est l’impérialiste qui va trembler.

[Applaudissements]

C’est pourquoi nous nous sommes en train de mettre les peuples de la CEAO debout. Le temps de l’exercice, de notre exercice nous permettra pas de mettre tous les peuples de la CEAO debout, mais ne serait-ce que la jeunesse c’est à dire vous ici présent, vous êtes désormais debout.

[Applaudissements]

Et ceux qui tremblent c’est d’abord l’impérialisme. Ensuite ce sont les valets locaux de l’impérialisme qui tremblent. Tous ceux qui ont  peur des journées de solidarité de la jeunesse de la CEAO sont en train de faire le jeu objectivement, consciemment ou inconsciemment de l’impérialisme.

[Applaudissements]

Et tous ceux qui sont anti-impérialistes ne peuvent que donner de la voix dans cette œuvre. C’est pourquoi je ne peux qu’être heureux et satisfait parce que non seulement cette manifestation est politique. Rien de ce que l’Homme fait n’échappe à la politique. Mais aussi parce que nous venons ensemble de donner un coup cinglant à l’impérialisme en lui démontrant que nous nous comprenons très bien ici en Afrique et nous saurons démasqués ses manœuvres et aussi ses valets “relais” locaux.

Source : retransmission d’une cassette audio.

Cette première partie résulte de la retranscription du fichier audio. Commence ici une deuxième partie d’une retranscription trouvée dans les archives diplomatiques en France borderau DAM DU 12 décembre 1985.

Issa KODE (Radio diffusion télévision de Guinée – CONAKRY) QUESTION : Monsieur le Président, en votre qualité de président en exercice de la Conférence des chefs d’État de la Communauté Économique de l’Afrique de l’Ouest, il y a une réalité qui nous préoccupe tous aujourd’hui, c’est cette famine et cette sécheresse qui est devenue réalité dans notre continent et notre sous-région n’est pas épargnée par ce fait. Avez-vous durant votre mandat pris contact avec certains de vos amis chefs d’État pour adopter une certaine lutte face à ce fléau ?

Seconde question : Le dossier DIAWARA, où en êtes-vous ?

Pt SANKARA : A propos de la sécheresse, nous l’avons dit et il me plaît de répéter ici que la sécheresse revêt deux aspect : un aspect physique mais surtout un aspect politique. L’aspect physique, c’est la répartition des pluies ou leur insuffisance, en quantité, en qualité du point de vue de la répartition. C’est là qu’est la sécheresse. Nous le constatons et nous le déplorons. Mais le plus important, c’est l’aspect politique de la sécheresse. Encore une fois, rien de ce que vit l’homme, rien de ce que fait l’homme n’échappe à la politique.

Quels sont les aspects politiques de la sécheresse ?

Et bien la sécheresse est la preuve de la mani­festation concrète de la domination coloniale, néocoloniale et impérialiste de notre sous-région. Domination parce que depuis que nous avons été colonisés, nos colonisateurs savent très bien quels sont les cycles qui se produisent et se reproduisent ici dans nos régions. Mais nous constatons que le colonisateur, le colonialiste n’a jamais pensé à doter l’Afrique d’infrastructure qui lui permette de garantir son autosuffisance alimentaire, qui lui permette d’échapper à cette disette-là, des disettes conséquentes à la sécheresse. Nous constatons aussi que dans nos relations pour construire nos jeunes États nous n’avons pas trouvé chez ceux qui viennent à nous sous des allures de philanthropes, nous n’avons pas trouvé chez eux la disponibilité et les dispositions sincères à nous doter, à nous aider à construire un pays qui lui, échappe à la sécheresse. Mais surtout, nous avons remarqué que l’impérialisme est celui qui s’engraisse lorsque les africains maigrissent du fait de la sécheresse. L’Europe par exemple, a connu des famines, de grandes famines très graves, mais l’Europe ne connaît plus de famines. L’Europe s’est organisée pour ne plus connaître la famine. C’est l’Europe qui a colonisé l’Afrique, Est-ce que l’Europe a transféré en Afrique ce qu’il fallait aussi pour ne plus connaître la famine ? Il y a comme un malin plaisir, un plaisir cynique à entretenir la sécheresse et la famine, à pouvoir programmer tous les six ans, tous les sept ans, tous les douze ans la sécheresse chez les autres, chez nous afin de pouvoir déverser chez nous les trop-pleins de la production agricole des paysans d’ailleurs, afin de pouvoir absorber leur production, d’équilibrer leur économie, mais aussi afin de pouvoir mettre dans ce que l’on appelle l’aide alimentaire un rien d’impérialisme, un rien de passéisme qui fait que chaque grain que nous recevons ici a un arrière-goût, un arrière-goût amer et impérialiste.

La Guinée avec ses immenses ressources, ses sols si riches, l’eau abondante, ses paysans si valeureux, si courageux, et si méritants, la Guinée à elle seule aurait pu nourrir, pas seulement la Guinée, mais tous les États de l’Afrique de l’Ouest. C’est un grenier inépuisable, mais hélas des frontières existent qui font que lorsqu’en Guinée les bananes pourrissent, faute d’avoir pu être exportées là-bas en Europe, et bien ici, au Burkina Faso, l’on meure de faim. Ce qui fait aussi que parfois lorsqu’ailleurs, lorsqu’en Côte d’Ivoire on a besoin de viande et que l’on est obligé d’importer cette viande de très loin, d’en dehors de l’Afrique, et bien ici, au Burkina Faso, au Niger, au Mali, des troupeaux sont inexploités, c’est la balkanisation, et c’est pourquoi nous, nous dénonçons l’impérialo-balkanisation.

Allez là-bas au ZAIRE, le Kiwu à lui tout seul devrait pour traiter les plantations de bananes de cette région, il faudrait tous les avions de la CEAO pour l’épandage des produits et les 35 millions d’habitants que nous sommes n’ont pas fini de consommer les productions céréalières de manioc et les bananes de ces régions-là Cependant, nous mourons de faim. Notre sécheresse, elle n’est pas invincible. Prenez un pays comme ISRAËL.  ISRAËL aujourd’hui malgré les conditions climatiques qui sont très dures

Malgré la pauvreté des sols et les territoires exigus, nous savons pourquoi, et bien ISRAËL réussit le miracle technique de produire des agrumes, les fameuses oranges du JAPON, des agrumes qui sont vendus à travers le monde.

Allez en Afrique du Sud, le désert de Kalahari on en parle que dans les manuels, mais le désert de Kalahari produit des richesses vivrières. Pourquoi ? Pourquoi notre Sahel qui reçoit plus d’eau que le désert de Kalahari, reçoit plus d’eau que les territoires d’ISRAEL, pourquoi notre Sahel ne réussirait-il pas à faire mieux donc que ces régions, que ces contrées-là ?  Et bien tout simplement, parce que aux uns l’on a apporté tout l’apport logistique, la haute finance et aux autres, et bien l’on nous maintient dans les traditions archaïques, l’on nous refuse les engrais, l’on nous refuse les machines et quand nous allons pour les acheter, on nous impose des prix qui sont hors de notre portée, dans des rapports qui sont de dominateurs à dominés, dans des rapports qui sont des rapports injustes d’exploitation, tant et si bien que le cacao ici ne peut pas acheter la machine qui doit produire, qui doit aider à produire ce cacao, bien que ce soit la richesse du cacao, du café, la richesse de notre bétail ici qui ait produit les ressources qui ont permis de créer ces machines. C’est cette exploitation, cette domination    capitaliste du monde qui veut aussi que la sécheresse continuera et pour finir avec la sécheresse, il faut lutter contre le capitalisme. Pour finir avec la sécheresse, il faut lutter contre le capitalisme, pour finir avec la sécheresse, il faut lutter contre l’impérialisme faute de quoi nous serons toujours dans la dépendance et puis, enfin, pour que nous ne soyons pas en mesure de combattre la sécheresse, pour que nous ne soyons pas en mesure de combattre le effets de la sécheresse, l’en a fait en sorte que nous soyons noyés et couverts d’aide alimentaire. Les aides sont arrivées abondantes dans mon pays, il ne faut pas le nier, et en passant aussi, Je dois reconnaître que certaines de ces aides sont venus de partout très sincères, et que des hommes, des femmes dans des pays lointains « de façon spontanée, ont accompli des actes de sincère générosité. Mais globalement et généralement, ces aides sont une opération de pure domination. Ces aides ont ce relent très désagréable et très nocif de nous voiler la face devant les réalités que nous allons rencontrer tôt ou tard. La sécheresse reviendra. Il y a eu de la pluie cette année mais la sécheresse reviendra un jour ou l’autre. C’est-à-dire que ces aides ont fait en sorte que l’Africain que nous sommes n’a rien produit, n’a rien sorti de son imagination pour résister à la sécheresse. Nos pères cependant ont connu des famines, ont connu des sécheresses et ont imaginé des solutions pratiques. Ils ont ainsi introduit certaines cultures, ils ont ainsi introduit certaines recettes culinaires pour résister à la sécheresse. Ils ont ainsi organisé la société et l’exploitation de leurs terres, mais nous nous sommes en cette période de la fin du XXe siècle, nous sommes dans une époque très difficile où la sécheresse ne produit même pas le déclic intellectuel de la création de solutions, parce que nous sommes noyés et submergés d’aide alimentaire. Pourquoi voulez-vous que l’ingénieur agronome africain cherche une solution pour trouver une espèce rare qui résiste à la sécheresse lorsque les organisations internationales et les pays sont là à courir après lui en lui demandant simplement de remplir une lettre de demande d’aide alimentaire ? On a transformé nos ingénieurs et nos vétérinaires en écrivains publics et ils écrivent des lettres de demandes d’aide alimentaire. De même on a transformé les chefs d’État africains en quémandeurs. Sur 100 discours de chefs d’État africains, 75 sont consacrés à demander de l’aide alimentaire. Faites le compte. C’est une spécialité. Alors nous pensons que tout cela doit finir. Mais la sécheresse est un problème très grave et on utilisera encore la sécheresse contre nous. Nous pensons d’ailleurs que les autres aspects physiques de la sécheresse doivent être combattus et nous estimons que ne sont pas innocents tous ces engins qui sont dans l’espace, aujourd’hui on parle du programme IDS, et bien tous ces engins que l’on envoie dans l’espace, les satellites qui tournent, très sûrement perturbent l’atmosphère de façon à déranger le cycle normal des pluies et donc à créer des conséquences pour nous. Nous sommes sûrs que du haut de leurs satellites les puissances ont les moyens d’examiner, de contrôler, de deviner et de prévoir l’évolution des saisons. Mais bien entendu elles ne le font pas parce que ces saisons ne menacent pas du tout leurs régions, parce que ces saisons menacent simplement de régions délaissées pour compte. Et bien, nous disons que, bien que nous ne soyons pas en mesure techniquement, scientifiquement de démontrer leur culpabilité, intuitivement nous en sommes persuadés. Et c’est pour cela que nous exigeons que pour chaque engin envoyé dans l’espace, il y ait, ne serait-ce que 2 % du budget de cet engin-là mis de côté pour faire face à la perturbation, provoquée par eux, de l’écologie. C’est justice aussi

Le frère Guinéen a demandé où est-ce que l’on en est avec l’affaire DIAVARA. J’avais cru comprendre où se trouve DIAWARA ? Et j’allais lui répondre DIAWARA se trouve là où vous et moi avons la chance de n’être pas. Mais il n’y a pas d’affaire DIAWARA. Insensiblement, d’une façon pernicieuse, on a tenté de nous parler de l’affaire DIAWARA. Non DIAWARA n’est qu’un individu dans une bande, peut-être que c’est le nom le plus facile qui a été prononcé. Bon, je veux bien, DIAWARA cela rime parfaitement avec SANKARA peut-être, mais il n’y a pas que DIAWARA et il faut oublier. Il faut parler de l’affaire CEAO, l’affaire de 6 milliards et demi de dissipés C’est plus correct. Il y a des complicités. Il y a des responsabilités bien plus élevées que celles de DIAWARA, du pauvre DIAWARA. A la limite DIAWARA n’a fait que receler. A la limite DIAWARA n’a fait qu’agir en commis voyageur pour aller placer ici et là en tentant lui aussi d’enlever sa part. Donc il y a les autres. Vous voyez que l’affaire est complexe. On a même tenté de la rendre trouble et confuse mais nous allons la clarifier afin de la mettre à votre disposition, à la disposition de l’Afrique, parce qu’il s’agit de démontrer que des africains d’un certain acabit ne sont pas du tout sérieux. Il s’agit de montrer que ces africains-là, malgré leurs grosses cravates, malgré leurs nœuds papillon et leur queues de pie, malgré aussi leurs grosses lunettes et leurs envolées lyriques, ces africains-là demeurent purement et simplement des reproductions, mal réussies du reste, des imitations du système d’exploitation capitaliste qu’il y a ailleurs. Quelques individus sont là, manipulent les textes, manipulent les chiffres et font en sorte que 6 milliards et demi s’envolent comme ça, facilement, gratuitement Malgré les conseils d’administration, malgré les réunions des ministres, malgré les conférences des chefs d’état, de l’argent disparaît. C’est quand même fort ! C’est quand même fort ! Et bien c’est tout cela qu’il faut dénoncer, il faut dénoncer cela, faire en sorte que plus jamais nous ne rencontrions de tels individus tristes et sinistres et ce sera le procès. Car il y aura procès. Ce sera le procès d’une certaine petite bourgeoisie bureaucratique, affairiste, ce sera le procès de tous ceux qui, lorsque leur signature commence à prendre une certaine valeur, ils la monnaient et se payent eux-mêmes, sous les tables. Ce sera donc un procès qui ira au-delà de 6 milliards et demi de francs. Ce sera un procès qui va nous obliger, chacun de nous, à nous interroger. Est-ce que nous avons géré les biens de nos Etats au profit de nos peuples sincèrement et correctement ? Ce sera le procès de tous ceux qui, parce qu’ils ont eu la chance d’être dans la minorité des 20 %   d’africains qui ont pu aller à l’école, et bien exploitent les autres. Il y a 20 % d’africains qui vont à l’école, il y a à la fin, au bout du rouleau, 2 % qui accèdent comme hauts cadres, comme cadres de l’administration. Eh bien, comment 2 % à eux seuls, 2 % des enfants scolarisables, pas 2 % de la population, car s’il s’agit de la population, il faut compter 0,035 %   de la population, qui accède au savoir. Comment à eux seuls   ils vont organiser en une espèce de camarilla, une espèce d’AL CAPONE ensemble, ils vont organiser ce pillage là, au détriment de nos masses populaires.

Et c’est toutes ces questions qu’il faut poser. Et chacun de vous doit regarder autour de lui, démasquer, dénoncer et combattre tous ceux qui se sont comportés comme ces gens que vous appelez, que vous “fourres” dans l’affaire DIAWARA. Il y en a. Il y a des DIAWARA. Partout Il faut les mettre tous en prison. Malheureusement, vous comprenez qu’à partir du moment où nous avons annoncé les couleurs de cette façon-là, en disant que le procès de cette affaire que l’on dénomme à tort “affaire DIAWARA” ira au-delà de la seule personne de Mr DIAWARA, et bien, à partir du moment où nous avons annoncé les couleurs de cette façon, il y a eu de l’agitation, du mécontentement. Il y en a même qui sont inquiets, dans la torpeur, parce qu’ils savent que pas seulement à Ouagadougou, mais partout, partout où la jeunesse africaine peut écouter, entendre et comprendre, elle jugera. Elle sera impitoyable. Ceux qui ont peur, ce sont ceux qui ont de “la colle aux pattes”.

“Africa Report” de Washington Post QUESTION : Je voudrais vous demander si vous ne pensez pas qu’il y a double emploi entre la CEAO et la CDEAO, et si oui, quelle solution vous envisagez pour éliminer ce double emploi ?

Pt SANKARA : Nous pensons que la CEAO existe et que la CDEAO existe. D’abord c’est un constat que nous faisons, mais nous estimons que ces créations, pour ce qu’elles ont de positif, car tout n’est pas positif dans ce que fait l’homme, pour ce qu’elles ont de positif répondent à un besoin, besoin de combler un vide, un vide, vide économique, vide organisationnel. On a créé la CEAO pour résoudre un problème, on a créé la CDEAO pour résoudre aussi un problème. Mais plus l’on ira dans la résolution correcte de ces problèmes que l’on n’a pu résoudre, plus l’on s’apercevra que CEAO et CDEAO convergent, œuvrent pour le même objectif et nous, nous n’avons pas hésité à envoyer une mission auprès du président en exercice de la CDEAO, le président du NIGERIA, le président BÀBAMKIDA pour lui faire comprendre notre point de vue, notre vision des relations entre CEAO et CDEAO. Relations complémentaires aujourd’hui,

Pt SANKARA : Je regrette avec mes frères de Côte d’Ivoire, du Togo, du Bénin, du Niger, de la Mauritanie, du Ghana, de la Guinée, du Sénégal, je regrette avec tous mes frères de la CEAO, et ceux qui ont été associés en la circonstance n’avoir pas eu le plaisir de serrer la main à la jeunesse malienne, une jeunesse si riche, une jeunesse qui nous aurait offert un football de qualité, une jeunesse qui nous aurait offert de la musique de qualité, une jeunesse dont les sentiments africains sont indiscutables, une jeunesse dont l’action pour l’Afrique depuis que le Mali, le grand Mali comme nous le connaissons et le respectons, depuis que ce Mali est inscrit dans la voie du progressisme, une jeunesse qui n’a cessé d’être d’une contribution efficace à la construction de l’Afrique. Nous nous souvenons avec beaucoup d’émotion africaniste de cette tentative de l’époque de regroupement Ghana/Guinée/Mali. Déjà avec NКWAME N’KRUMÀH en tête, la jeunesse malienne à cette époque-là donnait des leçons, des leçons que nous en Haute-Volta nous avons appréciées et je suis sûr que d’autres jeunesses africaines ont apprécié à l’époque ; C’est cette jeunesse là que nous aurions pu rencontrer. Hélas, elle n’est pas venue ;

Tous me demandez quelle réponse je peux donner à nos frères africains qui sont là et qui n’ont pas eu cette chance, comme moi d’ailleurs, de serrer la main à la jeunesse du Mali. Et bien je peux simplement leur dire qu’en tant que président en exercice de la CEAO, je ne peux que remettre la question aux autres chefs d’État de la CEAO, parce que ce n’est pas le Burkina Faso qui a évité la jeunesse malienne, c’est la Côte d’Ivoire, plus le Sénégal, plus le Niger, plus le Bénin, plus le Togo, plus la Mauritanie, plus le Burkina et plus le Mali membre de la CEAO qui ont invité la jeunesse du Mali. Alors, il appartiendra au Mali de répondre à l’ensemble de la CEAO pourquoi ils n’ont pas pu venir et certainement qu’il y a eu des raisons très valables et nous allons déplorer ensemble avec nos frères du Mali les empêchements qui ont fait qu’ils n’ont pas pu être avec nous. Mais je voudrais que chacun de nous ait une pensée en direction de nos frères du Mali empêchés par qui et par quoi, point d’exclamation.

3eme partie RELATIONS BILATERALES

Pt SANKARA : Je constate qu’il n’y a pas de questions, donc on peut encore plus rapidement passer au dernier volet.

4èmE PARTIE : LA POLITIQUE INTERNATIONALE

QUESTIONS ; La question porte sur la culture d’un problème en ma­tière de politique internationale sur le domaine culturel. Il s’agit de l’Institut des Peuples Noirs. Un projet qui a été initié par le Burkina Faso et qui semble avoir l’approbation   de la communauté internationale. Est-ce que le camarade Président peut nous en parler ?

Pt SANKARA :   Oui, nous sommes en train de mettre en chantier ce projet qui nous tient à cœur ; l’Institut des Peuples Noirs, parce que il nous faut cet institut pour que chaque homme, blanc, noir ou d’une autre couleur, vienne à cet institut connaître ce que l’homme noir   lui aussi apporte à l’humanité. Cet institut est en train d’évoluer très bien. Malheureusement, il y a eu quelques confusions qui ont été faites au départ et nous craignons que nos explications n’aient pas encore suffit à faire la part des choses entre cet institut des Peuples Noirs et d’autres concepts qui ne sont point les nôtres. Notre institut, l’institut que nous avons proposé, finalement sera l’institut de tous. Il veut permettre à chacun d’entre nous, africains d’abord, de venir dire, ce que le noir a fait dans l’histoire de l’humanité et ce qu’il fait actuel­lement et ce qu’il pourra faire demain. Souvent, l’on a tendance à parler des grandes civilisations en oubliant les noirs. L’on a tendance à parler de la vie, de l’évolution du monde en oubliant le noir. Prenez par exemple les guerres mondiales, la deuxième guerre mondiale, on oublie bien souvent le noir et ce qu’il a vécu, ce qu’il a subi et ce qu’il a offert, comme capital, comme sang, comme sueur, comme effort. Sans l’Afrique, la victoire n’aurait pas été complète. Sans les noirs d’Afrique par exemple… C’est nous qui sommes anticolonialistes, nous qui avons volé au secours de l’Angleterre, c’est nous qui sommes allés nous offrir en holocauste contre HITLER et pour l’humanité. Bien sûr, avec eux aussi. Mais combien de généraux africains avez-vous dans la deuxième guerre mondiale ? Pourtant il y en a qui sont restés et ceux qui ne sont pas morts là-bas sont là mutilés. Je ne demanderai pas à notre grand Chancelier de se lever mais de boiter un peu pour qu’on voie. Et pourtant on ne veut pas reconnaître ces valeurs-là. On ne veut pas reconnaître leurs mérites, le sang qu’ils ont versé. On parle de civilisation, on parle de musique comme si le noir n’a rien apporté à la musique moderne, à la musique universelle. Prenez la musique. Extrayez de cette musique la part du monde noir, il ne reste plus que quelques bourdonnements. Quelques bourdonnements qui ne réussissent plus à faire vibrer. Car le rythme c’est d’abord nous. C’est nous qui avons introduit le rythme et les autres l’ont adapté par la suite. Même si ils nous renvoient nos tam-tam sous la forme de batteries modernes, de cymbales et de timbales, et bien c’est d’abord par nous, c’est de chez nous qu’est parti ce rythme. Prenez la peinture, sans le noir il n’y aurait pas eu la peinture, et PICASSO s’il avait été ici nous aurait dit tout ce que l’expression artistique du monde noir lui a inspiré comme élan, comme chaleur dans le tracé de ses courbes, dans le tracé aussi de ses images, dans la reproduction de ses sentiments, il y a de la présence, et PICASSO lui aussi s’est ressourcé dans le monde noir. Romains et Grecs avaient aussi leurs noirs et très tôt ils parlaient des noirs. Il nous faut cela, et pas dans une vision raciste, loin de là, mais au contraire un institut de ce genre qui nous permette aussi de recevoir les autres, par exemple l’on tente de séparer les Arabes africains des noirs africains. Pour nous, nous estimons que Arabes africains et noirs africains sont tous des Africains d’abord.

Il y a ce coefficient commun. Mais nous estimons que l’histoire du monde Arabe est Indissociable du monde noir et les Arabes ont à nous apporter quelque chose. Comment est-ce que le monde noir est perçu chez les Arabes, comment est-ce qu’il est perçu chez les Européens ? Ils ont beaucoup à nous apporter comme nous avons quelque chose à leur apporter. Nous avons à communiquer. Communiquer pour balayer nos différences. Communiquer pour balayer les aspérités artificielles qui existent. Communiquer aussi pour faire en sorte que nous puissions nous accepter mutuellement. Voilà notre vision de cet Institut des Peuples Noirs. Nous connaître pour mieux participer. Mais il ne faut certainement pas donner à cet institut une coloration raciste et vous verrez que lorsque cet institut sera ouvert beaucoup de non noirs seront là pour donner des conférences, pour faire des recherches ou pour enseigner. Qu’ils viennent de l’Asie, de l’Amérique, de l’Europe, de l’Océanie, d’Afrique, ils seront tous conviés parce qu’ils ont quelque chose à apporter et nous souhaitons que cet institut puisse réussir, de faire en sorte que demain il n’y ait plus qu’une seule couleur dans le monde entier. Lorsque dans une espèce de melting-pot nous aurons fusionné toutes les couleurs, on sortira quelque chose de différent, mais peut-être de très beau, mais peut-être aussi qui nous fera perdre tous ces aspects si beaux ici, les tonalités, le noir qui est beau, mais le blanc aussi qui n’est pas moins beau.

QUESTION :   Camarade Président, vous avez récemment dit que la Révolution burkinabé est à la disposition d’autres peuples. J’ai remarqué de par la ville les pancartes qui disaient « point de barrières entre les jeunesses de la CEAO ». Je voudrais vous demander s’il existe des barrières entre des régimes de la CEAO et si oui comment on peut enlever ces barrières ? Comment vous envisagez cela ?

Pt SANKARA : Je voudrais demander à notre ami. Vous parlez de quelle sorte de régime, régime de bananes ou régime alimentaire ? Ah, régime politique ! La précision est de taille.

Nous avons dit et nous n’avons pas été compris que la révolution burkinabé est à la disposition de tous les peuples. Nous l’avons dit. Malheureusement nous n’avons pas été compris. On nous a compris, un peu de travers, peut-être volontairement d’ailleurs, on nous a mal compris pour ne pas bien nous comprendre.

La révolution burkinabé est à la disposition des autres peuples en ce sens que, et voilà une preuve,    c’est grâce à la révolution que nous sommes en train d’appeler ici à Ouagadougou des jeunes des autres pays d’Afrique et qui ont accepté de répondre présents malgré les différences de régime. C’est la révolution qui a permis cela. Hier, notre pays s’appelait la Haute-Volta et était membre de la CEAO. Pourquoi il n’y a pas eu cela ? Voilà comment nous sommes à la disposition des autres peuples. Tout ce que nous avons de positif, que nous puissions faire grâce à la révolution, nous le faisons pour nous mais nous le mettons également à la dispo­sition des autres. Exemple : entre le Mali et notre pays qui s’appelait la Haute-Volta il y avait un fameux veto. Notre pays avait mis son veto pour l’entrée du Mali à l’UMOA. Mais depuis que nous sommes devenus révolutionnaires, nous avons ouvert la porte de l’UMOA au Mali, Voilà comment nous mettons la révolution au service du peuple malien. Pourtant il y a eu des régimes qui nous ont précédés. Il y a eu des négociations, je me souviens,  j’étais moi-même dans un gouvernement et le président du Mali était là, est venu rencontrer notre gouvernement, et nous n’avons pas eu le courage d’aider le peuple malien à entrer dans l’UMOA puisque le peuple malien le voulait. Nous n’avons pas pu avoir ce courage-là. C’était triste, mais la révolution nous a permis de réaliser cet acte là aussi facilement, aussi naturellement, sans rancune, et sans exiger de reconnaissance quelconque et sans regrets.

Donc la révolution décidément elle est vraiment, elle est bel et bien au service de tous les peuples maintenant. S’il y a des barrières entre les régimes politiques, ces barrières comment peut-on les lever ? Vous savez un régime, deux régimes ne peuvent pas supprimer les barrières qui existent entre eux. Je ne crois pas que ce soit possible. Deux régimes A et B, blanc et noir, ne peuvent pas supprimer les barrières. C’est le peuple un jour qui décide de se réconcilier, de s’entendre sur le dos des régimes et le régime le plus adapté au peuple est celui qui va survivre.

Journal allemand ” DIE WELT” QUESTION :       J’aimerais bien savoir votre position sur la rencontre REAGAN – GORBATCHEV.

Pt SANKARA : Bon. D’abord, je constate qu’ils ne m’ont pas invités Je n’y étais pas. Ils ne m’ont pas invité parce que j’ai l’impression que ces choses-là se discutent au-dessus et par-dessus la tête des autres, c’est la première chose que je constate. Sinon on nous aurait envoyé des cartes d’invitation et nous aurions délégué des camarades pour assister et venir nous dire ce qu’il faut en penser. Mais n’ayant pas été conviés à une telle rencontre, il m’est difficile de donner mes appréciations. Mais en même temps, je lis dans la presse que l’on a parlé de la paix dans le monde. Or, la paix dans le monde, est-ce que l’on peut en parler sans parler de la paix au Burkina Faso? Est-ce que l’on peut parler de la paix au Burkina Paso sans rencontrer les Burkinabé ? C’est cela qui me paraît assez bizarre dans la rencontre entre GORBATCHEV et REAGAN. La prochaine fois, nous leur ferons remarquer qu’ils feraient mieux de nous inviter. De toute façon, leurs ambassadeurs sont là et j’espère et je sais que dès qu’ils vont sortir ils vont envoyer des messages. Alors, dans vos messages, dites que le président du Burkina Faso exige que la prochaine fois où ils vont se rencontrer pour parler de la paix dans le monde, qu’ils nous associent tous, sinon nous leurs refusons le droit de parler de la paix dans le monde.

Maie on même temps je me demande si on veut vraiment la paix. Je ne sais pas. Est-ce qu’on veut vraiment la paix ? Je n’en suis pas si sûr que cela. Voyez-vous, on nous a appelés tous à l’ONU (Organisation des Nations Unies). Il faut venir pour que les hommes se retrouvent, pour que les peuples se retrouvent et que l’on parle de la paix parce que ces criminels nous appellent, nous le regrettons, nous ne voulons plus voir çà. C’est très bien. Mais on est arrivés à l’ONU, ils ont trouvé que tout le monde ne devait pas parler. On a créé un conseil de sécurité, à quelques-uns. A l’inté­rieur de ce conseil de sécurité on a trouvé aussi qu’il ne faut pas laisser tout le monde parler et on a créé un noyau dans le conseil de sécurité. Des membres qui, eux, ont un droit de veto. Aujourd’hui on trouve que cela ne suffit pas, ils sont cinq, non ? On trouve que cela ne suffit pas, il vont se trouver maintenant à deux, ils ont déjà inscrit trois. Moi, je ne sais pas demain qui va rester tout seul pour préparer la paix ? Voyez-vous, lorsque je parlais de l’Institut des Peuples Noirs, j’aurais dû dire en répondant à cette question que nous avons tous fait la guerre et aujourd’hui, parce que certains se disent avoir été les premiers sur le terrain, ils se sont livrés à certains partages et se sont arrogés des droits pour partager l’Allemagne, pour partager le monde à notre insu et sans nous, comme si nous n’étions pas là-bas en train de nous battre. Chaque africain ici a dans sa famille un ancien combattant ou quelqu’un qui est resté là-bas à la guerre, chacun de nous ici. Mais aucun européen ne peut dire qu’il a dans sa famille au moins un qui est venu mourir en Afrique pour les Africains. René CAILLÍE, FAIDHERBE, MONTEUIL, BRAZZA, tous ces gens, c’est bien, mais ne présentent pas l’ensemble de la population. Alors je pense que pour parler de la paix, on devrait donner à nous autres, qui voulons sincèrement la paix, et qui n’avons d’autres solutions que de faire la paix, c’est à nous qu’on devrait laisser le soin d’en parler ; Entre des gens qui sont aussi armés, les américains et les soviétiques comment peut-on parler de la paix ? Ils sont en train de parler de la guerre des étoiles, l’on a même pas fini la guerre des grottes ;

C’est pas possible. Il faut donc qu’ils nous laissent le soin de parler de la paix et nous nous savons ce que c’est que la paix parce que lorsqu’on envahit un petit pays, et bien tous les petits clans, lorsque l’île de GRENADE a été envahi tous les petits pays ont tremblé. En tout cas, nous ici, nous avons tremblé. Nous savons ce que c’est que la paix. Mais les grands ils sont à l’abri de cela. Donc, c’est assez triste que l’on parle de la paix alors qu’on construit des armes et des armes encore. Intervention du commentateur pour remercier les journalistes.

Pt SANKARA    A mon tour, je voudrais remercier toute cette jeunesse qui est là, qui est venue de différents pays africains. Pour certains, c’est la première fois qu’ils viennent ici à Ouagadougou, qu’ils viennent au Burkina Faso. Pour beaucoup d’entre eux, presque tous, c’est la première fois qu’ils viennent au Burkina Faso depuis la révolution et c’est pour eux l’occasion de voir, de constater ce qu’est le Burkina Faso. On a tellement dit sur ce pays, on a tellement raconté sur ce que nous faisons ici qu’il faut voir le Burkina Faso. Cela vaut la peine. Ne serait-ce que pour démentir ce qui est dit ailleurs mais en même temps je me réjouis qu’autour de la jeunesse africaine que nous constituons ici ensemble, il y ait des non africains qui soient là. Il y a des américains, des chinois, des coréens, il y a des français, des allemands, des soviétiques, enfin ils sont tous là, voyez, ils sont avec nous, et je suis persuadé qu’ils sont tous contents, n’est-ce pas Messieurs les ambassadeurs. Bien, alors je veux dire par là qu’on nous laisse faire, qu’on laisse la jeunesse africaine faire, elle va unir tous les peuples.

Je remercie tous ceux qui se sont produits à l’occasion de ces journées de solidarité, les sportifs, les artistes etc. Ils ont tous mérité, les buts qui ont été marqués n’ont pas été marqués contre telle ou telle équipe, ces buts ont été marqués contre tous ceux qui veulent diviser l’Afrique. Faites la somme des buts et vous verrez qu’il y a eu beaucoup de buts contre les ennemis de l’Afrique et demain il y aura encore des buts. Les coups de poing que les boxeurs se sont donnés, ces coups de poing-là c’est contre les ennemis de l’Afrique. Lorsque les “Amazones” de Guinée égrenaient les notes de guitare, c’était pour encourager la marche contre les ennemis de l’Afrique, lorsque les petites Gibode faisaient leur prestation brillante, c’était pour inviter tous les jeunes africains à se lever contre les ennemis de l’Afrique. Et c’est pourquoi lorsque les africains se mettent debout les ennemis de l’Afrique tremblent. Les ennemis de l’Afrique, ils sont en Afrique aussi, il y a des ennemis de l’Afrique qui ont la peau noire comme vous et moi, n’accusons pas seulement les blancs, ils ne sont pas seuls responsables de nos problèmes, il y a aussi tous les noirs, il faut les démasquer. Il y a des noirs qui n’ont que du cirage sur la peau. Dès que la pluie de la vérité tombe, ce cirage s’en va et révèle une couleur qui n’est pas le noir, qui n’est pas le blanc qui n’est pas le jaune, qui n’est pas le rouge. Mais vous connaissez cette couleur-là. Alors, je souhaite à tous bon retour dans vos pays respectifs, bon retour auprès de vos jeunesses, je vous demande à tous de porter le message de la CEAO. J’ai bien entendu ce que votre représentant a dit tout à l’heure et je veillerai de toutes mes forces auprès des autres chefs d’État de la CEAO afin que soient institutionnalisées de telles rencontres, tout en allant vers l’amé­lioration, tout en faisant en sorte que la CEAO soit rendue effec­tivement à son propriétaire universel et unique à savoir : le peuple qui constitue le peuple de la CEAO. Je vous remercie.

Source : Retranscription issue des archives diplomatiques, bordereau 359/DAM du 12 décembre 1985

Les fichiers joints

  • K7 N°11 Conference de presse • 84 MB • 19 click
    15.01.2020

    Conférence de presse du PF lors des journées de solidarité des jeunesses de la CEAO 6 décembre 1985

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