L’Institut des Peuples Noirs, œuvre du président du Conseil national de la
révolution, Thomas Sankara, n’est plus visible sur le terrain depuis
quelques années. Pourtant, l’idée de connaître plus le monde noir qui l’a
sous-tendue est toujours d’actualité et c’est pourquoi l’institut ne doit
pas disparaître.

Plus de subvention de l’Etat depuis une dizaine d’années, pratiquement
plus d’activités sur le terrain, des cadres qui concrètement n’ont pas
grand-chose à faire, changement de siège (de Gounghin à Dassasgho). Telle
est la situation actuelle de l’Institut des Peuples Noirs (IPN). Cet
institut vit une léthargie qui, si on n’y prend garde, risque de
l’emporter. D’ailleurs à quoi bon maintenir un institut qui ne fait rien
sur le terrain ; avec les Programmes d’Ajustement Structurel (PAS), si
l’Etat a réussi à se désengager des secteurs sociaux tels que l’éducation
et la santé, ce n’est pas la fermeture d’un petit institut comme l’IPN qui
va poser problème. Dans tous les cas, si cela advenait, ce sera
regrettable dans la mesure où les problèmes qui ont été à la base de la
création de l’IPN demeurent toujours.

Faire des Africains les acteurs de leur histoire

L’idée de l’Institut des Peuples Noirs serait venue de Thomas Sankara,
président du Conseil National de la Révolution (CNR). Pendant son séjour
au siège de l’ONU en 1984 où il a fait son fameux discours devenu
historique, il s’est rendu à Harlem pour être témoin des conditions de vie
des Noirs. Il fut choqué par ce qu’il a vu. De retour dans son Faso natal,
dans une interview à l’aéroport de Ouagadougou, le président du CNR aurait
dit qu’il n’est pas normal que l’histoire des Blancs soit écrite par des
Blancs, l’histoire des Jaunes écrite par des Jaunes et que l’histoire des
Noirs soit écrite par des Blancs. Les Noirs doivent pouvoir écrire leur
histoire surtout que ce que les Blancs ont écrit porte la marque de
l’européocentrisme ; toute chose qui ne contribue pas à l’objectivité de
cette histoire. Un comité de réflexion fut mis en place en collaboration
avec l’UNESCO. Des travaux préliminaires ont abouti à une première
rencontre en 1986. C’était le symposium international au cours duquel les
grandes idées ont été arrêtées.

Malheureusement, l’IPN fut créé officiellement en 1990, après la mort
tragique de Thomas SANKARA. Il a eu à mener comme activités, des
rencontres aux niveaux politique et intellectuel, des voyages à travers
l’Afrique pour pousser les Africains à adhérer à l’institut. Les scolaires
ont été au centre des activités de l’IPN. Dans certains établissements
scolaires, les élèves animaient ce qu’on a appelé les clubs IPN. C’était
une façon pour l’institut de véhiculer le maximum d’idées sur la
philosophie, l’histoire du monde noir, ce dont ils n’auront pas l’occasion
de découvrir en classe.

Au départ, l’IPN a été créé pour être international. Mais il n’a pas
bénéficié du soutien des autres pays africains. C’était le Burkina Faso
qui finançait toutes les activités. Par la suite, le pays des hommes
intègres a commencé à raréfier ses subventions et l’IPN est entré dans une
léthargie dont l’issue risque d’être sa mort pure et simple. Ce sera alors
une énorme perte, non seulement pour le Burkina mais aussi pour toute
l’Afrique.

L’IPN doit renaître obligatoirement

Dans une lettre datée du 21 janvier 1997, les éditions Khepera et Présence
Africaine protestaient contre le refus de la chaîne de télé « France 3 »
de ne pas signaler dans son émission « La marche du siècle » du 1er
janvier 1997, le livre de Théophile Obenga, intitulé « Cheick Anta Diop,
Volney et le Sphinx ».

Pourtant, ce livre cadrait avec le thème de l’émission qui était la
civilisation égyptienne. Ce cas pose le problème de la diffusion des
œuvres écrites par des Africains. Cheick Anta Diop, malgré ses thèses
approuvées par les plus grands savants du monde au colloque du Caire de
1974, a été empêché d’enseigner pendant 20 ans, autrement dit, ses idées
n’ont pas pu s’épanouir dans les universités africaines pendant 20 ans.

Qui pourra servir de cadre de recherche et de diffusion de l’histoire
faite par les Noirs si ce n’est des institutions des l’IPN. Un Burkinabé,
peut ne connaître de Dimdolosom que le nom d’une rue et d’un lycée de
Ouagadougou, alors qu’il a été un grand écrivain et un chercheur
burkinabé, le premier dit-on ; il peut également ne pas savoir que Boukari
II a remis le pouvoir à Kankan Moussa avant de naviguer vers les Amériques
bien avant Christophe Colomb, cet homme qui n’a pas découvert l’Amérique
et dont il connaît l’histoire par cœur. L’expédition de Boukari a inspiré
un livre intitulé : “Ils y étaient avant Colomb”. Puisque ces choses ne
sont pas enseignées dans les établissements scolaires, qui peut les porter
à la connaissance des élèves si ce ne sont des instituts comme l’IPN. Si
tel est le cas, il faut impérativement mettre fin à la léthargie de
l’Institut des Peuples Noirs. Sa disparition sera une perte pour toute
l’Afrique, principalement pour le Burkina. Ce sera aussi un recul dans la
connaissance du monde noir par des Noirs.

Le Burkina Faso est connu comme un pays où la culture semble être prise au
sérieux. Mais il y a une culture folklorique (habillement traditionnel,
danse…) dont on peut s’en passer sans que cela compromette les chances
de développement du Faso. Il y a aussi celle qui nourrit sainement
l’esprit et fait de lui un socle solide pour un avenir meilleur. La
vocation culturelle de l’IPN est à prendre dans ce sens, et c’est pourquoi
il doit être redynamisé qu’elle qu’en soit le prix.

Par Bamogo

Source : hebdomadaire Bendré Post Views: 237

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