de Saglba Yaméogo

Publié dans le numéro 35 du bimensuel MUTATIONS daté du 15 août 2013

Deux livres écrits par des acteurs de la Révolution décrivent les difficultés de cohabitation entre organisations politiques membres du Conseil national de la révolution (CNR). Il s’agit de « Une vie de Militant Ma lutte du collège à la révolution de Thomas Sankara » écrit par Adama Touré (voir un présentation du livre à l’adresse NDLR) , premier responsable du Parti Africain de l’indépendance (PAI) à l’époque et « Thomas Sankara, l’espoir assassiné » de Valère Somé, leader de l’Union des luttes communistes reconstruites (ULCR) (on trouvera une présentation de cet ouvrage à l’adresse ) NDLR. Le premier impute la responsabilité de l’éviction de son parti au premier dirigeant de la Révolution tandis que le second soutient que c’est le triomphalisme exagéré des responsables du PAI après la prise du pouvoir qui explique la discorde qui a fini par l’éviction du principal soutien civil de la Révolution

Sitôt après le triomphe de la Révolution, le PAI, l’Union des luttes communistes reconstruites (ULCR) et le ROC (l’Organisation des militaires), les principales organisations politiques qui ont oeuvré à l’avènement de la Révolution, ont eu du mal à s’entendre sur le choix des ministres qui devaient composer le premier gouvernement révolutionnaire. Valère Somé impute la responsabilité au PAI. Son argument est que le PAI tenait à occuper cinq principaux postes ministériels et le ministère de l’Information devrait revenir forcément à son premier responsable, Adama Touré. Les tractations ont retardé de 3 jours la publication de la composition du premier exécutif révolutionnaire. Touré justifie autrement les difficultés de la composition du gouvernement. Pour lui, le seul but de son acceptation dans le gouvernement par le Président Thomas Sankara, c’est la contribution du PAI et de la Ligue patriotique pour le développement (LIPAD) à son retour au pouvoir. « Il aurait été politiquement maladroit et difficilement justifiable de refuser leur principal dirigeant dans le premier gouvernement révolutionnaire… », soutient-il. Le dirigeant du PAI est persuadé qu’il gênait ses collaborateurs militaires, à commencer par le Président lui-même, tout le temps qu’il a passé dans le gouvernement. Pourtant, indique-t-il, il a déployé tous ses efforts pour ne rien dire, rien qui puisse faire ombrage à l’autorité du chef et à celle des autres dirigeants de la Révolution.

Pour qu’il soit accepté comme ministre de l’Information, il souligne qu’« il a fallu la fermeté des camarades Philippe Ouédraogo et Soumane Touré invités en même temps que moi par le Président du CNR à une réunion d’explication, pour signifier au chef de l’Etat que le PAI ne rentrera pas dans le gouvernement si je ne faisais pas partie, pour que je sois accepté comme ministre de l’Information en août 1983. » Le clash différé entre les deux autres organisations politiques et le PAI a lieu en mai 1984. Valère Somé affirme que le Président du Faso a confié l’organisation de la Journée antiimpérialiste au Secrétariat Général national des comités de défense de la Révolution (SGN/CDR) et au ministère de la Jeunesse et des Sports et les a enjoint de l’organiser conjointement. A la surprise du Président, Ibrahima Koné (aujourd’hui député PDS/Metba), alors ministre de la Jeunesse et des Sports est à la tête des manifestants le 20 mai. Le Secrétariat général national des CDR et les structures de jeunesse tiennent leur manifestation le 21 mai. Le président Sankara a alors pris une sanction à l’encontre d’Ibrahima Koné en le congédiant du gouvernement. Cette décision a eu le don d’enclencher la crise qui se soldera par le départ du PAI du CNR. Adama Touré n’est pas loin de croire qu’on a fait la force au PAI. Parce que martèle-t-il, lors du Conseil de ministre du 16 mai 1984, c’est la journée du 20 mai qui a été retenue, mais leurs adversaires ont manoeuvré pour que la date proposée par le PAI ne soit pas pris en compte. Ainsi dit-il : « Le 19 mai au soir, le président Sankara me donna au téléphone des instructions interdisant la couverture médiatique des deux manifestations, celle du 20 mai 1984 prévue par le ministre de la Jeunesse et des Sports obéissant à la décision du Conseil des ministres et celle du 21 mai par Pierre Ouédraogo, secrétaire général national des CDR, parce que me dit-il, « les deux ne voulaient pas s’entendre ». Je donnai aussitôt l’ordre aux responsables des services de l’Information d’exécuter la décision du chef de l’Etat. »

Autre grief de Valère Somé à l’encontre des militants du PAI, ce sont les actes « terroristes » qu’ils ont posé en allant séquestrer Bata Mathias Konaté, le directeur de la VOLTELEC, l’actuelle SONABEL et Serges Théophile Balima, le directeur de la télévision nationale. Ce dernier n’a eu la vie sauve que grâce à l’intervention des forces de l’ordre.

Valère Somé conclut qu’ « un homme se tenant au-dessus du CNR était le commanditaire de ces actes de vandalisme : Soumane Touré. » Adama Touré, sans accabler Soumane Touré sur les faits à lui reproché par Valère Somé n’est pas non plus tendre avec Soumane. Il déclare qu’ « à partir d’août 1983, les structures du parti étaient paralysées ou vivaient au ralenti, du fait que le parti, dont de nombreux dirigeants étaient submergés par la gestion du pouvoir et les contradictions incessantes qui y naissaient et dont nous étions les principaux protagonistes était désorienté. Sans oublier que ces contradictions se compliquaient du fait de Soumane Touré, membre du Bureau exécutif central qui, en plus de son manque de sens tactique et de sa forte propension à toujours paraître, nourrissait des ambitions démesurées qui poussaient à entretenir avec le président Thomas Sankara, en trichant avec les autres dirigeants du parti et dans le mépris de la discipline de celui-ci, des relations personnelles secrètes pour se singulariser par des initiatives bien souvent spectaculaires et catastrophiques pour la position du PAI dans le CNR. Ce qu’évidemment nos adversaires exploitaient pour mieux nous accabler et pour tenter de nous discréditer. »

Valère Somé rappelle également le licenciement de 1380 enseignants et ne manque pas de le lier à l’animosité que le PAI avait pour le parti du professeur Joseph Ki-Zerbo qui l’avait combattu dans le CMRPN quand ils y étaient ensemble. Comme la plupart de enseignants se recrutaient dans ce parti MLN/FPV et que la direction du SNEA-HV était proche de ce mouvement politique, l’occasion était bonne pour sévir. Il ajoute que pendant la prise de la sanction contre les enseignants du primaire, c’est le PAI qui détenait le portefeuille du ministère de l’Education Nationale en la personne de feu Emmanuel Dadjouari.

Saglba Yaméogo


Le jugement de Adama Touré sur Jean- Baptiste Noaga Oualian

Adama Touré a la certitude Jean Baptiste Noaga Oualian, l’un des fondateurs de l’ULC fait partie de ceux qui ont travaillé au départ du PAI du CNR. Il décrit Oualian comme un antisoviétique irréductible. Il le peint en des termes moins élogieux : « Nous avions eu en effet connaissance, après notre éviction du régime, d’une lettre de Noaga Oualian, ancien militant du PAI, artisan de l’affaiblissement de l’UGEV à partir de 1975 et de la liquidation de la célèbre FEANF, et devenu depuis une épave politique en France. Dans la querelle idéologique qui opposait au sein du mouvement communiste international, d’abord l’Union Soviétique à la Chine puis l’Union Soviétique à l’Alliance Chine Albanie et enfin la Chine à l’Albanie, Noaga Oualian faisait partie du groupe d’étudiants qui, par le suivisme servile, s’étaient successivement alignés sur le Parti Communiste Chinois contre le Parti Communiste de l’Union Soviétique puis sur le Parti du Travail d’Albanie (Parti Communiste) contre le Parti Communiste de l’Union Soviétique, puis sur le Parti du Travail d’Albanie contre le Parti Communiste Chinois, en cultivant toujours de façon irresponsable l’antisoviétisme. Dans sa lettre au président du CNR, il traitait le PAI « d’agent du révisionnisme soviétique » dont il appelait le CNR à se démarquer et lui suggérait un scénario de rupture avec notre parti et ses dirigeants. Cela apparemment avait inspiré Sankara et son groupe militaire, instigateur de la campagne de dénonciation publique intense de notre parti et de la LIPAD par des CDR pour les isoler complétement avant de les éjecter. »

SY

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