SYNOPSIS

Wolobougou veut dire en Bambara « le lieu de la naissance bienveillante ». C’est le nom de la maternité de brousse fondée par la sage-femme Honorine Soma au Burkina Faso. Elle a créé sa propre clinique pour donner un accès aux soins aux femmes de milieu rural.


La bande annonce de Wolobougou


Nos commentaires

Wolobougou de Camille Varenne : une maternité comme espace de dignité et de combat féminin

Il existe des documentaires qui racontent une histoire. D’autres qui révèlent une réalité. Avec Wolobougou, Camille Varenne la réalisatrice choisit de faire les deux. A travers ce documentaire, d’une durée de 1h06min36s, elle entraîne le spectateur dans le quotidien d’une maternité singulière. Située à Farakoba, à une quinzaine de kilomètres de Bobo-Dioulasso dans la province du Houet, région du Guiriko, la clinique privée à caractère social Wolobougou, fondée en 2017 par la sage-femme Honorine Soma, devient le point d’ancrage d’une réflexion plus large sur la santé maternelle, la place des femmes dans la société et la quête de dignité dans l’accès aux soins au Burkina Faso.

Loin d’un simple regard médical, le documentaire s’attache à filmer le soin comme relation humaine. Dès les premières séquences, le documentaire met en lumière une réalité contrastée. D’un côté, une clinique où l’accompagnement des femmes enceintes repose sur l’écoute, la pédagogie et le respect du corps féminin. De l’autre, en filigrane, apparaît un système de santé publique fragilisé, où l’humanisation des soins n’est pas toujours une priorité faute de moyens, de personnel ou d’organisation.

A Wolobougou qui signifie « le lieu de la naissance bienveillante » en langue bambara, les consultations prénatales deviennent des espaces d’échange où les femmes enceintes sont informées, accompagnées et préparées à l’accouchement. Cette pédagogie du soin, qui inclut l’explication des différentes étapes de la grossesse et des techniques de gestion de la douleur, demeure encore insuffisamment développée dans de nombreuses structures de santé publique au Burkina Faso.

À travers les situations qu’il donne à voir, le film laisse entrevoir des contrastes entre cette expérience et certaines réalités du système de santé publique, notamment en matière d’accompagnement psychologique des patientes. Cette différence met en évidence l’importance de la dimension humaine dans la prise en charge des femmes, au-delà des seuls actes médicaux.

La figure d’Honorine Soma occupe une place centrale dans le récit. Sage-femme et fondatrice de la clinique Wolobougou, elle incarne une professionnelle de santé engagée qui ne se contente pas d’assister les accouchements, mais forme, sensibilise et accompagne ses collègues ainsi que les patientes

Sur le plan humain, le documentaire est traversé par des moments d’une grande intensité émotionnelle. Les scènes d’accouchement, filmées au plus près des corps et des gestes, donnent à voir à la fois la douleur, l’effort et l’accompagnement bienveillant des sages-femmes. L’émotion ne vient pas seulement de la naissance elle-même, mais aussi de la relation de confiance qui se construit entre sages-femmes et parturientes. Le film montre également la dimension collective de cet engagement. La formation des jeunes sages-femmes, les campagnes de sensibilisation sur la santé reproductive traduisent une volonté de transformer durablement les pratiques et les mentalités.

Au-delà du champ sanitaire, la réalisatrice aborde la question du féminisme et de l’autonomie des femmes en accordant une place importante aux combats portés par son personnage principal. À travers les paroles d’Honorine Soma et les actions menées dans la clinique, le film défend une vision assumée de l’émancipation féminine : droit de disposer de son corps, accès à l’information, lutte contre l’excision et les violences faites aux femmes, promotion de la planification familiale et affirmation de l’indépendance économique. « Au bout de ma sexualité, il y a mon clitoris, l’épanouissement de mon intimité. Entre mensonges et violences faites aux femmes, je cherche l’amour. Avec audace et élégance, je loue l’amour et dis avec franchise que Dieu a eu le courage de me faire entière » affirme-t-elle.

Ces prises de position ne sont pas anodines dans le contexte burkinabè. Elles questionnent les rapports de genre, les normes sociales et culturelles ainsi que les résistances qui accompagnent encore l’évolution de la condition féminine. Sans chercher à trancher le débat, le documentaire met en lumière ces tensions à travers les expériences et les paroles des femmes qu’il suit. Son intérêt réside précisément dans cette capacité à ouvrir des espaces de réflexion sur l’autonomie, la dignité et la place des femmes dans la société burkinabè contemporaine, tout en laissant au spectateur la liberté d’en apprécier les enjeux et les limites.

Parmi les séquences les plus marquantes du documentaire figure celle où plusieurs sages-femmes de la clinique montent à cheval à travers la campagne. Au-delà de son esthétique, cette scène revêt une forte portée symbolique. Dans un univers où certaines professions et certains espaces restent encore largement associés aux hommes, ces femmes apparaissent confiantes, libres et pleinement maîtresses de leur trajectoire. Cette orientation trouve son expression la plus forte dans une déclaration d’Honorine Soma : « Si vouloir être moi-même, c’est être féministe, je suis féministe. Si dire les choses comme je le pense, c’est être féministe, je suis féministe. Si vouloir lutter pour être à l’abri du besoin matériel, c’est être féministe, je suis féministe. Si vouloir une justice sociale entre les sexes, c’est être féministe moi je suis féministe et je l’assume. » Plus qu’une revendication idéologique, ces mots traduisent une aspiration à la dignité, à l’autonomie et à l’égalité des chances. »

Sur le plan cinématographique, Wolobougou adopte une écriture sobre et immersive. La caméra privilégie l’observation, au plus près des gestes et des visages, renforçant ainsi l’intimité du récit. Le montage et le travail sonore accompagnent efficacement cette approche, même si quelques limites techniques, notamment liées à certaines traductions, peuvent ponctuellement affecter la fluidité de compréhension.

Dans un pays où l’accès aux soins reste inégal et où les infrastructures sanitaires demeurent insuffisantes dans plusieurs zones, Wolobougou met indirectement en lumière certaines limites du système de santé maternelle. Le choix de centrer le récit sur la clinique permet à la réalisatrice de valoriser une expérience originale du soin. Ce parti pris laisse toutefois en arrière-plan d’autres réalités vécues dans les maternités publiques, n’explore pas les politiques sanitaires nationales.

De même, la quasi-absence de la parole masculine constitue un choix fort mais discutable. Dans un contexte social où les relations de genre jouent un rôle important dans les dynamiques familiales et communautaires, cette absence réduit les possibilités d’explorer certaines tensions ou complémentarités autour des enjeux abordés.

En définitive, le film vaut son pesant d’or. Wolobougou ne se limite pas à documenter une maternité. Il met en lumière une expérience locale qui interroge des enjeux nationaux et sociaux plus larges : la justice sociale dans l’accès aux soins, la reconnaissance du travail des sages-femmes et la place des femmes dans la société. À travers le parcours d’Honorine Soma, Camille Varenne donne à voir une forme d’utopie concrète : celle d’un soin qui ne serait pas un privilège, mais un droit fondamental. À une époque où le Burkina Faso continue de faire face à d’importants défis sanitaires, économiques et humanitaires, ce film rappelle que prendre soin des femmes, particulièrement au moment où elles donnent la vie, revient aussi à prendre soin de l’avenir de toute une société.

Claudine Damiba


Présentation de la réalisatrice Camille Varenne

Camille Varenne (1992), basée à Clermont-Ferrand, est réalisatrice etprogrammatrice. Elle développe un travail documentaire à la croiséedu cinéma, de la recherche artistique et des enjeux décoloniaux et féministes.
Après un premier film tourné avec des cavaliers burkinabè, Wéfo, (2015), elle réalise, Blakata, (2019), western documentaire primé auFestival Corsica.Doc (Prix du Jury Jeune). Elle co-réalise,  Pedra e Poeira, (2018) avec l’artiste brésilien André Parente, dans le cadre d’une résidence à Fordlândia en Amazonie avec le collectif Suspended spaces. Ses films circulent à la fois en festivals et dans des contextes d’art contemporain (Salon de Montrouge, Jeune Création, Galerie Baindouche (Marseille), Musée d’art contemporain de Niteroi (Brésil)…).
Formée à l’Institut Imagine à Ouagadougou et titulaire d’un Diplôme Supérieur de Recherche en Art de l’École Supérieure d’Art de Clermont Métropole, Camille Varenne est également membre des comités de sélection du Festival international du court métrage de Clermont-Ferrand, pour les compétitions Internationale et Labo et la section Regards d’Afrique.

 

©Festival international du court métrage de Clermont Ferrand 

Contact Camille Varenne : camille.varenne@hotmail.fr, +33695925538, @varennecamille,

Contact maison de production : gregory@andanafilms.com


  • NOTE D’INTENTION
    Wolobougou est né d’un temps long partagé avec Honorine Soma et l’équipe de la clinique au Burkina Faso.J’ai voulu filmer leur travail au plus près des gestes, des corps et des paroles, là où se joue concrètement la santé des femmes, mais aussi leur autonomie, leur dignité et leur capacité à décider pour elles-mêmes.
    Le film se construit comme un portrait, attentif aux récits intimes et aux situations du quotidien que recueillent et traversent Honorine. Il ne s’agit pas de montrer la violence frontalement, mais de rendre visibles les forces qui s’y opposent : le soin, la transmission, l’humour, la sororité.Honorine y apparaît comme une figure profondément politique, pas seulement par le discours, mais aussi par l’action.
    Le film est ancré dans le réel, traversé par l’énergie de vie et de résistance qui circule entre les femmes, de la clinique aux villages. Il est ponctué de respirations oniriques,inspirées d’une pièce de théâtre écrite par Honorine.

FABRICATION
Après avoir réalisé deux films au Burkina Faso dans l’univers très masculin des cavaliers traditionnels, j’ai ressenti le besoin de me rapprocher de l’espace des femmes, de leurs corps, de leurs récits et de leurs luttes quotidiennes. Le tournage a été une expérience profondément marquée par la sororité, vécue comme un espace de liberté et de transformation.
Le film a été réalisé avec une équipe réduite, afin de ne pas perturber le fonctionnement de la clinique et de rester attentifs à ce qui s’y jouait au jour le jour. Il s’est construit en allers-retours constants entre écriture, tournage et montage. Les sages-femmes ont été pleinement parties prenantes du processus : elles découvraient régulièrement des versions du montage et leurs réactions nourrissaient l’écriture du film, qui s’est ainsi co-construite dans un dialogue permanent.
Cet imaginaire commun s’appuie sur des références locales fortes :un clin d’oeil à Thomas Sankara, à travers la figure de Bawa Sanou, ancienne danseuse et chanteuse du ballet national Sankariste, ou encore à la tradition équestre burkinabè, incarnée par la figure de la guerrière Yenenga. À cheval, les sages-femmes
affirment leur audace et deviennent, symboliquement et concrètement, des guerrières engagées dans la lutte pour les droits des femmes.


FICHE TECHNIQUE GENERIQUE

Production The Kingdom
Distribution Andana Films
Langues : Diula, Français Sous-titres : Français – English
Shooting format : UHD, high resolution, 2K
Durée 66 minutes? Année 2025

Personnages principaux : Honorine Soma, Éveline Sombda, Pélagie Kienou, Clémence Bado, Awa Sanou, RokiataTraoré, Brigitte Siby, Agnès Fayama Banadi, Ama Ofori, Marie Kadiogo, Cécile Soma,Jacqueline Soma, Fanny Soma, Brigitte Dabiré
Écrit et réalisé par Camille Varenne
Assistant à la réalisation Élie Varenne
Images : Maël Marmey et Camille Varenne
Sons : Halassane Sanfo
Costumes : Xoomba
Chants : Bawa Sanou et les choeurs de Dioulasso Ba
Direction de production : Ronan Leroy
Production : Julien Sallé
Montage : Élodie Broilliard
Montage son : Olivier Dandré
Mixage : Christophe Grémiot
Étalonnage : Eva Bedon

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