Par : Abdelhakim Meziani

http://www.liberte-algerie.com/ publié le 2 mars 2013

Le Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou (Fespaco) se porte bien merci ! Il a même le mérite singulier d’exister, de résister aux zones de turbulences et de proposer une escale, encore une, aux productions cinématographiques du continent.

A un moment où le cinéma africain bat de l’aile et, aussi paradoxal que cela puisse paraître, les organisateurs de cette emblématique manifestation exigent des cinéastes de concourir avec des films en format 35mm. Ce n’est donc pas sans raison si des pétitions circulent à Ouagadougou pour demander le maintien en compétition de films numériques dont la réalisation est en rupture avec le processus de production dominant.

De l’avis de nombreux confrères présents, cette grande fête du cinéma africain semble avoir perdu de son aura. Du moins de son caractère militant qui a été irrémissiblement jeté avec l’eau du bain à la suite du renversement du président Sankara. Un homme d’une clairvoyance certaine et d’un engagement sans pareil qui saura donner au Fespaco une autre dimension.

Le réalisateur algérien Brahim Tsaki s’en souvient avec une certaine émotion, l’homme d’Etat lui ayant remis en 1985 le Grand Prix du festival. Mieux que quiconque, et c’est ce qui expliquera par ailleurs sa mise à mort, Sankara a vite compris, rejoignant en cela le cinéaste congolais Balufu Bakupa-Kanyinda, que le cinéma est un des instruments parmi les plus importants à être utilisé par certains systèmes politiques pour abrutir, assujettir et dominer les damnés de la terre.

Contre l’état de fait imposé par des films conçus pour forger l’imaginaire des populations des anciennes colonies, s’il est permis de paraphraser le réalisateur tunisien  Oktar Ladjimi, le président Sankara aura une réaction soudaine, et réfléchie surtout. Des salles de cinéma seront construites dans le pays et un voyage vite programmé aux Etats-Unis d’où il ramènera des charters entiers de cinéastes afro-américains. Conscient, le défunt l’était assurément surtout qu’il fallait un circuit de distribution alternatif pour permettre à des cinéastes comme Med Hondo, Sembene Ousmane, Youssef Chahine, Moufida Tlatli, Merzak Allouache ou Gerima Hailé de contribuer à la “décolonisation des esprits”, comme le dit si bien l’écrivain kenyan N’gugi wa Thiongo. Des cinéastes qui tenaient, dans la pure tradition africaine portée par le griot, de donner à travers leurs propres images et connaissances une autre conception de l’histoire, du présent et de l’avenir à leur peuple.  A l’image de Djibril Diop Mambety qui parlait de son vivant de son pays et de sa terre, des ingérences étrangères, culturelles et monétaires, du déracinement et de l’utopie de la fuite. Des arguments forts qui, fera remarquer le critique italien Giuseppe Gariazzo, ne sont jamais mis au début mais qui naissent toujours de la réflexion complexe sur les images, de la nécessité de toujours donner un sens au fait de filmer.

A. M. zianide2 at gmail.com

Source : http://www.liberte-algerie.com

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